Anne Soupa & Christine Pedotti au séminaire des carmes à Paris
Le jeudi 18 février, Christine et moi étions invitées aux Carmes, séminaire universitaire de l’institut catholique de Paris. A la demande de leur supérieur, le père Robert Scholtus, nous avions pour mission de leur présenter la CCBF, d’écouter leurs questions et de tenter d’y répondre, au cours de leur assemblée communautaire du jeudi.
A la tourne du bel escalier ancien, aux marches larges et douces, dès la porte franchie, la longue enfilade du couloir m’impressionne. Des portes, étroites, donnent sur les cellules. « Moi, je sais que derrière, c’est tout petit ! », précise Christine qui est déjà venue plusieurs fois. Nous entrons dans la bibliothèque, une belle pièce en longueur, pleine. Une cinquantaine de séminaristes, de tous âges. De certains, je pense : « Comme ils sont jeunes…. D’autres sont d’âge plus mûr ; les visages sont plutôt ouverts, il y a de la bienveillance dans l’air. Après les annonces de la semaine, nous avons la parole.
Christine raconte pourquoi et comment elle se sent chez elle dans l’Eglise ; j’emboîte le pas. Puis nous résumons l’histoire, surtout celle de la CCBF, et expliquons les 3 ministères et le fond de notre attitude, non revendicative, constructive et résolument tournée vers l’avenir. Et là, au milieu d’une phrase, je me rends compte que l’avenir, il s’en donne quelques arpents là, devant nous, en ces jeunes gens qui souhaitent donner leur existence au Christ et le suivre, quoi qu’il arrive. Que notre Eglise tangue ou franchisse la passe…. Et là, quelque chose d’heureux me saisit à la pensée de cette certitude. Est-ce un sain vertige ? Je ne sais pas, il est bien audacieux de mettre sa vie en gage… L’imprévisible s’invite plus souvent qu’on ne le croit. Mais leur intention est manifeste et je dois reconnaître que j’en suis touchée.
Et à nous, de la CCBF, qui parlons de l’avenir de l’Eglise, qui voulons le construire, ces jeunes gens rieurs et sérieux apportent une caution de grand prix : ils disent qu’ils seront là. Bonne nouvelle ! Vraie rencontre. Clercs, laïcs, tous serviteurs. Une rencontre fondée sur ce souci partagé. En regardant ensemble vers un but commun, chacun découvre et fonde sa vraie place. Le projet fait la fonction ; la partition fait l’orchestre. Christine, bientôt, rejoint par la parole ce que je ressens : « Vous comptez pour nous ».
Nos conversations se prolongent par un débat, tonique, puis s’achèvent sur une belle volée d’applaudissements. Bruits de chaises, les visages se tournent vers le panneau central et se lèvent. Vers une toute petite vierge de faïence, tout en haut. Magnificat. Oui, « magnifique est le Seigneur… » Les voix sont belles, à l’unisson, le, rythme bien tenu. Nos hôtes nous gardent pour le dîner. Je laisse à l’un d’eux le pot de confiture que j’ai apporté. Comme s’ils manquaient de quoi que ce soit ! Mais son sourire ne me laisse aucun regret. A table, nous passons d’un sujet à l‘autre. C’est simple, sans histoires, la bienveillance est toujours dans l’air. On se connait un peu, on se fait moins peur. On apprend à compter les uns sur les autres. N’est-ce pas cela l’Eglise ?
Anne

MERCI pour cet article
j’ai pour ami depuis longtemps un jeune séminariste des Carmes
ils n’auront pas une vie facile , mais ils prient réfléchissent aiment le monde , sont divers…..
une espérance pour l’Eglise!
claudine
Bonne nouvelle,Anne et Christine ! Souhaitons qu’un si bon accueil soit le signe d’un cheminement de ces jeunes et moins jeunes vers une réflexion renouvelée, étayée par vos interventions, qui les conduise à reconnaître la CCBF comme porteuse d’avenir pour l’Eglise, pour eux et avec eux.
Un beau témoignage, dans les deux sens. Cela ne doit pas être facile pour eux de dire « oui » à une vie probablement chahutée. Eux aussi ont une place à trouver, un mission à remplir, un coeur à donner. Ce pour quoi ils s’engagent aujourd’hui ne sera probablement plus la même chose dans 20 ans. Il faut en avoir du courage et de l’amour pour prendre ce chemin-là. Mais nous leur en sommes reconnaissants.
Je me réjouis, en lisant cet article, des grâces qui accompagnent la naissance de la CBF.
Sur la photo publiée, ces neuf footballeurs souriants du séminaire des Carmes ont le visage de l’espérance.
Je m’associe à Claudine et Estelle pour penser qu’ils n’auront pas la vie facile dans le monde qui vient. Je crois cependant qu’ils sont plus chanceux que la plupart des jeunes qui se préparent à de brillantes carrières ou suivent seulement les modèles sociaux dominants, car ils connaissent Jésus-Christ et ils ont un sens pour leur vie. Je les salue et je les encourage.
Toutefois, notre Eglise pourrait les aider un peu si, au lieu d’exiger d’eux le célibat pour un ministère consacré, elle leur offrait le choix d’embrasser le même ministère avec option « amour humain » !
Il est inévitable que ces garçons rencontrent, à un moment de leurs vies, quelqu’un qui fera naître en eux le sentiment de l’amour, accompagné du désir d’être deux et de la certitude de son innocence. Plusieurs devront choisir entre le renoncement, le scandale et l’hypocrisie. Qui peut dire combien d’entre eux, dans l’accomplissement de leur vocation, pourront se passer sans dommage de l’amour d’une compagne ou d’un compagnon ?
tout à fait d’accord!!
quand notre Eglise aura le courage d’affronter tous ces sujets?
je ne dis pas problèmes, je dis sujets essentiels….
le médecin que je suis sait que cela ne résoudra pas tous les problèmes, mais cela évitera des situations impossibles , des drames humains, …..des hypocrisies…
cela est vrai pour les prêtres, mais aussi pour les couples, les femmes…
Quels Pasteurs, pour demain,des appelés, des croyants , des priants, des êtres bien dans leur tête et dans leur corps, heureux , ayant la possibilité d’échanger en vérité!
encore faut-il le leur permettre!
@Philippe !
C’est gars, dont vous parlez, ont décidé, en leur âme et conscience, je l’espère, d’embrasser la vocation sacerdotale, si l’Eglise les appelle, en toute connaissance de cause, et tout particulièrement, le renoncement à la vie maritale ! Vous dites que l’Eglise pourrait les aider un peu si elle leur offrait le choix d’embrasser le même ministère avec option « amour humain »…
Pensez-vous vraiment que ce serait les aider en leur offrant la possibilité d’avoir une femme et de fonder une famille ?
Personnellement, je suis marié, j’ai un enfant pour l’instant et j’ai une deuxième vie qui commence lorsque je rentre de mon travail. Imaginez un instant un prêtre et son activité sacerdotale qui est bien différente d’une activité professionnelle lambda ! Lui ne finit pas de travailler à 6 ou 7 heures du soir comme tout le monde. Entre les réunions, les invitations de tous genres auprès de l’évêque, d’autres prêtres, de familles et j’en passe, il finit souvent sa journée vers 22 ou 23 heures. Sans parler d’activités autres, telles la préparation des sacrements, des homélies, d’un travail purement intellectuel… Ces futurs séminaristes, je l’espère pour eux, s’apprêtent à entendre l’appel de Dieu, par l’Eglise, à donner leur vie entière à Dieu, à leurs paroissiens, par amour et pour l’Amour ! Comme cela est difficile. Vraiment. Impossible pour notre monde. Impossible pour vous apparemment. Bien que des prêtres défroquent, et j’en ai connu, mais cela n’est pas un argument pour permettre que certains se marient. Les prêtres, tout comme les consacrés, préfigurent le royaume de Dieu, où nous serons tous dans le Christ, d’une façon particulière, sans être assimilé à Lui, en conservant notre personnalité, en vivant comme des frères et soeurs. Comme disait le Christ, mon royaume n’est pas de ce monde, mais, je rajoute, les prémices sont bel et bien là, en premier lieu par les effets de notre baptême, et de façon prééminente, dans le sacerdoce ministériel ou la vie consacrée.
Je rebondis sur cette phrase de Philippe qui me fait bondir: « ils sont plus chanceux que la plupart des jeunes qui se préparent à de brillantes carrières ou suivent seulement les modèles sociaux dominants, car ils connaissent Jésus-Christ et ils ont un sens pour leur vie. » On a l’impression que d’un côté on a des jeunes qui ont tout laisser tomber pour suivre le Christ et de l’autre côté une majorité de jeunes cadres aux dents longues matérialistes qui n’ont pas trouvé de sens à ce qu’ils font. Je crois que l’on peut aussi vouloir une carrière de jeune matérialiste aux dents longues sans que ce soit incompatible avec la présence de Dieu dans nos vies. Au contraire. Je ne crois pas aux moments pour Dieu (la prière) et aux moments sans lui (le travail, le shopping). Dieu est là, présent, tout le temps. Et justement il guide nos vies, que l’on soit jeune cadre dynamique ou jeune séminariste. C’est « juste » une manière différente de mettre Dieu au coeur de nos vies, de le célébrer différemment. Mais j’admire quand même ceux qui laissent tout tomber pour aller LE retrouver en accompagnant une paroisse ou dans un monastère.
pour mieux découvrir qui sont ces séminaristes du séminaire des Carmes que Christine et Anne ont rencontrés, je vous recommande de lire le numéro de mars 2010 de la revue Croire Aujourd’hui dont le thème est « prêtre, un homme pour les autres » : il y a l’article « prêtres de demain » qui est une très intéressante interview de Robert Scholtus, l’actuel directeur du séminaire des Carmes !