Malaise ordinaire
Un témoignage calme et lucide de Bernard qui, par son aspect si ordinaire peut « parler » à beaucoup… A vous de nous le dire :
La paroisse que je fréquente est ouverte sur les plans social et ethnique, elle est animée depuis trois ou quatre ans par une équipe de prêtres dynamiques, entreprenants, généreux. Ils attirent les jeunes parents comme les délaissés, les enfants comme les anciens. Ils parlent facilement, ils sont éloquents. Ils sont ouverts sur les questions sociales.
D’où vient alors ce malaise qui m’a fait me précipiter vers ce qui allait devenir la dynamique pour une Conférence Catholique des Baptisé-e-s de France ?
Des détails comme les cols de clergyman ou l’excès d’encensements resteraient des détails s’ils n’alertaient sur quelque chose de plus profond.
La première chose qui m’a choquée quelques mois après l’arrivée de cette équipe est la disparition progressive des servantes de messe ; les petites filles et les jeunes filles se sont trouvées recouvertes de chasubles bleu clair inspirées de celles des chorales de gospel, et se sont vues confiées la mission de rester au pied de l’autel avec les petits enfants, et de conduire la procession des offrandes. J’ai vu là la discipline vis à vis des recommandations de Rome qui pendant les premières années n’avaient pas été appliquées par le clergé de l’Eglise de France.
A différentes occasions l’un des – jeunes – vicaires glisse dans une homélie une justification du célibat des prêtres, voire une apologie de la masculinité du sacerdoce. Ces démarches s’accompagnent tout naturellement de l’appel à la prière pour les vocations. Je ne suis pas hostile à de telles prières, mais je pense qu’elles devraient être accompagnées d’une vraie réflexion sur la fonction sacerdotale. Je dis réflexion, mais elle a déjà abondamment eu lieu : ce qui est nécessaire est une remise en cause, sereine, de la fonction sacerdotale. L’aboutissement fut bien sûr l’organisation de ces tours de garde et de prière en famille autour de l’effigie sculptée de Jean-Marie Vianney. On s’éloigne de plus en plus des démarches de raison et on se rapproche d’attitudes totémiques, engagées avec la bénédiction de Rome lors des processions autour de statues de la Vierge qui circulaient en nous scandalisant dans les campagnes, il y a une quinzaine d’années.
L’institution ecclésiale commet parfois de par le monde des excès qui nous blessent, qui nous choquent parfois profondément. Je ne rappellerai brièvement que les exemples de la béatification de Josemaría Escrivá de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei ; la mise à l’écart de Dom Helder Camara au Brésil et la campagne d’éradication de tout de qu’il avait mis en place pour assurer la présence de l’Evangile auprès des pauvres du Nordeste ; l’interdiction d’enseigner prononcée depuis trente ans contre Hans Küng pour avoir questionné l’infaillibilité pontificale et d’une manière générale pour mettre en question depuis lors la question de la vérité dans le Christianisme ; les canonisations expéditives inaugurées sous Jean-Paul II et le nouveau projet de béatification de Pie XII…
En mars 2009 eut lieu l’excommunication au Brésil de la mère de cette fillette de neuf ans qui avait été violée (excommunication tout de suite approuvée à Rome par le Préfet pour la Congrégation des Evêques avant d’être désavouée par la Conférence Nationale des Evêques brésilienne). A l’occasion de cette affaire profondément choquante, faisant suite à tant d’autres (y compris l’affaire de la jupe en novembre 2008) j’attendais un mot dans une homélie qui dirait que notre clergé entendait l’inquiétude, la souffrance des catholiques face à l’évolution d’une institution romaine voire française qui semble s’éloigner à la fois des principes évangéliques et des orientations de Vatican II. Face au silence, j’écrivis au curé pour lui exprimer mon inquiétude. J’obtins une réponse aimable qui noyait le poisson, néanmoins le dimanche suivant il y eut quelques paroles rassurantes pour les ouailles, qui ne me rassurèrent pas.
Une partie peut-être importante de l’assistance aux offices n’est pas gênée par ce qui me gêne, et je ne me sens pas en droit de m’exprimer trop fort. Je pense cependant à ceux – en particulier les jeunes – qui risquent de trouver l’Eglise ringarde. Je pense aux militants engagés qui se détachent de la source même de leur action. Je pense aux enfants en me demandant ce qu’on leur met dans la tête. Je pense aussi aux communautés rurales ou des petites villes où la seule image que donne l’Eglise est celle du passé, de dévots démodés, de cultes vidés de sens.
Ce que je voudrais faire sentir à travers mon témoignage, c’est une double tension.
D’abord la tension entre deux visions de l’Eglise. La vision de ceux qui veulent faire revivre avec talent et dynamisme des formes religieuses relevant du passé d’un côté, d’un autre l’attente de ceux qui voudraient que l’Evangile soit proposé avec un langage moderne et avec des problématiques actuelles. La tension entre ceux qui ont une religion de la certitude et ceux qui ont celle de l’interrogation ; entre ceux qui s’inscrivent dans une logique de discipline vis à vis d’une institution présentée comme détentrice de la Vérité, et ceux qui se sentent eux-mêmes constitutifs de l’Eglise et qui considèrent que l’institution devrait être un organe collégial, inspiré sans doute, visant à offrir aux croyants la coordination nécessaire à la communion universelle. La tension entre ce qui est proposé de plus en plus à l’intérieur du cercle des croyants et ce que perçoivent de l’annonce de l’Evangile les personnes qui lui sont extérieures.
L’autre tension est intérieure. Comme l’exprime avec force le mouvement en gestation du CCBF, je ne souhaite ni quitter ni céder. Je veux infléchir ce qui est vécu par nous les chrétiens, mais je ne veux pas engager de conflit, je ne veux pas polémiquer, je ne veux pas blesser, je ne veux pas nier ce qui est réussite et dynamisme. Je vois bien qu’en exprimant un doute ou un désaccord, je blesse et j’inquiète : alors, comment rester « soi » ?
Pour rester moi-même tout en vivant une vie de chrétien « moyen » dans ma paroisse, j’ai donc absolument besoin de m’appuyer sur des chrétiens qui comme moi-même s’inquiètent des orientations de l’institution en refusant de rompre avec elle. J’ai besoin d’avoir la certitude que mes convictions et mes souffrances sont partagées avec d’autres. Isolé dans ma paroisse, comme d’autres isolés dans leurs villages ou leurs banlieues, j’ai besoin de me sentir relié à un grand courant de pensée chrétienne où je me retrouve. J’ai besoin de savoir que nous sommes nombreux pour peser en faveur de la poursuite du processus de Vatican II. J’ai besoin qu’existe dans mon quartier un réseau de baptisés qui m’évite de me considérer moi-même, à la longue, comme une brebis galeuse. J’ai besoin que ces réseaux soient fortement reliés à toutes les tentatives qui se font dans d’autres pays, car les maux de l’Eglise d’aujourd’hui sont universels et non français.
Bernard, le 4 février 2010.
Bernard exprime parfaitement la difficulté : il n’y a pas de place pour l’expression :
« je ne veux pas engager de conflit, je ne veux pas polémiquer, je ne veux pas blesser, je ne veux pas nier ce qui est réussite et dynamisme. Je vois bien qu’en exprimant un doute ou un désaccord, je blesse et j’inquiète : alors, comment rester « soi » ? »
pas de place pour la réflexion,pour les questions qui risquent de déranger : obéissance – pas de vagues !Comment faire quand en conscience on ne veut pas cautionner ce qui va à l’encontre de la foi qui nous fait vivre d’une part et à l’encontre de l’Eglise de Vatican II à construire ?
Il me semble que tout le système est verrouillé :j’ai vu des réunions où les questions écrites ( qui étaient censées être la libre expression de l’assistance )étaient triées, seules étaient retenues celles qui relevaient de questions plus que mineures; les questions qui exprimaient un désaccord ou une remise en cause disparaissaient ou bien le temps manquait pour les traiter; polis,certes, mais « une réponse aimable qui noyait le poisson, » Si on insiste, on devient la brebis galeuse,c’est vrai, la personne qui n’oeuvre pas pour la communion fraternelle, mais celle qui est source de désunion, autrefois on menaçait de l’enfer, aujourd’hui on culpabilise le faux frère ou la fausse soeur, c’est un peu fort quand même! Comme Bernard, j’ai besoin de sortir de cet isolement.
Ce texte de Bernard est bien plus qu’une relation « ordinaire » de petits faits. C’est la voix d’une conscience qui réfléchit et assume sa responsabilité dans une Eglise qu’il aime et pour laquelle il veut du bien.
Comment faire pour que des personnes comme lui, isolées, puissent se faire entendre? Il faut que la CCBF parvienne à être leur voix. Voilà un objectif essentiel. Anne
merci à Bernard d’exprimer si clairement tout ce que je constate aussi dans mon Eglise locale et qui me désole. Oui, dans notre monde déchristianisé quel message de l’amour du Père transmettons-nous ?Par cette image que l’on donne de l’Eglise catholique , nous sommes à côté de notre mission de baptisé.
Claude
allons, allons, certes, il est bien possible et il est même certain qu’une certaine censure existe dans le traitement des questions, mais ce n’est pas du tout une nouveauté et je me souviens fort bien d’un temps pas si lointain où les questions relatives à l’usage du latin ou du grégorien étaient impitoyablement censurées…
Je précise que pour autant je ne suis pas vraiment un nostalgique de l’ancien rite ,mais que je n’interdis à personne de l’être ,contrairement à d’autres…
A Anne,
« leur voix » c’est un bel objectif.
Mais si la voix retentit dans le désert, si personne ne l’écoute, elle se perd…
D’autres ont essayé, ils s’appellent : chrétiens en liberté, nous sommes aussi l’Eglise,… ils se sont épuisés à être des voix.
De tout coeur, j’espère que vous arriverez à vous faire entendre
Comment ne pas ressentir l’importance des propos de Bernard lorsque la seule parole de l’Eglise que perçoivent nos contemporains concerne les préservatifs et la sexualité, comme si le Christ n’était venu parmi nous que pour règler des questions de morale sexuelle. Nous avons trop à dire à notre monde, de la part du Seigneur pour nous taire. Dans l’Eglise, notre place est celle de prêtre, de roi et de prophète. Avec tous les baptisés, avec tous les prêtres, nous sommes l’Eglise et notre monde a besoin de l’Eglise, de l’Eglise qui vit.
Pour parler, il nous faut surtout approfondir notre foi, et oser. Oser dans cette tribune certes, mais aussi à chaque fois que nous pouvons parler aux autres, catholiques ou pas. Approfondir en essayant de rendre compte de cette folie qui nous anime. La hiérarchie, le pouvoir, quels qu’ils soient, n’ont que la force qu’on leur accorde, qu’on leur abandonne. Approfondir en étudiant nos textes, ceux de la Revélation comme ceux de la Tradition, en discernant chaque jour ce que notre Seigneur nous dit aujourd’hui, dans le monde de connaissance et l’Univers culturel et social qui est le nôtre.
Ne gardons pas notre foi au congélateur des certitudes apprises comme des tables de multiplication mais au contraire progressons ensemble puisqu’il nous est donné de croire et de nous rassembler dans la Conférence des Baptisés.
À propos de « l’ancien rite ». Techniquement, pour avoir des vrais souvenir conscients, les nostalgiques doivent avoir plus de 50 ans. Les autres sont des amateurs de reconstitution historique. D’où je suppose la tendance délicieusement kitch des déploiement de dentelles, broderies et ors.
Je crois, zoeN, corrigez-moi si je fais erreur, que les mouvements dont vous parlez ne s’inscrivent pas tout à fait dans la même démarche J’ai relevé que pour vous » La foi n’est plus pour nous depuis longtemps un paquet tout ficelé. Nous ne croyons plus comme avant c’est pourquoi nous trouvons difficilement tolérable que les maîtres du dogme et du discernement continuent d’imposer à l’Eglise catholique leurs fonctionnements d’un autre âge .Mais l’attente d’une Eglise autre nourrit notre espérance, et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ fonde notre rassemblement« .Tout à fait d’accord, je comprends et partage certaines de ces positions, bien sûr,mais ces mouvements se situent « sur le parvis ».
Pour ma part, je veux être dans mon Église : En se voulant catholique, la Conférence des Baptisés de France,je serai corrigée si je me trompe, ne peut pas exister hors de l’Eglise. Sans l’accord des évêques, aucun mouvement ne peut utiliser le terme « catholique ». Cela dit, j’espère que les épuisés reprendront des forces et viendront soutenir le mouvement pour la CCBF.
De la Modératrice:
Je confirme au nom de la CCBF que nous nous tenons résolument en Église, dans l’Église. Et nous voulons y prendre au sérieux notre responsabilité baptismale.
J’ai enfin retrouvé la référence :
Vatican II – Décret L’apostolat des laïcs §24 :
Il appartient à la Hiérarchie de favoriser l’apostolat des laïcs (…)aucune initiative ne peut prétendre au nom de catholique sans le consentement de l’autorité ecclésiastique légitime.
Aucune ambiguïté.
Je comprends le malaise de Bernard. Pour pallier au manque de prêtre notre évêque a confié une paroisse à une communauté.
Ils sont arrivés à plusieurs et en soutane. Dynamiques, ouverts, actifs, toujours sur le terrain, prêts à célébrer des obsèques dans d’autres paroisses où des laics ont été formés (il suffit que la famille demande un prêtre), faire des remplacements pendant les vacances…
Les messes en latin cohabitent avec l’autre messe, les filles ont été éloignées, une catéchiste très compétente aussi car elle est divorcée…
Il est temps que nos évêques prennent position.
à bargiarelli
la censure n’est pas une nouveauté, évidemment, mais ce n’est pas parce qu’une chose a toujours existé qu’elle est acceptable.
Ce n’est pas censure ou intolérance que de refuser l’ancien rite, c’est refuser surtout la conception de l’Eglise et de la société qu’il illustre, c’est refuser la régression, c’est vouloir l’Eglise dans l’aujourd’hui.
« nostalgiques (…)ou amateurs de reconstitution historique », d’accord avec Christine,gardons l’ancien rite pour un film, une pièce de théâtre ou un musée, elles sont magnifiques les dentelles et broderies exposées sous vitrine.
IL faut que les portes de l’ Eglise restent bien ouvertes sur le parvis justement. C’est là sans doute que l’on sent le mieux le vent…et c’est là également que j’aime me tenir, à la frontière .Le texte de Bernard résonne en moi . Il est bon de sentir que d’autres cherchent eux aussi . Restons reliés
Nombre de ces témoignages trouvent un écho en moi.
Parmi bien d’autres, le souvenir me revient de cette église du centre de Paris, où voici déjà une dizaine d’années, il devenait difficile de recevoir l’hostie dans la main. Selon la volonté du curé de l’époque, les fidèles devaient s’agenouiller le long de la « table de communion », derrière laquelle circulait le prêtre accompagné d’un servant porteur du plateau qu’il tendait sous le menton des communiants. Il fallait une certaine forme de courage pour rester ferme, en accord avec soi-même, et demeurer debout, et tendre les mains, célébration après célébration : il n’y avait certes pas refus de communion, mais la désapprobation, pour ne pas dire l’hostilité dont on était l’objet était palpable.
Alors, que des fillettes puissent servir à l’autel !!!
En 2003, ce prêtre publiait « Initiation à la liturgie romaine« , – ouvrage qui eut l’honneur d’être préfacé par le cardinal Ratzinger.
Préface qui recueille toute mon adhésion : (On peut la lire sur le site http://www.ceremoniaire.net/
« Naturellement, la liturgie reste « un mystère, une réalité cachée en Dieu » ; pour y accéder il faut avoir avant tout une foi vivante et une grande attention du cœur à la grâce divine, qui, elle seule, peut vraiment introduire dans une réalité cachée en Dieu. La liturgie nous fait « accéder à la vie du Christ Ressuscité » parce que le Christ lui-même, notre vrai Grand-Prêtre, est opérant dans la liturgie, c’est lui qui nous touche par sa grâce et nous fait participer à sa vie divine. Nous entrons donc objectivement dans le mystère du Christ, qui le veut ainsi ; même si nous n’avons pas une connaissance empirique de cette réalité mystique, elle est néanmoins très réelle.»
Mais je n’ai encore pas lu l’ouvrage ainsi distingué par celui qui est devenu notre pape.
En revanche, lorsque je découvre sous la plume de cet auteur – sur le site indiqué plus haut), « quelques réflexions qui font suite à la publication de notre ouvrage « Initiation à la liturgie romaine », et qui répondent au souhait formulé par de nombreux prêtres d’y voir adjoint des conseils pratiques pour aider à la mise en œuvre de ce qui y est décrit »,
la conception de son ministère qui s’en dégage me serre le cœur.
Quelques citations :
« La première remarque que nous ferons concerne la nécessité dans tous les cas d’un servant et autant que possible d’un servant en aube, (…) si l’on n’a pas peur de « déranger », de faire venir de loin des garçons de bonne volonté ou des messieurs plus ou moins jeunes qui commencent à prendre goût à la liturgie, on verra tout de suite le bienfait pour eux et pour le prêtre célébrant (…)
Quant au prêtre, la présence d’un servant (…) l’empêche d’avoir à jouer tous les rôles, au dépens du hiératisme de sa fonction, il n’est pas obligé de tenir son livre et parfois son micro, (…) il a quelqu’un pour soulever sa chasuble quand il s’assoit. À cause de ce servant, (…) il ne s’avancera plus seul à travers l’église, au risque d’être intercepté ou obligé de se faufiler au milieu des passants, ses mouvements se feront avec une plus grande dignité.
« Quand il est à l’autel, le prêtre n’est plus en train de s’adresser aux fidèles, il ne parle qu’à Dieu. »
Le problème de la liturgie n’est pas de savoir si le prêtre doit dire la messe face aux fidèles, ou « dos au peuple », (…). La distinction entre l’autel, le lieu de présidence et l’ambon est un acquis à ne pas perdre. L’autel n’est pas une tribune, c’est le lieu du sacrifice dans lequel le prêtre monte pour se trouver seul face à Dieu. Sa parole a tout intérêt à être audible, mais elle ne s’adresse pas en principe aux assistants, qui ne l’entendent que pour la ratifier au fond de leur cœur. »
Juste une question :
Comment peut-on prétendre représenter Jésus-Christ en tant que prêtre tout en s’inquiétant d’avoir « quelqu’un pour soulever sa chasuble quand il s’assoit… »
de ne pas « s’avancer seul à travers l’église, au risque d’être intercepté ou obligé de se faufiler au milieu des passants… »
Cela vient du Christ, ça ? Le Christ aux pieds couverts de la poussière des chemins, et pressé par les foules ? Qui tance vertement les Douze quand ils s’avisent de se prendre pour sa garde prétorienne ?
Un peu plus loin, l’auteur s’interroge à l’occasion de la publication de « Redemptionis Sacramentum » :
« Ce texte aura-t-il plus de succès que les précédents ? Tant de déformations passées en habitudes pourront-elles être déracinées par l’effet d’un document, même revêtu de l’approbation du Pape ?
Deux raisons permettent de l’espérer : d’abord la génération des soixante-huitards touche à sa fin, les prêtres et les militants laïcs qui ont vécu Vatican II comme une rupture exaltante avec l’Eglise d’avant le Concile, s’ils gardent encore en maints endroits le pouvoir, ont perdu l’influence et une grande partie de leurs convictions, les générations qui les suivent ne comprennent plus grand-chose aux débats des années soixante-dix (…). »
Je ne réduis pas l’auteur à ces propos, je n’ignore pas que son œuvre dans l’Eglise est digne de respect et de considération.
Si je mets le focus sur ces positions, c’est d’une part qu’elles sont emblématiques de ce que nous arrive, aujourd’hui, dans l’Eglise…
Et d’autre part qu’elles énoncent crûment, sans fard, ce qui demeure souvent encore dans le champ du non-dit.
Mais, dans cette obsession « du hiératisme de sa fonction », je n’entends pas résonner l’Evangile.
HT
C’est vrai que l’appellation « catholique » est une appellation contrôlée dans le droit de l’Eglise. Le canon 300 dit : « Aucune association [sous-entendu de fidèles] ne prendra le nom de « catholique » sans le consentement de l’autorité ecclésiastique compétente, selon le canon 312. » reprenant en cela le décret sur l’Apostolat des laïcs de Vatican II comme dit plus haut.
D’où un problème canonique potentiel avec l’appellation de « Conférence catholique des baptisé-e-s de France ».
En revanche, chacun, à titre personnel, est, je l’espère, « baptisé catholique » et nul besoin d’une autorité compétente pour nous contrôler ce titre.
Donc si le titre était « Conférence des baptisé-e-s catholiques », il y aurait moins de problème canonique à venir.
Réponse de la modératrice:
Au détail près, cher Jean-Pierre, que nous en souhaitons pas suggérer qu’il y aurait un baptême catholique, différent d’un baptême protestant ou orthodoxe. Dans la scandale de la désunion des chrétiens, osons dire que tous nous nous réclamons d’une seul baptême dans l’unique Christ. Et tant pis pour le droit canon. J’ose dire, d’ailleurs que la charge de la preuve n’est pas de notre côté. Nous sommes catholiques, d’évidence. S’il se trouvait que nous ayons des « errances », il reviendrait à l’autorité ecclésiale de nous faire une fraternelle remontrance, et si nous persistions, qu’elle en vienne à des mesures disciplinaires. Je ne vois pas que pour l’heure, nous courrions le moindre risque.
J’apprécie beaucoup de lire différentes voix sur ce site.
En ce qui concerne l’intervention d’Hélène, je pense qu’il est clair qu’un courant actuel dans l’Eglise veut effacer les décisions et les impulsions de Vatican 2. Je viens de lire le très intéressant ouvrage de Jean Rigal « Découvrir les ministères » (Desclée de Brower 2006). C’est très clair et très solide. La position de Michel Giton, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’appuie sur la scholastique tridentine où le prêtre est « séparé » du peuple (il y a plein de choses à dire là-dessus , pourquoi, comment, à quoi c’est lié etc …).Et il est vrai que Vatican 2 opère un renversement de perspectives. Tout d’abord , » la réalité première du Peuple de Dieu c’est le « nous » ecclésial constitué par l’ensemble des fidèles. Les ministres ne surplombent pas cet ensemble, ils en font partie. L’unité précède la distinction. » écrit l’auteur et il cite la constitution Sacrosanctum concilium : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées mais des célébrations de l’Eglise. Elles appartiennent au Corps tout entier. » C’est fondamental et certains ne l’acceptent pas et veulent revenir à un « avant » nostalgique et totalement coupé du monde et de sa réalité. Quel sens cela a t-il ? quelle idée du Salut ? quelle vision de l’Incarnation ? Il faut comprendre et étudier ces enjeux historiques et théologiques il me semble. Si on tient au coeur du message évangélique et si on tient dans le creuset de l’Amour, nous ne devrions pas avoir peur des débats. Certains les fuient … et pour cause.Sur le site cité par H. on trouve un éditeur d’extrême-droite par exemple. Les options ecclésiologiques ont des conséquences très concrètes, nous le constatons tous.
Un fabuleux numéro d’Esprit sur le déclin du catholicisme européen. Je n’ai lu que l’article de J.L Schlegel mais quelle qualité et clairvoyance dans cet article :
http://www.esprit.presse.fr/archive/review/detail.php?code=2010_2
Malaise….
Merci de vos témoignages.
Malheureusement le mien rejoint les vôtres et il n’y a pas que les servantes de messes qui sont éloignées de l’autel ! Les femmes, dans ma paroisse, n’ont plus le droit de donner la communion !
Or, il se trouve que responsable du service Evangélique des Malades j’ai justement reçu Mission de former des personnes à ces visites aux malades et à leur porter la Communion.. Et il se trouve qu’une grande quantité de femmes (600 environ dans mon diocèse)sont engagées dans ce service. Alors je m’interroge. et j’ai même interpelé le Curé. Sans réponse.
C’est le retour à la soutane y compris pour les servants de messe – à l’encens- au latin.
Le Dimanche de la santé a été boycotté. L’initiative proposée était d’appeler à l’autel les visiteurs de malades et de leur remettre, devant tous, l’hostie dans la custode et de les envoyer au nom de la communauté aux malades de la paroisse.
Ma mission reçue de l’Evêque est gommée. Qu’est-ce que ça veut dire ?
Malaise disiez-vous, oui, il y a malaise, vraiment.
C’est pire qu’un malaise en l’occurrence.
Que dit votre évêque ?
« je ne veux pas engager de conflit, je ne veux pas polémiquer, je ne veux pas blesser, je ne veux pas nier ce qui est réussite et dynamisme. Je vois bien qu’en exprimant un doute ou un désaccord, je blesse et j’inquiète »
Là est le coeur du problème: tant que les chrétiens n’oseront pas émettre doute ou désaccord, rien ne bougera – et après avoir contesté trop discrètement, trop longtemps et trop inutilement, les chrétiens engagés désertent.
Bonne chance à la Conférence, mais n’espérez pas que l’évolution vienne d’ailleurs que de la base, violentant l’Institution.
Pierre
Malaise, avez-vous dit, Bernard, Hélène…
La semaine dernière, le vendredi, j’avais un rendez-vous près de la Bourse et, comme j’avais terminé à midi, j’ai pensé aller à la messe dans ce quartier. Je suis arrivée pendant l’office de religieuses, situées dans la nef, près du chœur, au bas des marches ; de beaux chants, mais la lecture du texte du jour a été faite par l’une d’elles de sa place et était peu audible. Une autre est allée demander à un des quatre hommes présents dans une assemblée d’une quarantaine de femmes, de bien vouloir faire la lecture de l’épître. Pour la communion, la mère Prieure a reçu le ciboire au pied des marches pour aller donner l’Eucharistie aux fidèles. Je pressentais déjà qu’il était sacrilège, dans cette église, même pour une femme consacrée, de mettre le pied sur une marche du chœur. Un laïc, du moment qu’il est un homme, le pouvait, lui. La messe s’est achevée par une procession à la Vierge, en direction d’une réplique de la grotte de Lourdes. Ce culte marial m’a paru sentimental et déplacé, venant juste après l’Eucharistie. Je n’ai pas attendu la fin de la cérémonie et suis sortie, accablée par la tristesse, respirant à pleins poumons l’air du dehors.
Cet univers n’est pas le mien. L’Eglise, en imposant des pratiques aussi discriminatoires en fonction du genre, propose un modèle de contre-société, opposé fondamentalement aux démocraties modernes. Or la modernité, dans ses valeurs universelles qui me paraissent d’origine chrétienne, est à mes yeux un bien, fragile et précieux. Il faut en défendre les institutions et l’esprit. Seulement elle ne nous parle pas de Dieu, considérant que cela ressort du domaine privé. J’appartiens et à la modernité et à l’Eglise et j’ai besoin de la vie sacramentelle qu’elle propose. Mais j’aimerais pouvoir entrer dans une église sans avoir peur de ce que je vais y trouver, sans être agressée par une violence symbolique de plus en plus fréquente.
Malaise, avez-vous dit ? Juste un malaise ordinaire.
Sylvie
Oui, excellent l’article de J.L.Schlegel dans « Esprit ». Très riche mais pas forcément très optimiste pour la France !
merci Bernard pour tous ceux et celles qui éprouvent ce malaise dont tu parles avc pertinence et justesse.La parole officielle dans l »église est désormais confisquée par les seuls tenants de l »orthodoxie vaticane.Les laics engagés dans une action de terrain aux cotés des plus pauvres se sentent de plus en plus marginalisés par des prètres s »entourant de »bénis-oui-oui » et refusant toute réelle participation à la prise de décision et d »initiatives en cohérence avec une dynamique d »ÈGLISE-Peuple de Dieu ».Heureusement, quelques uns continuent de faire confiance…mais sans le soutien de communautés vivantes-pour nous, Fondacio-il serait difficile de tenir dans la durée.
vive la ccbf
jean-louis
Dans le sillage de ce « malaise ordinaire », sujet encore inépuisé :
Thème des conférences de carême : « Vatican II, une boussole pour notre temps ». Thème bienvenu, brûlant d’actualité. Merci, Mgr Vingt Trois. Cependant, sur les péripéties qui émaillent le déroulement de ces conférences, il faudra revenir (car elles ne sont pas anecdotiques, mais profondément chargées de nos problématiques.)
J’observe la liste des conférenciers – pas une seule femme.
Deux en 2005. Quatre en 2006. Une en 2007. Aucune en 2008. Deux en 2009. Aucune en 2010.
Je ne puis croire que cela soit fortuit.
Clairement, la place assignée aux femmes dans l’espace de l’Eglise est un marqueur de son rapport au monde – ce monde dont elle doit être le sel, le levain.
Ce n’est pas un hasard si la CCBF est née du « Comité de la jupe » !
La place qui est dévolue aux femmes – concédé d’en haut, – jusque là et pas plus loin – l’est toujours par des hommes ; et il en sera ainsi tant qu’elles seront exclues du cœur de l’appareil, donc jamais décisionnaires.
Des hommes célibataires, recrutés sur la base de leur sexe, – condition absolue du sacerdoce, – formés entre eux, fonctionnant entre eux toute leur vie, toujours en position de pouvoir vis-à-vis des femmes qui les servent d’une manière ou d’une autre, même si elles possèdent culture, compétences, charisme éventuellement supérieurs aux leurs…
Eh bien, en ce XXIe siècle commençant, ces hommes ne vivent pas cette situation comme une anomalie. Non, pour eux, elle fait partie « du plan de Dieu »…
Mais que les femmes se rassurent : il y aura toujours pour elles du travail dans l’Eglise : les fonctions secondes, inférieures mêmes, ne leur sont pas disputées, bien au contraire : ces fonctions ne sont-elles pas censées répondre à la « vocation de La Femme » ? cf. les services d’accueil qui sont désormais proposées aux filles à la messe, avec en prime un joli petit tablier ou un joli petit foulard sur la tête. Que veulent-elles de plus ?
Dès lors que les femmes consentent non seulement à accomplir ces fonctions, ce qu’elles font avec constance, mais aussi à s’y limiter, elles sont magnifiées sans réserve : Vraies Femmes, selon le cœur des clercs.
Dans le n° 73 de L’Œuvre d’Orient, (n° de janvier) Mgr Brizart, pronotaire apostolique, directeur de ladite œuvre, et collaborateur de radio Notre Dame – (la voix du diocèse de Paris) – consacre son éditorial à la vie religieuse féminine. Il ne ménage pas l’admiration que celle-ci lui inspire.
Au sein de cet hommage, ces quelques lignes :
« Une religieuse me faisait remarquer … que, dans l’esprit de la Création, la femme apparaissait comme une aide assortie à l’homme. En dépit des considérations contemporaines, et pas nécessairement en opposition avec elles, la femme est un être qui se sent relatif, qui ne peut donner sa mesure que dans la rencontre et l’accomplissement d’un amour. »
Texte admirable à tous points de vue.
Mgr Brizart appuie son propos sur deux sources :
- une religieuse, donc une femme, – anonyme tout de même -, qui « lui fait remarquer… », qui lui ouvre les yeux, en somme. Subtil….
- « l’esprit de la Création », auquel le renvoie cette religieuse… Alors là !…
La « Création », entité à majuscule, animée d’un esprit, d’une volonté, d’une intention, me laisse perplexe. Pourquoi ne pas parler du Créateur dont la « Création » est l’œuvre ? Sans doute, un rien de retenue, tout de même.
Poursuivons :
On voit d’une part qu’entre Genèse 1, 27 et Genèse 2,18, Mgr Brizart a choisi :
Gn 1, 27 : « Dieu créa l’humain à son image, à l’image de Dieu il créa ; mâle et femelle il les créa. »
Gn 2, 18 : « Dieu dit : il n’est pas bon pour l’humain d’être seul, je veux lui faire une aide qui lui soit accordée. »
On voit d’autre part le simplisme de la lecture qu’il fait de Gn 2, 18, lecture bien littéraliste, sans questionnement ni perspective.
La conséquence qu’il en tire est édifiante : « LA FEMME EST UN ETRE QUI SE SENT RELATIF (…) »
Ainsi,
1. les 3 milliards et demi de femmes qui peuplent aujourd’hui notre planète sont réduits à leur sexe, censé informer la totalité de leur être, donc à un modèle unique, cloné, ce qui permet de parler de LA FEMME, comme on dit LE CHAT, cette espèce-là…
2. cette affirmation ne prend évidemment tout son poids que dans l’implicite, dans ce qu’elle suggère, à savoir que L’HOMME, par opposition « est un être qui se sent absolu, et qui donc, comme tel, n’a nullement besoin de la rencontre et l’accomplissement d’un amour pour donner sa mesure… »
Mgr Brizart aurait pu faire une autre lecture de Gn 2, 18 en remarquant que « dans l’esprit de la Création » l’homme ne peut rien sans de « l’aide » de la femme. Mais non. Sa pensée n’est pas ainsi orientée.
Je résume : Vous les femmes, êtres relatifs. Nous, les hommes, êtres absolus.
Je ne me livre pas ici à un pur exercice de style.
Certes, ces considérations anthropologiques à l’emporte pièce sont affligeantes. Mais il ne faut pas s’y tromper : elles ne relèvent pas d’une étourderie, d’une maladresse de langage, ainsi que l’on pourrait de prime abord penser.
Il y a bien une intention, une volonté de renvoyer chacun – chacune – à sa juste place. Au nom de « l’esprit de la Création. »
Dans quel organe de presse hors de l’Eglise pourrait-on tenir de tels propos sans soulever un tollé d’indignation ? Quel dirigeant, quel responsable de tout bord l’oserait ?
Mais dans l’Eglise, ce niveau de pensée est bien porté, inusable. C’est l’ordinaire, le quotidien, de l’ordre de l’évidence. Le mépris ordinaire et toujours recommencé, la sacralisation des comportements les plus grossièrement sexistes. On prétend ainsi résister au « monde », « aux considérations contemporaines »…
Comment s’étonner que, de l’extérieur, on perçoive l’Eglise comme une structure archaïque, obscurantiste, profondément misogyne ? (sans même parler de son obsession des questions sexuelles, alors que dans ce domaine, une actualité accablante… )