J’écoute…

17 février 2010
Par Therese

J’écoute…


Que dira le Seigneur ? Que cherche-t-Il à nous dire en ce nouveau Carême ?
Aujourd’hui, en 2010, dans les événements, les rencontres, et dans la liturgie ?

Que cherche-t-Il à me dire ? … Chaque année j’entre à reculons dans ce temps de Carême.
Je le trouve trop long ; et ses propositions pas adaptées aux temps que nous vivons.

Il faut tout transposer. Autre est la situation des frères et sœurs en Communauté,
ou bien encore celle des frères et sœurs encore en pays de « chrétienté », autre est la nôtre.

Les suivre toutes, ces propositions de pratiques et de rencontres entre paroissiens,
cela reviendrait à se démarquer de son entourage.

Je sais qu’on nous présente ça comme un courage, le courage du témoignage.
Mais je sais fort bien que, dans ma situation, le courage et le témoignage sont ailleurs…

Tout est en chantier. Tout est à ré-inventer.
Confrontation avec les propositions de l’Église, confrontation-prière.

Je ne suis pas seule : mon Père est là dans le secret. Le Père de Jésus et notre Père.
Me rendre présente à sa Présence… Mais comment, Seigneur ?
-          Qui me voit, voit le Père !

Alors prendre l’évangile, là, un moment en solitude, porte fermée, bien tranquille.
Prendre le texte brut ; pour cette fois, sans les petites notes, les commentaires…
Lire sans tant de piété sentimentale qui ne fait que séparer du bas monde,

Et sans idées toutes faites, vraiment sans œillères !
Surtout bien garder la largeur de champ, les questions de l’heure.
Laisser jouer l’étonnement. Risquer la rencontre à découvert…

L’évangile bruisse de mille voix : gens de biens, moins que rien, pratiquants et païens. Sans compter bonnes femmes et enfants …
Et Jésus au milieu d’eux …
à l’entendre, à le voir faire, il suffirait – d’où qu’on vienne, quoiqu’on ait fait – de s’ouvrir à la paix  pour être appelé « fils de Dieu » ! Scandaleux !
Et quand on pense qu’admettre sa misère c’est prendre une longueur d’avance …
Si on tient mordicus qu’on a rien à se reprocher, c’est dur à avaler…

Jésus écoute…

Manifestement il goûte les rencontres, surtout en vis-à-vis,
Il prise le dialogue de visage à visage.
Il écoute l’autre parler sa langue, sa vie, sa liberté.
Il l’écoute aussi dans ses silences.

Il m’écoute aujourd’hui, ici, dans ma lecture, seule.

Et je commence à comprendre. J’entends :
« Laisse-moi me taire avec ton silence
Laisse-moi aussi te parler avec ton silence
. »[1]

J’écoute…

Ma tête et mon cœur bruissent de mille voix. Des parasites brouillant la Sienne ?
Tout au contraire ! Plus je lis l’évangile, plus j’apprends à les écouter, ces mille voix.
Et plus je les écoute et plus Jésus des évangiles prend chair,
Me devient un compagnon d’existence, un ami proche, un frère,
«Notre bien aimé frère et Seigneur Jésus », comme disait Charles de Foucauld.

J’écoute tous azimuts, à l’école de Jésus : Que dit le Seigneur aujourd’hui ?

Thérèse Huvelin



[1] D’après J-F Six et V. Mussaud, Médiation, Seuil, 2002, p.158-159. (Les deux vers cités sont de Pablo Neruda, trad. Couffon, Rinderknechts)

Photo de Jean Paul Longin prise en l’église saint Hubert du Noirmont (Suisse) au début du Carême 2009, lors de l’installation définitive de son Chemin de Croix 1992.

3 Reponses à “ J’écoute… ”

  1. Camille sur 17 février 2010 à 20 h 57 min

    Merci, Thérèse, c’est beau.
    Connais-tu le poète Claude Vigée ? Il a beaucoup écrit.
    Voici une citation de lui: « Prier, c’est écouter aux portes du silence » et encore « si le coeur aimant parle au coeur il n’a nul besoin d’une bouche: l’oreille ouverte lui suffit. »

  2. Hubert Moreau sur 18 février 2010 à 9 h 26 min

    Oui, Thérèse, c’est beau et paisible. Avec vous et Isabelle de G. et tant d’autres, je suis prêt à lire, relire, approuver et signer. Idem pour les évangiles. Mais maintenant que fait-on ? Très concrètement. Pour « combler (d’un peu) de biens les affamés ». On n’a guère le choix, il faut « renverser les puissants de leurs trônes et élever les humbles ». Ce n’est pas facultatif si l’on veut tenter de vivre l’évangile.

  3. Thérèse Huvelin sur 21 février 2010 à 7 h 44 min

    Hubert,

    Combler de biens les affamés, renverser les puissants, élever les humbles :
    depuis le temps que des hommes et des femmes s’y efforcent
    de tout leur cœur, de toute leur intelligence et de toute leur (bonne) volonté,
    comment se fait-il que notre monde soit aujourd’hui en un tel état d’injustice ?

    Cette question n’est pas pour nous démobiliser – tout au contraire !
    Mais elle nous oblige à sans cesse reprendre la question des moyens de faire avancer concrètement la cause des pauvres, des opprimés.
    Et pour cela écouter ceux qui ne pensent pas comme nous.

    Ainsi j’écoute votre grande impatience… me laissant interroger par elle.
    Voulez-vous bien, en retour, lire de plus près cet évangile qui vous parle (Luc 1, 46-55) ? :
    Dans ce texte qui comble, renverse et élève ?
    Qui pousse ce cri de joie, à partir de quel évènement survenu dans sa vie ?

    Dans ce blog des baptisés conversent entre eux, au vu et su de tous, pour toujours mieux mettre en œuvre leur baptême.
    Pour nous l’évangile est force pour soulever le monde, et la prière est le levier de l’action conjointe avec « le Seigneur ».
    Fraternellement

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