Soutien de mgr Jacques Noyer

16 novembre 2009
Par Xavier

Ce jour-là, j’ai pleuré…

noyer

Le 11 octobre dernier, en lisant le discours prononcé par Anne Soupa sur les marches de St Sulpice, j’ai eu des larmes dans les yeux.

Quelle émotion de voir notre lourde institution séculaire capable de laisser certains de ses membres trouver ce langage nouveau, cette audace créatrice, cette espérance inattendue. L’Esprit Saint était là, évident !

Au-delà de la juste attente des femmes à trouver leur place, c’était toute l’Eglise, tous les baptisés, qui étaient conviés à retrouver la jeunesse des premiers jours. Au-delà des analyses critiques, au-delà des regrets et des plaintes, un élan d’espérance réveillait les énergies assoupies.

Ni homme, ni femme, ni clerc, ni laïc, ni théologien patenté, ni militant qualifié, nous sommes seulement appelés parce que baptisés. Mais le baptême n’est pas un premier tri. En le recevant nous avons reconnu la paternité de Dieu à l’égard de tous les hommes. Nous ne sommes pas mobilisés au nom de nos idéologies, de nos histoires, de nos appartenances mais au nom de Jésus en qui nous avons reçu l’évangile de la fraternité universelle.

Les circonstances ont voulu que je parte dès le lendemain « sur les pas st Paul ». Le frémissement de sa parole entendue à Ephèse, Corinthe, Athènes m’indiquait la fidélité que les « baptisés » de la place st Sulpice assumait. Il faut permettre à l’évangile d’éclater au cœur de la culture des hommes.

Et Rome atteste magnifiquement que cette tension entre Pierre le gardien des souvenirs et Paul l’inventeur de l’avenir est source de la vraie fécondité de l’évangile. Rome se doit d’être le lieu de cette tension vitale. Si Rome n’est qu’une église, elle n’est pas celle de Jésus. Si sa vérité n’accepte pas le risque de dialoguer avec tous, elle n’est pas la Vérité. Si elle a besoin de la comédie des puissants pour avoir le dernier mot, elle n’est pas engendrée par l’Esprit.

Mais dans les larmes qui embrumaient mes yeux il y avait aussi de la tristesse. Tant de fois déjà j’ai vu des initiatives de ce genre se perdre si vite dans le brouhaha de l’actualité ! Tant de fois j’ai rencontré des hommes et des femmes, ancien combattants désabusés de combats perdus ! Je devinais déjà le silence avec lequel notre église ferait de cet élan un non-évènement. Je savais par avance les arguments qu’on avancerait pour ne pas entendre. Car moi-même je ne sais plus comment réveiller la baleine endormie.

Oh ! Seigneur, faites que je me trompe ! Pardonnez-moi mon manque d’espérance ! Ah ! si les évêques de France osaient dire qu’ils ont entendu ! Si Rome voulait bien accepter de croire qu’elle ne sait pas tout de l’église de France ! Si tel était le cas, je vous le promets Seigneur, je pleurerai à chaudes larmes mais de joie !

mgr Jacques NOYER

9 Reponses à “ Soutien de mgr Jacques Noyer ”

  1. onfray claudine sur 16 novembre 2009 à 10 h 23 min

    UN IMMENSE MERCI à MGR Jacques Noyer
    pour son courage,
    pour son réconfort, pour son espérance.
    oui l’enjeu n’est pas gagné! car certains font tout pour en faire un non évènement….
    des groupes se constituent dans certains diocèses. Mais nous attendons l’engagement de nos pasteurs, de nos évêques! C’est avec eux que nous voulons affronter les défis de notre temps .
    Non avec des mots politiquement corrects ( je parle en Eglise)…..mais avec les mots et le regard de l’Evangile.
    Non avec la lourdeur d’un état et ses groupes de pression qui empêchent les pasteurs de voir la réalité.
    nous avons l’impression d’être le pot de terre contre le pot de fer ……mais le christ n’aurait-il pas choisi le pot de fer.
    parfois aussi triste d’avoir si peu d’espérance (sauf que chaque jour me rappelle qu’une nouvelle décision romaine va dans le sens d’un cercle fermé sourd aux enjeux réels de ce monde )
    c’est avec le monde que nous devons marcher et non avec les frileux et c’est gentil de tous bords.
    une seule chose me réconforte chaque jour c’est le Christ et l’assurance profonde que l’Esprit arrive toujours à ses fins …..envers et contre tout ….
    Mais j’aimerai bien voir une avancée sur le chemin.
    Une chose est sûre c’est que les murs sont un jour ou l’autre détruits , on l’a célébré il y a peu…..mais au prix de combien de souffrance.

    Dr Claudine Onfray (evreux) spécialisée en stérilité toute sa vie et malgré tout engagée fortement dans son diocèse et sa paroisse…..mais parfois très triste.
    et merci à tous ceux qui osent parler, car pour eux , je sais que ce n’est pas facile

  2. M.F. sur 16 novembre 2009 à 13 h 21 min

    J’apprécie beaucoup que la conférence soit à présent qualifiée de catholique, je me posais justement la question du casse-tête que représentait une structure intégrant orthodoxes, protestants, anglicans…même si heureux serait le jour d’une autre conférence, oeucuménique,peut-être à-venir.
    Merci pour cette bonne et douce lettre de Jacques Noyer.Vision de l’Ancien, du Sage, fatigué des échecs vécus mais infatigable messager de l’Evangile, veilleur attentif.Prions avec lui et souhaitons que ce grand banc de petits poissons catholiques réveille « la baleine endormie » romaine…

  3. micheline sur 16 novembre 2009 à 14 h 04 min

    Monseigneur,

    Vous me faites penser au vieillard Siméon (Luc 2,29….)
    Il a vu ce que d’autres autour de lui ne voyaient pas
    Espèrons que l’Esprit ouvrira les « yeux » de nos évêques.

  4. AdrienneH sur 17 novembre 2009 à 14 h 43 min

    Mêlons nos larmes Monseigneur ! Emotion à la lecture de votre texte : c’est un évêque qui parle ainsi ? Et mêlons aussi nos élans d’espérance !
    A nous tous de faire en sorte qu’il ne s’agisse pas d’un non-évènement…
    Il faudra peut-être du temps pour que l’institution ose accepter d’entendre et ose le dire, mais laissons du temps au temps, après tout, nous sommes aussi l’église, le challenge est entre nos mains, c’est à nous de durer et de progresser.
    Sus à la baleine ! Non pour la tuer, il faut la protéger, elle est menacée, mais pour l’accompagner, pour cheminer à ses côtés.
    Merci Jacques Noyer, merci encore Anne et Christine qui avez eu l’intuition que le moment était venu et l’audace de plonger … Maintenant à nous, ensemble, la persévérance!
    Chaque jour arrivent de nouveaux encouragements, que celui qui a des oreilles pour entendre entende.

  5. Samuel Grzybowski sur 24 novembre 2009 à 23 h 41 min

    Quel signe d’espoir que d’entendre un évêque parler ainsi ! Je suis jeune, je n’ai que 17 ans, et j’ai toujours cru que le Christ avait voulu une Église qui fait de chacun de nous une pierre à l’édifice. Et cette Église n’était sûrement pas une pyramide avec un pape au sommet, mais un corps formant un tout ! En tant que jeune parfois perdu au milieu des reproches que mes pairs font à une Église qu’ils méconnaissent, vous me rappelez que l’Église n’est pas seulement ce qui ce qualifie par le XVI, mais aussi par le 208 !

    Les jeunes sont dotés d’une énergie incomparables d’imagination, de rêve et d’impliciation.Ils ont besoin de CROIRE. Et si leur foi n’est pas dans la Vérité, elle bascule vers le PMU ou l’astrologie, mais TOUS ont besoin d’avoir foi. La foi chrétienne n’est pas une croyance elle est une confiance. Comment avoir confiance en quoique ce soit lorsque dans l’inconscient collectif le Christ renvoie à bien d’autres dimensions que la foi. (la religion, l’institution, les règles…) Soit ils rejettent le Christ. Soit ils adoptent une croyance au Christ. Mais avant toute chose, le Christ n’est-il pas d’abord quelqu’un qui nous dit « suis-moi » ou « relève toi »
    En quête de sens et d’identité, si l’Église ne leur laisse pas la place pour s’épanouir dans une spiritualité qui les rejoint, dans une spiritualité qui leur fasse comprendre que Dieu s’est fait homme pour nous rejoindre là où NOUS sommes, là où NOUS avons mal, ils tombent dans le danger communautaire, et ainsi le dogme devient pour eux une nouvelle arme, un repli identitaire. Je rêve d’une Église au coeur laquelle mes frères dans leur chemin vers l’âge adulte puissent trouver une identité qui les rendent heureux, une Vérité qu’ils puissent défendre, une foi, une confiance en quelqu’un, et non pas une croyance en quelque chose.

    Cela est possible.

    Ils doivent comprendre que ce qui forme le corps du Christ c’est l’ensemble des baptisés, et que tous ont leur part de réflexion à apporter. La conscience d’un baptisé vaut bien celle d’un pape. Le Christ n’est pas découpé ou morcelé, il s’agit du même Fils de Dieu, et nos traditions sont tellement différentes que ce n’est pas là qu’ils trouveront le Christ. C’est dans leur coeur, car notre coeur n’est pas différent selon que nous sommes « tradi » « charismatique » « libéral » « pro-pape » « anti-pape » orthodoxes protestants « conservateur » « réformistes » « pro vie » ou « individualiste ». L’Église ne doit-elle pas nous dire, que c’est NOUS l’Église, et que c’est en écoutant au plus profond ce que Dieu nous dit dans notre coeur que nous trouverons le Chemin. Ne doit-elle pas rappeler que ce n’est pas une institution romaine qui doit nous dicter la marche à suivre ? Ne doit-elle pas nous rappeler que le Christ est là avec nous ? Que la Croix nous rappelle cette solidarité sans faille ?
    Les jeunes pourront y croire non pas quand l’Église sera « Fashion », « tendances » ou moins restrictive, mais quand l’Église leur fera comprendre que sans eux, elle n’est pas entière !

    Merci Monseigneur Merci !
    Vous gonflez la voile de mon navire en ces temps ou l’anticyclone sévit.
    Fraternellement

  6. Thérèse Huvelin sur 25 novembre 2009 à 7 h 56 min

    Cher Monseigneur et frère en « notre bien-aimé frère et Seigneur Jésus »(Ch. de Foucauld),
    « Le don des larmes c’est aussi pour pleurer les bêtises de l’Eglise », m’a écrit un jour un ami (prêtre). Alors ma tristesse s’est changée en joie : je me suis dit : « Tu es sur la bonne voie et tu vas aider l’Esprit en toi, en l’Eglise ; et c’est l’Eglise elle-même qui va t’en donner les moyens ! »
    « Ne contristez pas l’Esprit », s’écrie l’apôtre Paul : il est une tristesse selon l’Esprit qu’il faut s’entrainer les uns les autres à apprendre à reconnaitre.
    Le propre de ces larmes selon l’Esprit est d’affermir le courage pour mener jusqu’au bout le combat contre tout ce qui défigure l’image de Dieu Amour dans l’Eglise.
    Qu’ils soient bénis ceux qui pleurent ainsi ! Qu’ils sont heureux !

  7. Sylvie R sur 27 novembre 2009 à 18 h 27 min

    Merci pour cette émotion d’ un homme de coeur!Du mien ,le Seigneur murmure encore et toujours:
    « Heureux les doux, ils possèderont la terre,
    Heureux les affligés,car ils seront consolés,
    Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu !..
    Heureux les artisans de paix,ils seront appelés fils de Dieu !… »(Matthieu 2 5: 1 12 )

  8. Hortencia Ifft sur 9 janvier 2010 à 12 h 02 min

    I admire the valuable information you offer in your articles.Great post, You make good points in a concise and pertinent fashion, This is a really good read for me, thank you for your time.

  9. Tillier Marie-Françoise sur 28 juin 2010 à 9 h 24 min

    C’est au retour d’un enterrement, présidé par « ch’père Denis » par ailleurs grand-père plusieurs fois et qui fait ça très bien comme disent les gens, que je découvre dans TC votre texte intitulé : « Au retour d’un enterrement ».
    Je m’associe pleinement aux questions soulevées et aux attentes que ces situations engendrent. Avec la parution de ce texte, je vais peut-être pouvoir me réconcilier avec vous Père Noyer dont je suis une ancienne diocésaine!
    Oui, j’ai eu mal, très mal lorsque, à l’occasion d’une visite pastorale, prenant mon courage à deux mains, j’ai tenté un échange sur la place des femmes dans l’église et là, avec ce que j’ai ressenti comme étant votre autorité pastorale, le dialogue n’a pu s’engager et nous avons deviné, non sans amertume, que le sujet ne pouvait être débattu.
    A la lecture de vos articles dans TC, je me suis plusieurs fois demandé s’il s’agissait bien la même personne, mais la photo ne trompe pas!
    Dernièrement, « sans trouble » cette fois, je me suis bien retrouvée dans ce questionnement sur la Résurrection paru dans TC et dont vous êtes l’auteur. L’expression de votre discernement me rend plus à l’aise pour échanger sur ces « anecdotes merveilleuses ».
    En tout cas cher Père Noyer, notre église locale continue et on pourrait dire qu’elle le fait bien, à « colmater les brèches » certainement avec « obéissance et félicitations de l’amirauté » pour reprendre vos termes, mais aussi avec les risques que vous dénoncez.
    Je suis sûre maintenant que nous pouvons compter sur vous, et que sans lassitude, vous continuerez à essayer de convaincre vos (ex)collègues évêques qu’il est urgent de ne plus parler la langue de bois pour répondre aux préoccupations des chrétiens et des autres. Votre soutien émouvant et confiant à la CBCF est aussi un grand réconfort.
    Bonne continuation et merci.
    Marie-Françoise

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