Contre le Dieu des évidences

5 janvier 2010
Par Anne

A un propos presque diffamatoire et fort peu catholique de Patrick Kéchichian,
voilà que Claude Plettner (ici en photo), en moins de 130 pages, apporte un beau démenti, puisé au fond de la plus grande tradition chrétienne.

Le propos, le voici (Petit éloge du catholicisme, Gallimard, coll. folio, 2009, page 31) :

« Ils ne sont pas nombreux, aujourd’hui, les fidèles rassemblés dans la communauté catholique, formant le corps de l’Eglise, prêts à se mettre debout dans l’assemblée – celle des fidèles, bien sûr, et plus largement, celle du monde commun – pour dire, à partir d’eux-mêmes, la grandeur la beauté, la hauteur et la nécessité, la profondeur et la vérité de leur religion, du Dieu qu’ils confessent, de l’Eglise qui l’enseigne et la célèbre, qui actualise chaque jour son Saint Sacrifice. Rien, bien sûr, ne me permet de vérifier, de mesurer ce retrait, cette prudente discrétion, mais j’en ai la forte intuition. »

Et bien, la preuve du contraire, vous l’avez et, à la différence de ce monsieur qui prend des postures et fait des phrases, Claude Plettner, part d’elle-même (eh oui, comme demandé plus haut), oui, du milieu d’elle-même et même de ce qu’elle ne fait que deviner d’elle-même et, sans tambour ni confidences inutiles, prononce en toute joie et en toute liberté un Credo plein de santé dont le souffle atteint ses lecteurs, parce que, justement, il les emmène au delà de ce qu’ils savent d’eux-mêmes.

Contre le Dieu des évidences, annonce-t-elle en titre. Car si Dieu ne va pas de soi, les évidences sur lui vont cependant bon train, et même parfois à un train d’enfer. Et n’est-ce pas injuste, finalement, que le Dieu des chrétiens paie aujourd’hui pour l’usure d’un Dieu qui n’a rien à voir avec le sien?

Ces évidences, ces véritables « leurres » de Dieu, l’auteur les déconstruit une à une : le « Dieu horloger », le « Dieu qui est au ciel », le Dieu « qui crée l’univers », le Dieu « qui laisse le mal »… Mais rassurez-vous, on est ici bien loin du dogme pesant ou de la rengaine catéchétique!

Dans ces pages, c’est l’expérience qui parle, la vie qui gagne, la légèreté, la littérature et la poésie qui arriment le texte au monde d’aujourd’hui. Et bien sûr, on y écrit à Bible ouverte, il n’y a pas plus grande école de vie.

Le chapitre que j’ai préféré? Celui sur la résurrection; in-attendu, in-entendu, d’une richesse édifiante, on reçoit tellement de fadaises ou de dérobades polies lorsqu’on est face à la mort….

Voilà, que dire de plus? Lisez, vous rencontrerez une chrétienne qui n’avale pas les couleuvres errantes de bénitiers ni les mouches planquées dans les confessionnaux. Une chrétienne qui ose parler, qui pense, mais vraiment – sans recopier les articles des dictionnaires de théologie – qui fait son boulot de baptisée, tout simplement. Et cela suffit pour la joie, la sienne, la nôtre.

Anne Soupa

Contre le Dieu des évidences

Bayard, 126 pages, 16 euros, janvier 2010

7 Reponses à “ Contre le Dieu des évidences ”

  1. chris sur 6 janvier 2010 à 12 h 57 min

    Je ne comprend pas pourquoi vous qualifiez les propos de Patrick Kéchichian de diffamatoire et de fort peu catholiques alors qu’il n’a fait que rapporter la réalité. La dernière enquête d’Ifop pour La Croix montre qu’avec 4,5 %, la France est aujourd’hui le pays catholique où la pratique dominicale est la plus basse. Alors je ne vois pas en quoi c’est diffamatoire de rappeler cette réalité que vit l’Eglise actuellement.

  2. anna soupa sur 7 janvier 2010 à 8 h 38 min

    Cher visiteur, ce n’est pas le faible nombre de chrétiens qui ici est en cause. Sur ces chiffres, nous n’avons ni vous ni moi rien à ajouter. Mais, lisez bien, ce qui est visé, c’est le tout petit nombre qui, parmi eux, en leur sein, est capable, ou se sent le désir de dire sa foi.
    C’est cela que, pour ma part, j’ai trouvé quasi diffamatoire et même, pour aller au fond de ma pensée, présomptueux. Dire que l’Eglise de France serait un désert au niveau de la foi, c’est tout de même un peu gros! Les authentiques témoins, par la parole ou par le geste, sont légion. Circulez, ouvrez les yeux, ils s’activent, même s’ils n’ont paqs besoin pour cela de le faire savoir.
    N’y en aurait-il d’ailleurs plus qu’un (à part vous ou moi!), nous n’aurions pas le droit de ne pas voir ou entendre ce qu’il dit. Souvenez-vous de la bonté foncière d’Abraham plaidant pour Sodome! Construire plutôt que détruire. Nourrir sa foi de tous les signes. Ne pas jouer au « gavé », mais faire son miel de signes modestes, et tenter de ne pas passer à côté du salut. N’y aurait-il plus qu’un chrétien qu’il serait de notre devoir de dire qu’il parle comme dix mille, parce que de lui, la parole de salut nous est parvenue. Et là est l’essentiel. C’est pour cela que j’ai dis que ce n’est pas « catholique » comme j’aurais pu aussi bien dire « juif » ou « protestant » ou « orthodoxe ».
    Ceci dit, le livre de P. Kéchichian n’a pas manqué de m’intéresser et sa parole de foi est respectable, bien entendu.
    Ma réponse vous a-t-elle été utile? Bien à vous. A. Soupa

  3. L'oeil et l'esprit sur 7 janvier 2010 à 8 h 39 min

    Je ne vois pas en quoi les propos initiaux étaient diffamatoires… De ce point de vue, je suis d’accord avec Chris. Ce qui est hérétique en revanche, c’est éventuellement « à partir d’eux-mêmes ».

  4. martine Faïsse sur 7 janvier 2010 à 9 h 58 min

    Voila un livre que je vais m’offrir dans la foulée …
    Au secours !! en quoi exprimer sa foi à partir de soi serait-il hérétique ?
    Voici la mienne en une prière que je vous confie : pitié, ne me jetez pas au feu !!

    Seigneur, dans ce monde d’apparence binaire où les contraires s’opposent et s’affrontent (bien/mal, droite/gauche, chrétiens/autres, j’aime penser qu’il y a entre Vous et nous un lien aussi fort que celui qui unit les quatre éléments nécessaires à la vie : le feu, l’eau, l’air et la terre.

    Seigneur Dieu, Vous êtes le feu.
    Le feu maîtrisé, empêché du bûcher d’Isaac…
    Celui du buisson ardent… Le feu si indispensable aux premiers hommes qu’ils se faisaient la guerre pour le garder.
    Seigneur, Vous êtes le feu qui réchauffe, qui nourrit, qui éclaire, comment pourrions-nous vivre sans feu ?

    Seigneur Jésus, vous êtes l’eau.
    L’eau du Jourdain où Jean-Baptiste a célébré ses premiers baptêmes;
    l’eau apaisée après la tempête sur le lac de Tibériade, l’eau festive – celle des noces de Cana – l’eau féconde – celle de la pêche miraculeuse, l’eau dont vous avez dit : celui qui en boit n’aura plus jamais soif.
    Seigneur Jésus, Vous êtes l’eau qui rafraîchit, qui désaltère, qui purifie, comment pourrions-nous vivre sans eau ?

    Seigneur Esprit de Dieu, Vous êtes l’air.
    Le souffle de vie qui a fait sortir les apôtres de chez eux, qui les a ouverts aux autres, qui leur a donné la compréhension des langues et la faculté de les parler.
    Seigneur, Vous êtes l’air que nous respirons. Comment pourrions-nous vivre sans Vous ?
    Notre vie s’arrête avec le manque de Vous… Votre absence nous est mortelle.

    Et nous Seigneur, ne sommes-nous pas la terre ?
    Votre terre, embellie ou maltraitée sans cesse travaillée, labourée, bêchée, ensemencée …
    Comment pourriez-vous vivre sans nous ?

    Ainsi, nous voilà ensemble réunis, non plus opposés mais confondus : Vous en nous, et nous, en vous, indissolublement unis comme les quatre éléments préalables à la vie : le feu, l’eau, l’air et la terre.
    De là à dire, qu’ensemble, nous n’en finissons pas de donner de la vie, de susciter encore et toujours de la vie, de re-susciter ?

    Seigneur, Vous êtes l’essence même de notre vie.

    Martine

  5. chris sur 7 janvier 2010 à 11 h 45 min

    @A. Soupa

    Merci de votre réponse mais j’ai vraiment du mal à comprendre ce passage comme vous . Je m’explique lorsque P.Kéchichian écrit :

    - « Ils ne sont pas nombreux, aujourd’hui, les fidèles rassemblés dans la communauté catholique, formant le corps de l’Eglise, …» : pour moi ce passage s’adresse aux hommes et femmes français baptisés dans l’Église catholique çàd : les 75 % de la population française qui se déclare catholique mais dont seulement 4,5 % fréquente une église chaque dimanche.D’où son doux reproche aux catholique français , reproche que Jean Paul II exprimera autrement au Bourget en 1980 en disant :  » France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? »

    - Et lorsqu’il rajoute : « …formant le corps de l’Eglise, prêts à se mettre debout dans l’assemblée – celle des fidèles, bien sûr, et plus largement, celle du monde commun… » : là aussi il ne fait que rappelle d’une part la dignité des tous les baptisé catholique d’être membre à part entière de l’Église (« formant le corps de Eglise ») et d’autre part leur vocation qu’ils ont à exercer dans l’Église ( « prêts à se mettre debout dans l’assemblée » ) tout en montrant que leur vocation dans l’Église est différente que celle des clercs ( « celle des fidèles, bien sûr, »).

    Voilà comment j’ai compris ce passage

    Bien à vous

  6. Christine sur 7 janvier 2010 à 12 h 47 min

    Demande la modératrice:
    Ne serait-il pas judicieux et utile d’ouvrir la discussion sur l’ouvrage de P. Kéchichian sur un article qui ferait la recension de son ouvrage. Avis aux amateurs, vous pouvez envoyer vos contributions à contact.cbf@gmail.com, 3500 signes maximum.
    En attendant, commentons ici notre lecture du livre de Claude Plettner.
    Merci

  7. utinam sur 10 janvier 2010 à 14 h 07 min

    Christine, Anne, le 10 01 10, je souhaite à nous tous de ne pas fonctionner en binaire, comme les machines qui ne connaissent que 0 ou 1
    Je nous souhaite des ‘ des + des- des à peu près des …. des etc des ? des / des // et des & à n’en plus finir
    Nous, Baptisés de France que vous avez « baptisés » ainsi, en cette fête du Baptême du Seigneur, que le baptême en Esprit nous soit accordé « comme une colombe » (mais gare aux renards et aux balles perdues)

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