Question 2 : quels sont les sujets de discussions prioritaires à ouvrir dans l’Eglise
Marche du 11 octobre – synthèse des échanges à Paris

Question 2 : quels sont les sujets de discussion prioritaires à ouvrir dans l’Eglise
Difficile d’établir un classement entre les sujets, car les thèmes s’entremêlent dans les propos échangés. Annoncer l’Evangile au monde d’aujourd’hui doit être la priorité de l’Eglise. Pour cela il faudrait que le rapport au monde de l’Eglise change, qu’elle parle de l’Evangile et abandonne le discours moral. Cependant le discours ne peut être crédible que si ceux qui le tiennent en témoignent concrètement dans leur façon de vivre ensemble. C’est alors que surgissent les questions du gouvernement de l’Eglise, du rôle du clergé, enfin du statut des femmes et des laïcs. Au final, deux thèmes majeurs s’équilibrent, traduisant une forte tension présente sans doute en chacun de nous : la présence au monde de l’Eglise, et l’Eglise en tant que communauté de vie pour les croyants.
Annoncer l’Evangile
La priorité de l’Eglise, c’est d’annoncer l’Evangile, témoigner, transmettre la Parole, aux jeunes, à ceux qui sont « à la porte », en marge de l’Eglise, au monde. « Comment annoncer l’Evangile maintenant ? », telle est la question qui revient: « annoncer une Parole enracinée dans les réalités d’aujourd’hui ». « Savoir être audible et accessible », c’est la mission de chaque baptisé, pas « le monopole du ministère presbytéral ». Mais encore faudrait-il que notre témoignage soit crédible : « remettre les choses dans l’ordre : mission de l’Eglise avant l’institution » ; « on ne peut pas annoncer la Bonne Nouvelle avec les moyens du pouvoir », et qu’il sache « être audacieux sur les modes de transmission ». Il faudrait cesser de regarder vers le passé et d’utiliser un langage qui est devenu incompréhensible, « codé », « inadapté ». Un groupe propose « un grand site internet pour échanger entre pays, entre laïcs ».
Le rapport au monde
La question du rapport de l’Eglise au monde d’aujourd’hui revient sans cesse dans vos échanges. L’Eglise doit porter sur le monde un regard bienveillant, aimant, qui ne juge pas : « arrêter de diaboliser le monde », de porter un regard méprisant sur la société, de vivre l’Eglise comme un refuge : « ne pas se mettre à l’abri, aimer le monde d’abord ». Plusieurs d’entre vous expriment le souhait que le dialogue œcuménique se poursuive. Le clergé tend à « vivre en vase clos », ce sont les laïcs qui se montrent les plus aptes à écouter et à s’engager dans la société : « ce que l’Eglise ne fait pas bien, c’est la société civile (donc des baptisés) qui doit le faire ». Les chrétiens s’engagent à titre individuel, l’Eglise en tant qu’institution ne parle que par la voix de sa hiérarchie, occultant l’action de la base.
Le discours moral
Quand l’Eglise s’exprime, c’est souvent par un discours moralisateur que vous avez de plus en plus de mal à supporter : « est-ce que l’Eglise est obligée d’avoir un avis sur tout ? » ; « sortir du permis / défendu » ; « faire plus confiance à la conscience éclairée » ; « Quand l’Eglise acceptera et respectera l’homme tel qu’il est dans sa souffrance ? Quand est-ce qu’elle va s’incarner, arrêter de juger l’homme ? ». Le discours sur la sexualité ou la contraception porté par des célibataires ne passe plus, y compris auprès des croyants eux-mêmes. Quand à l’attitude de l’Eglise face aux divorcés remariés, il semble qu’elle désespère nombre d’entre vous car c’est un sujet qui revient très fréquemment.
Vivre en Eglise
Vous répétez aussi, avec insistance, que l’Eglise ne peut annoncer en vérité la Bonne Nouvelle que si elle la vit de manière visible : « il faut revenir à l’Evangile : tout est dedans » ; « l’Evangile doit d’abord être vécu à l’intérieur de l’institution ». Les paroisses sont trop impersonnelles, la parole est plus facile dans les mouvements, où les échanges se fondent sur un partage de vie. La liturgie mériterait d’être « rafraîchie ». Enfin et surtout, vous tenez à ce que les acquis de Vatican II soient préservés, d’autant plus qu’ils semblent aujourd’hui menacés, faute sans doute d’avoir été suffisamment expliqués : « pas besoin d’un concile Vatican III mais que les laïcs se saisissent de tous les textes. »
Le gouvernement de l’Eglise
Revoir le gouvernement de l’Eglise, c’est aussi une condition de l’annonce de l’Evangile : « le gouvernement est fondamental, tout le reste en découle ». L’autorité de la hiérarchie bloque toute évolution, les décisions sont « parachutées » de Rome. Vous voulez plus de liberté, plus d’égalité : « que tous les membres, laïcs et prêtres, soient des partenaires réels dans les décisions », plus de collégialité : « plus de concertation, de débats, de parité », voire la démocratie : « on ne veut plus le pouvoir des éminences grises ; on veut le droit de vote ».
Le rôle du clergé
Vatican II avait expliqué le sacerdoce commun des baptisés. Face à « l’urgence » de trouver des prêtres, vous répondez qu’il faut redéfinir les ministères : « le Vatican souhaite plus de prêtres, mais de quoi avons-nous vraiment besoin ? » ; « quel ministère permet de réunir la communauté ? ». Vous voudriez aussi faire comprendre au monde que l’Eglise c’est nous tous, prêtres et laïcs. L’ordination des hommes mariés, des femmes, sont bien sûr mentionnés, mais pas comme des priorités. Il faudrait déjà former les prêtres différemment, pour en finir avec la « collusion entre pouvoir spirituel et temporel ». « Les jeunes prêtres sont comme des chefs d’entreprise, sans temps pour la paroisse, sans disponibilités à l’écoute spirituelles ». Pour cela, ils vont devoir apprendre à déléguer une partie de leur pouvoir aux laïcs… et aux femmes : « le manque de prêtres est peut-être une chance » ; « il faut des ministères pour les hommes et les femmes ».
Le statut des femmes
Vous demandez la « reconnaissance de l’égale compétence des femmes et des hommes dans toutes les fonctions de l’Eglise ». Pour cela, il faut donner la parole aux femmes, leur faire une place dans le gouvernement de l’Eglise, inventer des ministères féminins. Et pour en finir avec cette « peur du féminin » qui hante l’Eglise depuis toujours, il vous paraît souhaitable que des femmes aient la parole dans la formation des prêtres : « six ans de formation entre mecs », c’est un peu trop ! En effet « les femmes sont de plus en plus compétentes et le décalage de plus en plus grand avec le fonctionnement de l’Eglise ».
Le statut des laïcs
Les laïcs sont prêts à « prendre en charge leur baptême ». Ils n’ont pas besoin qu’un prêtre soit systématiquement présent pour les surveiller dans leurs initiatives ! Les responsabilités doivent être partagées. Les laïcs en mission ecclésiale ont besoin d’un véritable statut, et la parole des laïcs doit pouvoir se faire entendre au même titre que celle du clergé.
Note : tous les textes entre guillemets sont des citations directement extraites des notes prises lors de la marche.
En résonnance avec la synthèse ci-dessus:
- la participation des laïcs à l’annonce de l’évangile pourrait aussi se traduire par des homélies dialoguées ou des partages d’évangile au cours de la liturgie.
- en ce qui concerne la gouvernance et le rapport à l’autorité, il serait indispensable que les (futurs) prêtres soient formés à l’accompagnement plutôt qu’au « management ».
- enfin, le rapport de l’Eglise au monde, aurait avantage à s’inscrire dans l’abandon de la territorialisation (volonté de quadriller le territoire en paroisses) pour aller vers la « fertilisation » (cf le levain da&ns la pâte) avec la création de petites communautés, comme au temps des premiers chrétiens.
Attention à ne pas idéaliser les laïcs.
Je connais plusieurs paroisses où des laïcs (par exemple en charge de l’animation liturgique ou du catéchisme) sont indéboulonnables (sans doute en partie par manque de personnes prêtes à s’investir autant) et ne représentent qu’eux mêmes… et même parfois se tirent dans les pattes.
D’autre part, les laïcs qui ont le plus de temps disponible pour s’investir sont souvent des retraités. Ce qui est très bien, mais il faudrait sans doute aussi que les autres tranches d’âge soient autant impliquées.
« Le Vatican souhaite plus de prêtres, mais de quoi avons-nous vraiment besoin ? » et « Le manque de prêtres est peut-être uen chance… »
La première question me semble en effet essentielle. Elle marque d’une part une prise de responsabilité du peuple de Dieu, d’autre part, elle laisse place à la céativité de l’Esprit Saint. Si nous ne faisons que remplacer l’existant, comment nous adapter aux nouveaux besoins et laisser la place à l’inattendu de Dieu ? C’est ici que le manque de prêtres peut en effet être, sinon une chance, du moins une interpellation de ce même Esprit. Ce qui rejoint le souhait de « l’invention de nouveaux ministères féminins ». Lors de sa visite à Sainte Anne d’Auray, Jean-Paul II y avait invité dans son homélie à la célébration eucharistique des familles. Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père et je suis sûre qu’on en a pas fait le tour..!