L’Eglise que j’espère

1 décembre 2009
Par Xavier

Adriennekt_rondet_80H en commentant l’article « question de droit(s) »
attirait notre attention dans la revue internet  « Garrigues et senti
ers » sur une publication du
père Michel Rondet, théologien et accompagnateur spirituel reconnu.

Son espérance est clairement la nôtre… Aussi nous publions son article intégralement :

J’aime mon Église, je crois fermement que, fondée sur la pierre angulaire qu’est le Christ, elle a les promesses de la vie. Je suis témoin que l’Esprit agit en elle et y produit, aujourd’hui, des fruits incomparables de sainteté, mais je souffre de la voir engluée dans une foule de problèmes secondaires qui ruinent la crédibilité de son message et en masquent la beauté novatrice.

Je ne peux plus prier pour les vocations comme on me demande avec insistance de le faire. Je prie pour que l’Église ait le courage de prendre les orientations qui répondent à la situation et correspondent aux appels de l’Esprit. Ce qu’on appelle la crise des vocations n’est pas conjoncturelle ; en se prolongeant, elle nous invite à une réflexion plus large sur l’Église et les ministères, elle nous appelle à cesser de regarder vers un passé récent à restaurer pour nous tourner vers l’avenir. Si cette crise cessait miraculeusement, nous n’aurions rien de plus pressé que de revenir à l’Église de Pie XII, les prêtres reprendraient toutes les responsabilités que les laïcs commencent à assumer et nous redeviendrions une Église cléricale, or c’est à une Église communion de baptisés responsables que l’Esprit nous appelle.

Nous sommes appelés à rompre avec une tradition cléricale qui n’a cessé de s’imposer depuis le Ve siècle, mais qui n’est pas évangélique. Le Christ n’a pas confié l’avenir de sa communauté à une classe d’hommes qui en assumeraient seuls l’animation et les orientations ; or c’est ce qui s’est produit à travers l’instauration d’un clergé conçu sur le mode des celui des cultes païens. C’est avec cette tradition qu’il faut rompre en rendant aux communautés chrétiennes la responsabilité de leur vie et de leur animation sous le contrôle du ministère apostolique des évêques.

C’est possible sans rupture, en retrouvant la tradition des premiers siècles :

- Il faut rendre aux communautés chrétiennes la responsabilité de la célébration de l’eucharistie. Une communauté chrétienne doit pouvoir célébrer l’eucharistie pour nourrir sa vie théologale, sans avoir besoin de recourir à un célébrant extérieur. Elle doit proposer à l’évêque les noms de ceux qu’elle souhaiterait voir présider ses célébrations et tout ensuite doit se faire sous le contrôle et avec la bénédiction de l’évêque.

- Il faut rendre à ces communautés la responsabilité de l’organisation des ministères dont elles ont besoin : réconciliation, souci des malades, préparations des sacrements (baptême et mariage célébrés par l’évêque ou ses collaborateurs directs).

- Les diocèses peuvent être plus petits, l’évêque résidant au centre, entouré de quelques collaborateurs prêtres vivant en communauté avec lui et partageant sa mission.

- Si une communauté chrétienne entreprend sous sa responsabilité une œuvre d’assistance, en suppléance à ce que la société ne fait pas, la responsabilité pourra en être confiée à un diacre (exemple : la diaconie de Toulon).

Au sujet de l’œcuménisme. Depuis un siècle de grands efforts ont été faits, qui aujourd’hui plafonnent. On a cherché à progresser vers l’unité en éliminant peu à peu les points de désaccord. Il semblerait qu’il faille aujourd’hui trouver une autre manière de progresser. Le Christ veut l’unité ; cette unité, elle existe déjà dans bien des cœurs. Pourquoi alors ne pas inverser la méthode : poser des gestes d’unité (intercommunion, confession commune de Jésus-Christ, réconciliation) et à partir de là (de l’unité vécue) aborder les différences. C’est un peu le chemin qu’a vécu Taizé et il y a là un exemple.

Dans son rapport au monde, l’Église a un message de bonheur et de salut pour tous les hommes. C’est ce message qu’il faut annoncer en faisant confiance à la conscience des hommes et des communautés pour le vivre le mieux possible.

Michel Rondet


On trouvera des perspectives analogues dans un certain nombre d’ouvrages présentés comme émanant anonymement des hautes personnalités de la curie romaine :

- Pietro di Paoli, Vatican 2035, Plon, Octobre 2005, en particulier pp 423-426 ; 487-492 ; 525-526 ; 539-543.

- Pietro di Paoli La confession de Castelgandolfo, 2007.

- Olivier Le Gendre, La Confession d’un Cardinal, J.C. Lattès.

- Le dernier tome du Père Moingt, Dieu qui vient à l’homme, tome II

11 Reponses à “ L’Eglise que j’espère ”

  1. Fabienne Roger sur 3 décembre 2009 à 20 h 25 min

    Merci pour ce texte qui réchauffe le coeur et ranime l’espérance !

  2. Brigitte sur 5 décembre 2009 à 11 h 11 min

    Je cite :
     »
    - Il faut rendre aux communautés chrétiennes la responsabilité de la célébration de l’eucharistie. Une communauté chrétienne doit pouvoir célébrer l’eucharistie pour nourrir sa vie théologale, sans avoir besoin de recourir à un célébrant extérieur. Elle doit proposer à l’évêque les noms de ceux qu’elle souhaiterait voir présider ses célébrations et tout ensuite doit se faire sous le contrôle et avec la bénédiction de l’évêque. »

    Quel programme ! Retroussons nos manches.

    Je me pose une question depuis quelques temps : où en sont les ADAP « Assemblée Dominicale en l’Absence de Prêtres » ? Il me semble avoir entendu parler de ces célébrations dominicales à la campagne, il y a 20 ans, mais je ne sais plus où et j’aimerais savoir si elles existent encore.

    Quelqu’un a-t-il des informations la-dessus ?

    D’une manière générale, cela m’intéresserait de trouver sur ce site des témoignages de paroisses dans lesquelles les laîcs sont particulièrement organisés et parties prenantes dans le fonctionnement de la communauté. Dans la paroisse dans laquelle je suis arrivée, les laics me semblent très impliqués, avec une grande diversité d’âge, de « style ».

    Cela étant, l’implication des laics ne règle pas tous les problèmes et de loin : dans cette même paroisse, c’est l’équipe de laics en charge des « servants d’autel » qui réserve ce service aux garçons. Le curé, quant à lui, avait des enfants de choeur filles dans sa paroisse précédente et n’en a plus dans notre paroisse.

    Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le fait que les « différences de sensibilité » entre laics demeureront ou même deviendront de plus en plus forte. Il faudra que l’Esprit souffle très très fort pour que nous sachions rester unis dans la cadre d’un fonctionnement « démocratique », avec des responsables de communautés proposés par la communauté.

    Prions, Dieu vient

    Fraternellement,

    Brigitte

  3. Christine sur 5 décembre 2009 à 23 h 14 min

    @Brigitte,

    J’ai assisté à une ADAP, pour la première fois, à la campagne, en Normandie, il y a deux ou trois ans. J’ai été très impressionnée par la qualité de la célébration. Le « président » était un homme laïc tout à fait remarquable. Que l’eucharistie ne soit pas célébrée a été une épreuve douloureuse, un sentiment de vrai « manque », et d’absurdité. Il y avait là une communauté bien vivante, organisée, célébrante… Ça m’a fait beaucoup réfléchir…

  4. Brigitte sur 6 décembre 2009 à 12 h 17 min

    L’eucharistie n’a pas été célébrée ? C’est à dire ? avez-vous communié, comme peut le faire un malade à qui l’on porte la communion sans nécessairement la présence d’un prêtre ?

  5. Monique sur 6 décembre 2009 à 14 h 48 min

    Bonjour,

    Un très grand merci pour ce texte prophétique.
    Mais que de chemin encore à parcourir…
    Si l’on suit les propositions du P. Rondet, il faudra qu’il y ait quelques saint Paul pour rappeler les exigences de l’Evangile aux communautés: que de conflits de pouvoir et de problèmes relationnels dans les équipes de laïcs… en gros, les mêmes qu’aux premiers temps de l’Eglise. Il y a un énorme travail à faire dans le sens d’une solide formation des laïcs (et en cela, n’en déplaise à Mgr André, les femmes ne sont pas les plus démunies).

    Pour un pointe d’humour: le canular du 1er avril du site de Port St-Nicolas est resté très discret (ils voulaient faire du buzz dessus mais y ont renoncé à cause de l’actualité ecclésiale trop brûlante), mais il valait vraiment la peine:

    « Enfin une bonne nouvelle qui réjouira les journalistes

    CITE DU VATICAN, 01APR2009 (VIS) L’assemblée plénière des évêques vient enfin de prendre une décision qui remet chacun à sa place dans les relations humaines de l’Eglise et qui revient aux origines.
    A partir du jeudi saint 9 avril 2009 (ce qui rappellera que l’exemple vient du Christ lui-même), tous les titres, et appellations honorifiques des serviteurs de l’Église disparaissent. Tous les serviteurs de l’Église ayant reçu la charge d’un évêché perdent officiellement, à partir du jour où ils sont intronisés, leur nom et prénom et se feront appeler « Paul ». Leur nom de famille sera uniquement gardé pour l’état civil, et pour leur proches; il leur reviendra à leur démission ou à leur mort. Nous auront donc Paul de Paris, d’Avignon etc. Ce prénom sera synonyme d’évêque, il est bien évident qu’un paroissien de base dira alors en rencontrant son évêque, « Bonjour, Paul ». Seul le Pape se fera appeler « Pierre ». En l’occurrence, le Pape actuel sera Pierre CCLXV, et chacun l’abordant lui dira « Bonjour. Pierre ». En conséquence, Pierre et Paul disparaissent du calendrier, tous les « Pierre » existant verront leur prénom changé en « Simon , et tous les « Paul » en « Saül ».
    Les cardinaux deviennent « Électeurs ». Ainsi on dira : « Paul de Lyon Électeur ». mais « Paul de Cahors » ou « Paul de Cambrai ». Cette particularité d’électeur ne sera indiquée qu’en cas de nécessité.
    Les curés gardent leur prénoms et leur charge de curé. Ainsi on dira « Antoine Curé de Vence », « Jacques Curé de Royan ».
    Les vicaires et diacres gardent leur prénoms et, au besoin, font suivre leur nom, comme d’habitude, de leur fonction.
    Afin de s’habituer à ce nouveau protocole, le tutoiement ne sera obligatoire qu’a partir du premier janvier 2010, en attendant il sera fortement conseillé.
    Les titres : mon Père, mon Frère, ma Sœur, Révérend, etc. seront proscrits dans toutes les relations de personne à personne orales ou épistolaires, qu’on soit prêtre séculier ou faisant partie d’un ordre monastique, masculin ou féminin. Les notions de Cardinal, Monseigneur, Chanoine, Chanoinesse, Monsieur l’Abbé etc. disparaissent. L’Archevêque devient « Responsable de la province de… ». Exemples : on ne dira plus Monseigneur « Bernard Podvin, Secrétaire Général de la Conférences des Évêques de France », mais « Bernard Podvin, prêtre ». On dira « Paul de Poitiers, responsable du Poitou Charentes ». Un évêque qui n’a plus de charge pastorale redevient prêtre et retrouve son nom de baptême. Toutes les personnes de la Curie perdent leur titre sauf, le cas échéant, celui d’électeur, et deviennent « Conseillers en charge de… ».
    Ces changements ne touchent que le protocole honorifique, rien n’est modifié dans les responsabilités de chacun dans l’annonce de l’Évangile, qui devront le cas échéant être rappelées.

  6. Sandrine sur 6 décembre 2009 à 17 h 38 min

    « instauration d’un clergé conçu sur le mode des cultes païens » dit le P. Rondet.

    ça m’intéresse beaucoup, quelqu’un peut-il développer ?…

  7. Christine sur 6 décembre 2009 à 18 h 07 min

    Le P. Jean-Noël Bezançon, dans son dernier ouvrage, « La messe de tout le monde » (une excellente recension sur ce site) est très éclairant.
    Pour tenter de résumer:
    Dans les cultes païens les divinités sont redoutables (souvent capricieuses) il est utile de s’en garder et de ménager leurs faveurs. Pour s’en garder, on les confine dans l’espace sacré. Les prêtres sont les seuls à pouvoir faire sans risque le « passage » du profane au sacré. Pour ce faire, ils sont tenus à des règles de pureté rituelle. Ils pratiquent des sacrifices et des offrandes pour se ménager la bonne volonté et les faveurs des divinités. Tout au contraire, le Christ, Dieu fait homme, en venant fouler notre Terre, confond le sacré et le profane. Même le Saint des Saints, dans le Temple de Jérusalem est dévoilé, puisque le rideau du Temple se déchire à l’heure de la mort du Christ. Depuis lors, nous, chrétiens ne connaissons plus le « sacré » mais le « Saint » . La sainteté est un don de Dieu, elle est le propre de Dieu et Dieu nous en revêt. Le peuple des baptisé est tout entier saint, il est un peuple de prêtres, de prophètes et de rois. Jésus-Christ est l’unique prêtre, l’unique médiateur (lettre aux Hébreux). Nous, peuple de prêtre, corps du Christ, et nos « prêtres », en figure du Christ-tête célébrons l’alliance nouvelle et éternelle.
    Ça, si j’ose dire, c’est la théorie, en pratique, nous ne cessons de rêver de revenir aux formes païennes sacrales qui présentent l’immense avantage de « renvoyer » Dieu dans son domaine propre et de nous laisser les mains libres dans l’espace « profane. En clair, les prêtres, font leur « boulot » et nous, nos « petites affaires ». CQFD!

  8. Christine sur 6 décembre 2009 à 18 h 15 min

    @Brigitte,
    Oui, nous avons communié, comme les grands malades que nous étions. Oui, nous étions un corps malade, blessé, qui n’avait pas pleinement célébré sa communion. Rude expérience dont on n’a guère l’idée, dans les « confortables » paroisses de centre-ville.

  9. Marie Emmanuel sur 6 décembre 2009 à 18 h 32 min

    Chers Amis,
    Merci de vos courriers ! Je ne sais ce que l’Eglise décidera sur l’ordination des femmes. Vivant du sacerdoce du Christ dans la congrégation des auxiliaires du sacerdoce, n’étant pas ordonnée, mais baptisée confirmée, je n’ai pas conscience qu’il me manque qqch… et me sens invitée à témoigner que le sacerdoce s’exerce d’abord dans la vie de tous les jours, en particulier dans les rencontres où qqch m’est donné de l’autre, et réciproquement, oui, cet échange de dons est vital, pleinement sacerdotal.
    Prions pour notre conversion, celle de l’Eglise entière, nous sommes « un sacerdoce royal, une nation sainte, pour proclamer les louanges de celui qui nous a appelés ». Pourrons-nous un jour appeler les choses par leur nom, réserver le terme de ministère à ce qui l’est réellement et le mot sacerdoce s’en trouvera clarifié ? Faut-il un concile pour clarifier cela ? C’est cher payer ce qui n’est que fidélité à l’Esprit du Christ et à l’Eglise qu’il a instituée.
    Autre point où je souffre dans mon rapport à l’Eglise : dans les eucharisties, les symboles de la fraction du pain et du sang répandu pour la multitude sont insignifiants. Quand je le dis, on me rétorque que ce n’est pas pratique ! Quand Jésus a célébré la Cène avec le pain et le vin, il a certainement manqué d’esprit pratique !
    Bonne suite, de coeur avec vous !
    Marie Emmanuel

  10. Thérèse Huvelin sur 6 décembre 2009 à 21 h 29 min

    J’ai participé pendant deux ans à des ADAP en maison de retraite. J’aimais cette assemblée de pauvres, comme ceux que Rembrandt a représentés avec une infinie tendresse, s’approchant du Christ, avec un très vieux couple touchant, des gens sur des brancards, et même un mort (« La pièce aux cent florins »).
    Des personnes parfois un peu perdues qui mélangeaient les prières et appelaient le diacre « mon Père » et moi qui ne manquais pas une occasion de leur rappeler que j’étais grand-mère « ma soeur » !
    J’avoue que je n’ai jamais pu entrer dans cette prière communautaire qui délie le Corps du Ressuscité de la mémoire de sa Passion (juste une petite phrase qui arrive comme un cheveux sur la soupe). J’ai fini par décrocher.
    Autant je comprends qu’on porte le Corps du Christ aux personnes qui ne peuvent de déplacer (et j’ai vécu tour à tour les deux situations, celle de porter ce Corps à un membre de ma famille et celle de Le recevoir); autant cela me choque qu’on préfère taire le don que le Christ a fait de Lui-même « pour vous et pour la multitude », alors que son Assemblée est là, réunie par Lui pour L’écouter et Lui donner l’hospitalité en nos pauvres vies, plutôt que d’inventer des délégations basées sur l’Eglise-Communion.

  11. Brigitte sur 8 décembre 2009 à 22 h 08 min

    @ Christine et Thérèse : merci pour vos témoignages sur les ADAP. Je comprends qu’il s’agit d’une « formule » amputée. je lis en ce moment le livre « la messe de tout le monde » , que j’ai découvert sur ce site et que vous rappelez. Ce livre, très intéressant, me fait redécouvrir la prière eucharistique et je comprends d’autant mieux que s’en passer est bien triste.

    Brigitte

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