CECI EST TON CORPS de Gabriel Ringlet

18 février 2010
Par Maylis

Albin Michel, 2008

Ce livre est pour moi comme une icône. Il diffuse une lumière très douce et il est porteur d’un message bouleversant. Je le trouve magnifique. Son audace qu’on devine déjà au titre de l’ouvrage est forte comme l’amour , celui de l’expérience vécue et relatée, celui du Cantique des Cantiques . Audace accompagnée d’une grande pudeur :« journal d’un dénuement » (sous-titre du livre) qui se veut avant tout « invitation » . Gabriel Ringlet avertit ses lecteurs en citant la première épître de St Pierre « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. Mais que ce soit avec douceur et respect. »

Car , venons-en au  sujet : il est brûlant. Un prêtre dévoile  son amour, amour partagé, pour une femme et nous transmet le journal qu’il a tenu 8 mois durant, de juillet 2005 à février 2006, alors qu’il l’accompagnait  presque heure par heure dans la phase finale de son cancer généralisé : «  tout au long de sa Passion, une femme fut transfigurée devant moi. Je n’avais pas imaginé qu’un jour je déposerais sur ma patène une hostie aussi brûlante. » écrit-il.

Est-ce audible ? Un scandale de plus ? Une banalité ? par pitié  ne nous accablez-pas !

Non, nullement , il s’agit d’une espérance ! lisez donc : «je me suis engagé à devenir un prêtre pour qui la présence d’une femme serait une bonne nouvelle, accueillie joyeusement, en très heureuse harmonie avec sa vocation. Et j’ai tenu parole. N’y voyez pas un orgueil déplacé et moins encore une provocation, mais l’humble bonheur d’une proximité pour plus d’Evangile, pas pour moins. Et cette proximité n’est jamais venu nier mon sacerdoce. »

Amis ou visiteurs de la CCBF, je ne sais ce que vous en pensez mais personnellement, je dis : quelle bonne nouvelle !

Enfin, un prêtre reconnu et qui aime son sacerdoce et le vit pleinement ose une telle parole ! C’est inouï, au sens premier du terme !

Quel bonheur dans les déserts et passages tortueux que nous traversons. Mais n’allons pas trop vite …

Car ce qui suit l’introduction, c’est le récit de ce dénuement, de ces dénuements successifs, partagés entre cet homme et cette femme dont nous ne connaîtrons pas le nom. Le chemin est très rude et la souffrance immense mais ces pages qui nous sont livrées après un temps d’enfouissement silencieux, celui du corps aimé mis en terre et du deuil qui s’ensuit  nous apparaissent véritablement transfigurées. Elles sont d’une grande simplicité et lumineuses. Gabriel Ringlet s’y livre avec intensité et retenue et son langage parle de cœur à cœur. La puissance évocatrice des images poétiques, des références évangéliques ou littéraires laissent deviner un chemin pascal  qui entraîne vers des questions fortes qui peuvent nous accompagner durant ce carême qui s’ouvre : « Pouvez-vous comprendre qu’il y a là un enjeu qui me dépasse, fondateur, où se joue une partie  de l’avenir de l’institution à laquelle j’appartiens pleinement ? Comprendre que la tradition elle-même encourage à dire charnellement toute la force de l’aventure spirituelle ? » Vie et Mort. Mort et Vie.

Renversant  témoignage  qui nous engage tous.

Maylis Schroeder, mercredi des cendres, 17.02.2010

4 Reponses à “ CECI EST TON CORPS de Gabriel Ringlet ”

  1. onfray claudine sur 21 février 2010 à 17 h 30 min

    ce livre lu dès sa parution m’a profondément touchée comme chrétienne , comme médecin…
    parole humaine gestes humains qui rejoingnent le Père ,l’infini de Dieu.
    amour humain, amour divin…..
    pour moi , il n’y a rien à ajouter…..
    le lire c’est tout

  2. Camille sur 25 février 2010 à 18 h 37 min

    Je pense qu’il y a plusieurs lectures possibles, chacun suivant son bonhomme de chemin …
    Pour moi,il y a beaucoup à déveloper et à questionner dans ce livre, ne serait-ce que la phrase citée plus haut « une proximité pour PLUS d’évangile, pas pour MOINS ».
    Cela me paraît très important car cela sous-entend que le célibat de la prêtrise est traditionnellement présenté comme un « plus »,(ce que j’ai pu vérifier dans certains écrits à l’occasion d’ordinations)
    Alors, qu’entend -on par là ? et qu’en est-il du « moins » ??? ne s’agit-il pas ici de questions que nous nous posons ?

  3. SYLVIE sur 5 mars 2010 à 19 h 09 min

    Merci! Oui, tout est dit…J’ ai noté 2 phrases: » bonheur de proximité pour plus d’ Evangile, pas pour moins.. »..Oui, c’ est prophétique, l’ Avenir de l’ Eglise institution…et c’ est un juste retour aux sources, a plus d’ amour, de vérité, de partage, et d’ équilibre nécessaire: « dire charnellement toute la force de l’ aventure spirituelle. ». Admirable , il est a souhaiter que beaucoup de Prêtres vivent cela, et qu’ ils en témoignent de plus en plus , pour plus de vie, et pour que l’ Eglise grandisse dans le respect de chacun, de sa liberté,et de la puissance de l’ Amour …

  4. Xavier sur 11 mars 2010 à 20 h 21 min

    Cette expérience me renvoie à ce qu’écrivait Maurice Bellet dans l’épreuve ou le tout petit livre de la divine douceur, DDB 1988, au tout début de son livre :

    1.
    La divine douceur est paix, profonde paix, paix miséricordieuse, apaisement.
    C’est une main douce et maternelle, qui sait, qui conforte, qui répare sans heurt, qui remet dans la juste place.
    C’est un regard comme celui de la mère sur l’enfant naissant. C’est une oreille attentive et discrète, que rien n’effraie, qui ne juge pas, qui prend toujours le parti du bon chemin d’homme, où l’on pourra vivre même l’invivable.
    Elle est ferme comme la bonne terre sur qui tout repose. On peut s’appuyer sur elle, peser sans crainte. Elle est assez solide pour supporter la détresse, l’angoisse5 l’agression, pour tout supporter sans faiblir ni dévier. Elle est constante comme la parole du père qui ne plie pas. Ainsi est-elle le lieu sûr où je cesse d’être à moi-même frayeur.
    C’est pourquoi c’est sottise de la croire faiblesse. Elle est la force même, la vraie, celle qui fait venir au monde et fait croître. L’autre, celle qui détruit et tue, n’est que l’orgie de la faiblesse.
    Mais la divine douceur est une douce fermeté, car pas un instant elle ne blesse le cœur, elle ne meurtrit ce qui est au cœur de l’homme, où il trouve vie.
    La divine douceur sauve tout, elle vent tout sauver. Elle ne désespère jamais de personne. Elle croit qu’il y a toujours un chemin. Elle est inlassablement inlassable à enfanter, soigner, nourrir, réjouir et conforter.

    2.
    La divine douceur est charnelle, elle est du corps. Elle ne se passe pas en idées et discours, en décisions, en états d’âme. Elle ne se soucie pas d’exhorter ou d’expliquer.
    Elle est dans les mains, le regard, les lèvres, l’oreille attentive, le visage, le corps entier. Elle est dans les gestes du corps. Elle est l’âme aimante du corps agissant. Elle est la beauté aimante du corps humain
    La divine douceur est sans preuve. Elle ne se donne pas par des arguments, des explications, des justifications. Elle paraît naïve et désarmée devant le soupçon ; en fait, elle y est indifférente.
    Car elle se goûte.
    Pourquoi divine ? Parce qu’elle ne serait pas humaine ? C’est tout l’inverse : elle est divine d’être humaine, entièrement humaine en vérité.

    3.
    Elle est l’amour d’amitié. Elle est l’amour par-delà l’amour, parce qu’elle ne cherche ni preuve, ni satisfaction, ni possession, ni rien de semblable. Elle ne se donne pas par devoir, mais par goût. Elle ne sait même pas qu’elle se donne. Elle est d’un naturel exquis.

    Elle peut se faire service, et de mille façons. Mais elle est d’abord elle-même, ô douceur divine, et ce don-là précède tous les autres.
    Elle est présence, elle est hospitalité, elle est parole échangée. Elle est compassion. Elle est la discrétion même.
    Oh, qu’elle est désirable ! Elle est le sel de la vie.
    Le moment où on le sait, c’est celui de la douleur.

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