Un livre essentiel : La messe de tout le monde, sans secret, ni sacré, ni ségrégation

Un livre essentiel : La messe de tout le monde, sans secret, ni sacré, ni ségrégation, par Jean-Noël Bezançon Editions du Cerf, octobre 2009
Essentiel, ce livre qui explique les ressorts profonds de la messe de Paul VI, adoptée à la fin de Vatican II, mettant en acte la récente réforme liturgique, laquelle puisait aux sources anciennes, les œuvres de Pères de l’Eglise et les corpus liturgiques anciens. Aux antipodes d’une « trahison » comme voudraient le faire croire certains, cette messe renoue donc avec la tradition la plus antique : c’est elle la messe de toujours!
Ce pédagogue né qu’est le père Jean-Noël Bezançon, dans un livre bref qui va droit au but, en rappelle les principaux acquis.
Pas de secret
Si le Christ est venu dans l’humanité, c’est pour rendre visible la gloire de Dieu et son projet bienveillant envers les hommes. Jésus est venu, il s’est donné à voir, et nos mains ont touché le Verbe de vie, dit saint Jean (1 Jn 1, 1). Il est au milieu de nous, son peuple, assemblé dans une « liturgie » (= action du peuple) pour le remercier (eucharistie = merci). S’il est venu pour donner le salut à son peuple, ce n’est ni pour s’en distancer, ni pour se cacher. C’est donc une erreur de croire qu’il y a du « secret » dans la messe.
Le mot « mystère » que l’on retrouve dans l’appellation de « saints mystères » désigne un chemin de lumière, un aspect de la réalité infinie que l’homme peut percevoir. C’est donc tout le contraire d’un secret « caché » ou réservé à des initiés, devant lequel il faudrait baisser les yeux ou les oreilles! Au contraire!
Pendant la messe, tout est à voir, tout est à entendre. Nos yeux, nos oreilles (surtout ceux de notre cœur) doivent rester ouverts à ce qui se révèle. Donc pas de langue incompréhensible, pas de « messe basse » du prêtre, pas de crainte à regarder l’hostie ou le sang levés. Bien au contraire, ils sont levés pour être montrés. Venir à la messe, c’est mobiliser toutes nos facultés: nous devons avoir soif de connaître, parce qu’il y a de la révélation à attendre!
Pas de sacré
Autre tromperie à lever, celle qui vise ce qui serait « sacré ». Jésus a définitivement écarté le sacré païen qui existait encore de son temps. Ce n’est « ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez (…) mais en esprit et en vérité », dit-il à la Samaritaine (Jn 4,21-23). Tout appartient à Dieu, et tout est confié à l’homme. Le seul sacré, c’est le frère, visage du Christ. C’est donc l’assemblée, le, peuple, qui est sacerdotal (= sacré).
Notre religion n’a pas échappé, au cours de son histoire à des retours en force du sacré. Meilleure preuve : le plan même des églises. Souvenez-vous : le Temple de Jérusalem comportait des barrières infranchissables, pour les gentils (païens) pour les femmes, jusqu’au saint des saints où le grand prêtre ne pénétrait qu’une fois l’an. Jésus, lorsqu’il voulait glorifier son Père, allait dans une synagogue (une salle avec des bancs autour d’une sorte de lutrin qui permettait la lecture de la Torah) ou dans une maison (des gens autour d’une table, pour le repas pascal). Simple, sans sacré, sans exclusion.
Comment ne pas voir, entre autres exemples, que certaines de nos églises qui ferment leur chœur avec un banc de communion dont on a fait une « barrière » recréent du sacré? Le sacré, aujourd’hui, fait retour dans toute la société. Mais le comble est qu’il s’en prend à la liturgie de Vatican II pour prétendre la « christianiser », alors qu’il est un magnifique prurit païen! Sans doute ses tenants veulent dire qu’il faut respecter la messe par une attitude adaptée. Mais le guindé ne sied pas davantage aux églises. C’est un naturel simple et surtout une attitude fraternelle et ouverte à l’autre qui est requise.
Pas de ségrégation
Le « sacrifice de la messe », lui aussi est à bien comprendre. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’ »amadouer » la divinité comme aux temps anciens, mais de communier au Dieu vivant, qui lui seul s’est sacrifié, en donnant sa vie. Le prêtre n’est plus le dépositaire du sacré, ou celui qui va communiquer avec la divinité, mais celui qui, pris du milieu d’un peuple tout entier sacerdotal, en atteste. Car le sacrifice de Jésus est pour tous; ceci est essentiel. La messe est donc l’affaire de tous. Si le peuple est son corps, comment le Christ pourrait-il dire « ceci est mon corps « sans que le peuple y soit associé? Le peuple est donc appelé à s’offrir lui-même au cours de la messe. C’est lui qui célèbre et pas seulement le célébrant.
Et déduction importante, ce n’est pas en tant que prêtre, au sens « sacerdotal » du mot, réservé au Christ et offert par lui au peuple, que le prêtre célèbre, mais parce que l’évêque lui a confié une partie du peuple de Dieu, à lui, « presbyte » (= ancien).
Conclusion : Toute tentative pour écarter le peuple d’un rôle actif pendant la messe est à traquer comme du poison. Résistons à toutes les dépossessions sournoises, par le sacré, par le secret, par la ségrégation. S’il nous faut chercher en quoi nous serions responsables de ce que les messes sont désertées, ce sera de ne pas avoir assez dit combien la place du peuple est centrale.
Anne Soupa
tout à fait d’accord, et avec J.N. Bezançon et avec cette synthèse d’Anne Soupa que je remercie d’attirer notre attention …
Eh bien, c’ est clair et bien envoyé!…Vous n’allez pas vous faire que des amis! Mais comme c’ est juste, et il est si important de résister aux » dépossessions sournoises, » aux prises de pouvoir abusives,qui éloignent tant de gens , pourtant appelés!..Oui, il faut vivre la Messe,et c’est l’ affaire de tous, et une si belle histoire d ‘Amour . Merci pour cet enseignement nécessaire.
Un beau cadeau de Noël pour nos amis qui bâtissent des demeures à base de « oh mon Dieu, pas touche! C’est sâââacré »!
Bravo pr cet article ! Ce livre semble répondre à ce à quoi j’aspire depuis si longtemps !!!!
Il est temps en effet de rappeler qu’il s’agit avant tout d’un repas fraternel !
qui nous empêche de nous rapprocher de nos frères protestants
Finissons-en avec ce sacré sacré
Continuons ces débats car déjà grâce à vos quelques lignes je comprends que c’est par l’homme uniquement que le monde sera sauvé. L’homme libre de toute sujétion de la hiérarchie cléricale
On progresse, on progresse !
Rien que cet article ne peut que « faire des vagues » dans certains milieux que je ne citerai pas mais dont vous comprendrez aisément ce sont je veux parler… Oui à une liturgie qui soit accessible à tous, compréhensible par tous (les peuples latins et les autres aussi, de loin les plus nombreux… Allez expliquer le Christ à un Chinois autrement que dans sa langue et avec ses concepts… La « querelle des rites », ont valu le fait de l’éloignement ce ceux-ci du christianisme… Ne recommençons pas, il faut que l’expérience nous apprenne quelque chose, quand même, non ???
EXTRA ! A lire sans modération!