L’apôtre était une femme !

7 mars 2010
Par Michele

La plupart des commentaires de l’évangile de Jean sur la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, sont des banalisations qui mettent le projecteur sur une femme en faute dans sa vie sexuelle.
Ah, la belle affaire !
En réalité, prêtons l’oreille, élargissons le champ de notre perspective, d’un bout à l’autre de ce dialogue, nous sommes dans le domaine de la foi, en plein cœur de la symbolique chère aux prophètes :
l’idolâtrie, le mal par excellence dont souffre le peuple, cette idolâtrie est conçue comme un adultère, une intolérable infidélité du peuple à son époux qui est Dieu.
Seule cette interprétation symbolique peut expliquer ce texte.

Quand la Samaritaine dit qu’elle voit que Jésus est un prophète, elle ne s’attarde pas à reconnaître que Jésus posséderait un savoir surnaturel sur sa vie privée, mais elle découvre sa dénonciation prophétique de l’idolâtrie.
Elle place Jésus dans la continuité du prophète Osée qui, dans l’Ancien Testament, va intenter un procès contre un Israël voué aux idoles. (Os 2, 4).
C’est de cela qu’elle témoigne, lorsqu’elle va rapporter aux autres les propos de Jésus : « ce qu’il m’a dit ».
Cela n’a rien à voir avec sa vie conjugale mais avec la vie d’alliance d’une communauté.
Dialogue d’une rare intensité théologique.
Un vrai dialogue unique dans l’Évangile où cette femme est une authentique partenaire.

L’Evangile de Jean ajoute un détail qui est parallèle à l’appel des apôtres dans les synoptiques, lorsqu’ils quittent leur bateau.
Ici cette femme « abandonne » aussi quelque chose pour se consacrer à l’évangélisation.
Souvenez-vous : la cruche !
« Laissant là sa cruche, elle courut à la ville »…
L’abandon de la cruche est semblable à l’abandon des filets, du bureau de douane, pour suivre Jésus et devenir apôtre.

Pourquoi cet abandon de la cruche n’a-t-il jamais été interprété au même titre que l’abandon des filets ?
D’autant plus que – et c’est un cas unique dans l’Évangile – la Samaritaine est la première et la seule dont la parole a permis à un groupe tout entier de se convertir.
Elle réalise ce que Jésus dit en Jean 17,20 : « Ceux qui croiront en moi grâce à leur parole ».
Eh bien, son ministère de la Parole a été efficace.

Avec Jésus personne n’est exclu de la foi et de l’apostolat.
Cette femme alors devient la représentante universelle de l’autre qui méprisé-e, mis-e à l’écart, tout au long de l’histoire et partout dans le monde.
En étant appelée par Jésus à être apôtre, elle est représentante du travail de libération contre toute exclusion que Jésus est venu semer dans notre monde.

Quel beau dimanche, que celui où une telle invitation est prononcée !

Michèle J

5 Reponses à “ L’apôtre était une femme ! ”

  1. Françoise sur 7 mars 2010 à 9 h 36 min

    Très intéressant ! Cela renouvelle mon regard. Dommage que cette lecture ne soit pas argumentée de manière plus précise…

  2. gabrielle sur 7 mars 2010 à 10 h 31 min

    J’ai toujours beaucoup aimé ce passage.
    La Samaritaine est la première personne à qui Jésus dit qu’il est le Messie !!
    D’autant plus savoureux que pendant ce temps les disciples (des hommes) font les courses.
    Quand on sait lire la Bible quel plaisir !

  3. Sylvie sur 7 mars 2010 à 14 h 36 min

    Un joli message pour demain: journée de la Femme, et de ses droits: ou en sont ils dans l’ Eglise???Que fait on de ces trésors, de ce » travail de libération contre toute exclusion que Jésus est venu semé » ? Quel regard porte t’ on sur la Femme Apotre, envoyée en mission? Merci pour cette présentation de ce beau texte…qui rend a cette Femme sa dignité,sa juste place, et nous invite, en ce temps de Carême, a une vraie conversion…

  4. Pierrette Recchia sur 7 mars 2010 à 17 h 25 min

    Oui, Jésus aimait les femmes et ne les excluait pas. Elles le suivaient au même titre que les apôtres. Il ne choississait pas les plus vertueuses ni les plus vénérables mais il voyait leur coeur et c’est ce qui importait pour lui.
    C’est aux femmes que la Résurrection de Jésus a été révélée en premier et ce signe n’est pas le moindre…surtout dans le contexte de l’époque.
    Cela devrait être révélateur pour l’Eglise d’Aujourd’hui mais quand ?

  5. onfray claudine sur 8 mars 2010 à 7 h 36 min

    n’oublions pas que dans les écrits de Saint Paul des femmes sont appelées apôtres..
    n’oublions pas que longtemps au début du Christianisme: Marie Magdeleine était appelée l’Apôtre des Apôtres.
    oui c’est à elle que le Christ est apparu la première fois en disant clairement qui il était.
    l’apôtre qui a réalisé la réalité de cette résurrection c’est Jean qui l’aimait tant.
    La Foi n’est pas une idée c’est une relation….et c’est vrai que dans ce domaine la femme a des dons particuliers souvent…
    on dit Dieu miséricordieux , d’autres disent le très miséricordieux..ce mot vient du mot entrailles féminines, celles où émerge l’enfant…Dieu a un coeur de mère pour son enfant qui pardonne toujours envers et contre tout, qui ne se résigne jamais à ce que le lien soit coupé quelqu’il soit devenu….

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