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Lettre ouverte d’un curé au pape François

Anne SOUPA
Lettre ouverte d'un curé au pape François


Lettre ouverte d’un curé au pape François,
Daniel Duigou, Presses de la Renaissance, mars 2018, 125 p., 10€.

Pris dans le récit de l’audience que lui a accordé le pape François en 2015, ce très court et très convaincant plaidoyer de Daniel Duigou pour une Église de la liberté ne peut décevoir. Avec une grande facilité de parole, l’auteur, journaliste et psychanalyste, devenu prêtre et depuis 2015 curé de la paroisse de saint Merry à Paris, pose en introduction un double constat : que l’institution a « décroché » avec la jeunesse, et que celle-ci, à condition qu’on lui explique la « révolution évangélique », a toutes les raisons d’entendre le message de Jésus. « Il suffit, dit Daniel Duigou, de réécrire avec eux le catéchisme de l’Église avec des yeux d’adulte pour qu’ils retrouvent le goût de la recherche et du sens, dans l’esprit même de la Bible, c’est-à-dire avec une exigence critique à la fois individuelle et collective. Ils discernent alors une autre vision du christianisme, libérés d’une instance religieuse qui juge et pèse sur les consciences. Alors s’exprime une demande de spiritualité débarrassée de toute illusion ou d’un désir de retour en arrière, c’est-à-dire dans l’enfance, afin de réaliser pleinement leur désir de vivre l’aventure humaine dans la modernité de leur temps. (…) Le projet d’avenir est alors de "ré-enchanter" le monde », non pas pour le soumettre à de nouveaux dieux, mais pour permettre à l’homme de naître à lui-même. » Daniel Duigou insiste sur l’enthousiasme d’une jeunesse qui veut aimer « jusqu’au bout du possible », selon la formule de saint Augustin, et qui veut prendre au sérieux sa vie. Il montre que l’exemple de Jésus offre tout cela à une jeunesse en quête de sens. Avec l’esprit de finesse du psychanalyste, Daniel Duigou poursuit et amplifie son propos en montrant combien Jésus invite à une naissance continuelle à soi-même, à une continuation de l’œuvre créatrice de Dieu dans un partenariat enthousiasmant. Il met alors en lumière l’extrême jeunesse de la proposition évangélique.

Son livre est aussi une excellente occasion de rappeler la place particulière qu’occupe la paroisse Saint Merry dans le paysage ecclésial parisien et même français. Trois missions, en effet, lui ont été assignées par le cardinal Marty, en 1977 : la première est d’accueillir et d’écouter ceux qui crient leur difficulté de vivre, et de chercher à comprendre le monde en train de se transformer sous nos yeux. La seconde est de pratiquer la coresponsabilité entre prêtres et laïcs comme mode de gouvernance. Enfin, Saint Merry a vocation à encourager la créativité, en particulier dans la liturgie et la parole donnée aux artistes. On quitte ce livre avec, d’une part la satisfaction que le pape François connaisse et semble approuver l’existence de Saint Merry, d’autre part, le réconfort de voir défendue par Daniel Duigou la vision tonique et juste d’une Église de la liberté.
 

Anne Soupa

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