L’Eglise de demain sera une Eglise du laïcat.

8 mars 2009
Par Xavier

« L’Église de demain sera une Église du laïcat. Et nous nous mettons au service de cette Église. »


Cette déclaration est le début d’un décret de la Compagnie de Jésus (les Jésuites), lors d’une de leur récente Congrégation Générale, instance suprême de leur gouvernement. Une instance qui ne s’est réuni que 35 fois depuis la fondation de l’Ordre au XVIe siècle.

Une  « Église du laïcat » ne s’oppose pas aux clercs. Elle signifie une profonde et attentive « lecture des signes des temps depuis le Concile Vatican II » et invite à en tirer des conséquences précises pour les Jésuites, un ordre religieux clérical, lui-même composé de prêtres et de frères.

Un défi et une grâce

Ce 13e décret de la 34e Congrégation Générale de 1995 est même celui qui a suscité « le plus d’intérêt et de préoccupations dans la Compagnie » nous dit l’introduction de ce document. Le terme de laïc est même précisé : « utilisé dans un sens très spécifique « intra ecclésial », il désigne le laïc conscient de la vocation « qui découle de sa grâce baptismale, apostoliquement et ecclésialement engagé », parlant même d’un « ministère laïc » (34e CG, décret 13, §1). Ce qui fonde cette option, c’est donc une lecture attentive et précise des signes des temps (§2 & 6) avec les conséquences qui en découlent.

Une culture de collaboration est présentée comme un défi et comme une grâce. C’est une « nouvelle culture » où, à « un monde de motivations profondes, il faut unir un univers de significations, de relations, d’attitudes et de règles de comportement » nouveaux.

Les jésuites s’engagent pleinement dans cette direction : « nous cherchons à répondre à cette grâce en proposant notre service pour la pleine réalisation de cette mission du laïcat. Nous nous engageons à poursuivre cette fin en collaborant avec les laïcs dans leur mission. » (§1)

Un pas de plus dans le compagnonnage

Ainsi non seulement les jésuites tirent bilan de leurs expériences passées depuis 30 ans, mais ils appellent à ne pas en rester là et à faire un pas de plus (§5) notamment en servant les laïcs dans leurs ministères en leur apportant rien de moins que ce qu’eux-mêmes ont reçu : « leur héritage spirituel et apostolique, leurs ressources en matière d’éducation et leur amitié ». Cela tout en respectant la spiritualité propre de chacun et en s’adaptant aux besoins actuels (§7 & 14). Autrement dit sans chercher à faire du prosélytisme, c’est-à-dire en cherchant à recruter pour leur chapelle ! Mais au contraire ils chercheront à se joindre aux laïcs « dans un compagnonnage : servant ensemble, apprenant les uns des autres et répondant aux soucis et aux initiatives de chacun, dialoguant ensemble sur les objectifs apostoliques. »

Le document reconnait que cette mise au service de l’apostolat des laïcs n’est pas innée mais relève d’un défi (§8), et qu’il appelle à « déployer davantage de créativité et d’énergie » (§18) car il leur faut « répondre à ce désir de formation, de telle manière que [les laïcs] soient à même d’exercer aussi pleinement que possible leur ministère selon leur vocation et leurs dons. » (§8) Une telle attitude nécessite formation de la part des jésuites eux-mêmes et perpétuel renouvellement : « la collaboration avec les laïcs dans la mission requiert la formation et le renouvellement de tous les jésuites. […] Dans notre formation tant initiale que continue, les laïcs peuvent nous aider à comprendre et à respecter leur vocation propre aussi bien qu’à apprécier la nôtre. » (§9)

Vers la fin du décret, les jésuites soulignent à nouveau que ce choix n’est pas contraint et forcé… Au contraire il s’agit même d’un « temps de grâce ». Il s’agit bien d’une lecture de situation des temps et en recherche permanente de fidélité à la tradition de l’Eglise notamment à travers son dernier Concile.

Le choix du partage des responsabilités

Une telle décision d’attitude porte même à l’espérance : « Nous pouvons nous attendre à une floraison de ministères spécialisés, de mouvements ecclésiaux, et d’associations apostoliques de laïcs ayant des buts et des inspirations plus variées. […] Pour cela, nous devons toujours davantage déplacer le centre de notre attention de l’exercice de notre propre ministère direct vers l’appui aux laïcs pour les affermir dans leur mission. » (§ 19) « La grâce d’une nouvelle ère de l’Église et le mouvement vers plus de solidarité nous poussent à travailler de façon plus décisive à renforcer les liens entre toutes ces personnes et ces groupes. » (§ 21) !

Cette prise de position n’est pas un choix annexe. Au contraire elle devient « constitutive » de la manière de procéder des jésuites (§ 26).
Il est clair que nous sentons par là non l’expérience d’une perte d’autorité par le partage des responsabilités, mais au contraire une expérience exigeante qui ouvre à un dynamisme renouvelé de l’Eglise.



8 Reponses à “ L’Eglise de demain sera une Eglise du laïcat. ”

  1. Xavier sur 9 mars 2010 à 18 h 15 min

    Pour remonter un peu plus loin, à la racine d’une telle orientation, il est intéressant de noter que ce document n’est en fait que la confirmation et l’approfondissement de leur 31e Congrégation Générale, réunie 30 ans auparavant dès la fin du Concile en 1965-1966.

    C’est cette Congrégation Générale qui publie pour la première fois un décret spécial sur « l’attitude de la Compagnie de Jésus à l’égard des laïcs et de leur apostolat », en vue de « mieux conformer l’attitude des jésuites à l’égard des laïcs », selon les enseignements du Concile.

    Il est étonnant de voir que, dès la fin du Concile, ils en tirent immédiatement les conséquences que ce 33e décret souligne :

    « nous devons encore instituer avec [les laïcs] des relations de coopération cordiale, inspirées de la charité. Nous devons leur ouvrir, selon des modalités adaptées, une large possibilité de participation non moins que de responsabilité dans l’organisation, la gestion et même la direction des œuvres. [...]
    Dans le même esprit, par respect pour la responsabilité des laïcs dans l’Eglise, la Compagnie examinera si elle ne doit pas, pour un plus grand bien de l’Eglise, remettre à des laïcs compétents certaines œuvres entreprises par elle. En toutes choses, les jésuites auront soin de développer dans leurs relations avec les laïcs la fraternité d’apostolat qu’implique l’unité de la mission de l’Eglise. » (31e CG, décret 33, n°588).

    En d’autres termes les jésuites prennent immédiatement au sérieux ce(t) (r)appel du Concile d’une coresponsabilité réelle laïcs/clercs dans la Mission de l’Eglise.

    Parmi ces hommes l’un d’entre eux a une perception toute a fait prophétique des conséquences potentielles de cet enjeu pour la Mission de l’Eglise. C’est un livre récent sur cette figure qui m’a attiré l’attention là dessus.(Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites (1965-1983) le gouvernement d’un prophète, sous le direction de Gianni La Bella, Editions Lessius, 496 p. 24 €)

    Or à peine trois ans après cette 31e Congrégation Générale, lors d’une conférence sur « foi chrétienne et action missionnaire aujourd’hui » le 17 avril 1968, cette grande figure, après avoir analysé les raisons de la situation de crise de l’activité missionnaire de l’Eglise depuis de longues décennies, exprimait ses raisons d’optimismes. En particulier en notant le motif suivant :

    « à la suite du Concile et des récents documents du magistère de l’Eglise, le Peuple de Dieu a pris conscience de l’universalité du devoir missionnaire. Le Concile a solennellement déclaré que « tous les fidèles ont l’obligation de coopérer à l’expansion et à l’accroissement du Corps mystique du Christ en sorte que celui-ci puisse parvenir au plus tôt à sa plénitude » (Ad Gentes 33, Eph 4,13). Par conséquent le devoir missionnaire de chacun tient au fait d’être « membre du Corps mystique ». »

    Pedro Arrupe poursuit alors en en tirant une conséquence fulgurante :

    « Qui ne voit la portée de cette force, aujourd’hui encore latente,
    mais qui peut devenir active le jour où le peuple de Dieu tout entier prendra conscience de sa responsabilité
    ?
    Le sentiment de cette responsabilité vécue produira alors une explosion d’énergie aux effets incalculables
    . »

  2. Carole sur 10 mars 2010 à 21 h 03 min

    Ce qui donne pleinement son sens à notre baptême, gomme la hiérachie de l’Eglise et lui rends sa signification : nous sommes le corps du Christ, chacun de nous est un memebre de ce corps. Les Jésuites réaffirment le Credo, symbole de Nicée-Constantinople qui nous dit : Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.

  3. mulard daniel sur 11 mars 2010 à 11 h 45 min

    L’opportunité des initiatives de Anne Soupa et de Christine Pedotti trouve une particulière résonance avec la décision du 13e décret de la Compagnie.
    L’ancien DRH que je suis s’interroge sur les motifs du repli sur elle de notre institution Eglise en prenant connaissance de ce décret : n’y a t il pas chez nos clercs des réactions corporatistes faute d’avoir su faire adhérer suffisament de jeunes pour les remplacer ?
    Les baptisés catholiques se sont développés avec un encadrement spirituel insuffisant en quantité et les clercs survivants rencontrent des difficultés à entendre le peuple de Dieu.
    N’est ce pas là la confirmation de l’origine de la pérennité de l’Evangile : le témoignage au quotidien du seul baptisé ?

  4. canonge sur 19 mars 2010 à 22 h 11 min

    Je voudrais attirer sur votre attention sur une réalité qui peut aussi aider à comprendre comment il se fait que les laïcs n’ont pas la parole dans l’église catholique.
    A part les mouvements dits d’action catholique, connaissez-vous beaucoup d’autres groupes qui aient une structure démocratique, j’entends où les responsables sont choisis parmi les participants et délégués par eux à cette tache ? Les communautés de base, oui.
    Mais dans les structures rattachées aux paroisses ? Même le Secours catholique n’a pas d’adhérents à la base, seulement des donateurs, donc pas d’élection des présidents départementaux.
    Or c’est dans les structures démocratiques que les participants de la base ont un moyen d’être entendus par les responsables puisqu’ils participent directement à leur choix.
    L’église catholique a choisi le schéma du royaume… mais terrestre : le pouvoir vient d’en haut. Et le reste est en cascade, de l’évêque au curé de base !
    Certains curés, par exemple, se permettent de réduire à zéro les travaux de leur prédécesseur au nom de leur autorité souveraine; je l’ai malheureusement expérimenté en région parisienne !
    Aussi je crois que si nous voulons que les laïcs aient la parole, qui est un pouvoir, il faut aussi réfléchir à cet aspect structurel.

  5. jean jacques ganghofer sur 23 mars 2010 à 1 h 00 min

    La connaissance de l’histoire de notre Eglise m’a apporté une certitude.
    Jésus est toujours à sa tête , et c’est bien Lui qui la gouverne .
    Si l’Eglise n’avait été gouvernée que par les hommes, elle aurait disparu depuis longtemps .

    Donc, vu qu’il faut à peu près trois générations pour apprécier la portée d’ un Concile, nous verrons bientôt des laïcs appelés à différents ministères.
    Mais il faut laisser le temps faire son oeuvre……..

    Laisser les laïcs se  » déshabituer  » de Mr le curé et laisser aussi le temps aux séminaires de former nos futurs prêtres …..

  6. Thérèse Huvelin sur 23 mars 2010 à 8 h 58 min

    @ Jean Jacques,
     » il faut laisser le temps faire son oeuvre… Laisser les laïcs se « déshabituer» de Mr le curé et laisser aussi le temps aux séminaires de former nos futurs prêtres … », dites-vous. Oui.
    Mais cela n’empêche pas, tout au contraire, de faire de notre côté tout ce qui est en notre pouvoir pour hâter le temps.
    « Que ton Règne vienne » : je ne peux le désirer en vérité qu’en m’efforçant de hâter cette venue.
    Je me reconnais dans la CCBF parce qu’elle est animée d’un souffle prophétique. Il est urgent de retrouver cette dimension prophétique que l’Eglise primitive tenait en grande estime.

  7. monique hébrard sur 23 mars 2010 à 16 h 51 min

    Merci Xavier, c’est un très beau texte.
    Je retiens surtout le mot de serviteur. Oui, dans l’Eglise ceux qui ont le plus reçu doivent être les serviteurs des autres. Et cela quelques soient les ministères et les charismes.
    M.H.

  8. Grzybowski sur 19 mai 2010 à 9 h 20 min

    Merci à la compagnie de Jésus (encore une fois) pour ce très beau texte.
    Merci aux jésuites pour leur ouverture d’esprit, pour leurs éclairages sur le monde, pour leur capacité à comprendre le sens de l’histoire, leur capacité aussi à faire le sens de l’histoire.

    Merci d’avoir porté jusqu’aujourd’hui encore le message si riche de Saint Ignace.
    Grâce à votre père fondateur j’ai rencontré beaucoup de jeunes qui n’ont pas peur d’aller vers demain.

    Demain ? 2012 ! Les 50 Ans de Vatican II. Ca se fête n’est-ce pas ?

    Et surtout n’oublions pas, quoi que nous fassions, faisons le Ad Maiorem Dei Gloriam.

    Merci Xavier.
    Fraternellement
    Samuel

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