Le Vatican se donne de l’encensoir
une réaction de Christine Pedotti et Anne Soupa

Pie XII a été déclaré « Vénérable », samedi 19 décembre par le pape, dans une décision inattendue et de surcroît prise bien avant que les historiens aient pu consulter l’ensemble des archives.
Même si certains rappellent que Pie XII fut réellement inquiet du sort de la population juive, la question de son pesant silence reste entière.
Une décision aussi prématurée et peu consensuelle est regrettable .
Et nous la déplorons pour deux autres raisons.
La première est qu’indirectement elle écorne les acquis de Vatican II. Quand on entend les propos du Père Gumpel, rapporteur de la cause de béatification, qui assure que « Benoît XVI voit en Pie XII un grand théologien, précurseur de Vatican II. », on réprime mal une grimace… Que doivent penser, au paradis des serviteurs de Dieu, les Congar, les de Lubac, les Chenu, ces piliers de l’édifice conciliaire que Pie XII, quelques années auparavant, avait écartés, humiliés, interdit d’enseignement parce qu’ils prônaient une Eglise « peuple de Dieu » et non « structure hiérarchique », ou parce qu’ils voyaient l’émergence d’un laïcat sur lequel l’Esprit pouvait aussi souffler ?
Sans nul doute, eux qui sont vraiment de grands théologiens, nous inviteraient-ils à ouvrir les yeux, car c’est bien à une remise en question méthodique et profonde de Vatican II que Benoît XVI s’est attelé.
La seconde raison est que cette distinction, (et celle d’une vingtaine de personnes), est surtout remarquable par le peu de laïcs qu’elle honore (aucun, dans la liste communiquée par La Croix), et par son inopportunité politique (même si on voudrait nous faire passer l’amère potion « Pie XII » par le charisme de Jean-Paul II).
Cette décision porte la marque évidente d’un choix personnel du pape, et confirme notre analyse : il existe un fossé profond entre la grande masse des catholiques et une hiérarchie qui ne connaît et ne regarde qu’elle-même et n’écoute plus personne.
Ne pourrait-on pas s’attacher à contempler les beautés morales des hommes et des femmes d’aujourd’hui, (la béatification de grandes figures contemporaines n’avance guère : E. Michelet, De Gasperi, R. Schumann) ?
Non, quelques « happy few » élisent leurs pairs. Un pape encense ses prédécesseurs. Qu’espère-t-il ? Un renvoi d’ascenseur de la part de ses successeurs ? À moins que : « Miroir, mon beau miroir… » Peut-être nous suggère-t-on qu’être pape est en soi un fait héroïque ?
Un peu de santé morale, ou de simple déontologie, voudrait que les papes s’abstiennent quand il s’agit d’un prédécesseur et laissent à d’autres, commission ou collège indépendants, d’en juger. Il n’est pas convenable d’être juge et parti.
Car enfin, Pie XII aurait pu rester à son honnête place, dans la galerie de portraits pontificaux. Celle d’un honnête homme, ni saint, ni salaud, simplement un pauvre homme qui, comme beaucoup, fit ce qu’il pouvait, avec ses courages et ses lâchetés, dans un monde dévasté et livré aux atrocités.
La décision de Benoît XVI ressort, paraît-il, d’une fine et complexe politique dont l’objectif serait de ménager « la chèvre et le chou ».
Si c’est le cas, nous regrettons le mésusage de ce précieux trésor catholique qu’est la reconnaissance de la sainteté. Quel dommage de la faire choir au rang des médailles et des décorations « du siècle », avec leur lot de vanités, de vaine politique, de stériles manœuvres et d’arbitraire du prince.
Nous, catholiques ordinaires, voudrions continuer à chanter la litanie des saints, sans être les otages de luttes de sensibilités, ou de revanches tardives.
Mais heureusement, dans le long cortège des saints auréolés, balayant de sa main les pavanes d’illusionnistes, Dieu saura toujours reconnaître les siens.
Christine Pedotti et Anne Soupa
On nous annonce la prochaine béatification du Pape Pie XII. Déjà les Israéliens s’en émeuvent et demandent l’ouverture des archives du Vatican… Cette béatification s’engagerait donc comme une négociation entre grands de ce monde…
L’immense majorité des cathos lambda se demandent, eux, si les béatifications sont une urgence de l’évangélisation.
Un assez grand nombre s’interroge aussi sur le choix de béatifier deux papes quand une multitude de laïcs, femmes en majorité, vivent le partage quotidien de la fraternité évangélique dans les poches de pauvreté des cinq continents.
Célestin Tardine
On pourrait se demander « Pourquoi béatifier quelqu’un » ?
Je pense que c’est une façon de le présenter en modèle, un exemple à suivre, à l’ensemble du peuple.
Jean Paul II a multiplié les saints dans les lieux qu’il visitait et à la demande de la population locale.
Seul Dieu peut juger.
Voilà bien ce que je craignais avec la notion de conférence des Baptisés de France. Je croyais à une assemblée de serviteurs, et cela tourne au contre pouvoir. L’Église n’est pas une démocratie, et il n’est juste, ni bon ni vrai d’interroger la foule des croyants pour déterminer si telle et telle décision émanant de Rome est ou non opportune. N’y a t’il pas une autre confession qui fait déjà profession de protester ?
Ne laissons pas le suffrage universel et la pseudo conscience politique ronger la maison Mère de l’intérieur.
@Bertrand
Il ne s’agit pas de « conscience politique » mais de conscience éclairée. L’Église n’est pas le pape de Rome, l’Église est un peuple, un corps, habité par l’Esprit. Il est vivant, il frémit ou tressaille, et surtout, il porte l’Évangile.
Pour ma part, je n’ai pas fait de voeux particuliers, je ne suis qu’une baptisée confirmée. Je ne crois pas avoir juré une quelconque obéissance au Saint Père. Je le respecte, comme je respecte mon père et ma mère. (étymologiquement, j’y regarde à deux fois). Le pape est un être humain, il a ses défauts, ses limites. Il n’est, ni écrit, ni promis nulle part qu’il ne peut commettre d’erreur de jugement. On peut avoir une sorte de vision fantastique d’un pape, retranché de l’humanité ordinaire, et vivant en quelque sorte, sous perfusion d’Esprit Saint, mais ce n’est aucunement conforme à la Tradition catholique, qui heureusement est bien plus sage que ça.
‘Vivre sous perfusion d’Esprit-Saint’… Excellent ! L’Enfant en tressaille de joie !!!
L’attitude de Pie XII en 1942 a écarté de l’Eglise certaines personnes de ma famille, qui pensaient naïvement que tous les humains étaient frères, et que leurs frères, les Juifs, devaient être secourus, et leurs persécutions dénonçées .
Ceux qui étaient encore en vie ont eu un peu de baume au coeur en écoutant les propos de Jean-Paul II sur la Shoah, en suivant son voyage en terre d’Israël .
Les mettre au même niveau relève d’une étrange logique. Egaux celui qui se tait devant la mort d’enfants, et celui qui parle ?
Soyons les successeurs de « Témoignage Chrétien », plutôt que ceux de Pie XII.
Jean-Paul II nous avait redonné la joie d’être chrétien, ne nous laissons pas maintenant avoir honte .
Car les chrétiens ne vivent pas en autarcie, ils vivent dans le monde. Ils vivent dans un monde en proie encore aujourd’hui aux divisions et à l’intolérance. Une telle annonce ne peut oeuvrer pour la Paix .
Merci pour cet article nécessaire, il me conforte dans mes propres analyses! Il en est peut etre , en ce qui concerne la remise de récompenses officielles pour accès a la sainteté, dans l’ Eglise institution, ce qu’il en est de l’ entrée dans l’ ordre de la légion d’ honneur actuellement! Non? Je me sens un peu concernée par cette histoire, étant porteuse de mémoire, fille de résistant, déporté, Officier de la légion d’ honneur, et j’ en passe, …Effectivement, l’ Eglise s’ enveloppe de (fausses) sécurités,se protège d’ honorabilités, de traditions, de références déplacées! Il y a , il me semble des choses plus urgentes, et cohérentes,a faire se développer ; et ceci pour etre crédible ici et maintenant! En tant que Baptisée, confirmée(en 2003!!!), appelée aussi a la Sainteté, que je vois autrement, je souffre….Et je n’ ai pas l’ intention de subir et de me taire!,d ‘etre clonée et formatée!
Merci a la C C B F , et heureux Noel a tous, dans la communion des Saints , sous le regard de Dieu , et donc dans l’ humilité, qui n’est pas humiliation, loin de là….
Rassurez-moi : Jean XXIII a bien été canonisé ?
Non Martine, il a pour l’heure été béatifié (en 2000). Et pas de nouvelles pour l’instant d’une prochaine canonisation.
La modératrice
Rappelons nous qu’il n’y a pas si longtemps (une vingtaine de jours) nous fêtions les saints de tous les temps qui pour beaucoup ont crié NON!!! Au nom de notre Seigneur NON! Personne n’a entendu ce cri de la part de Pie XII.
Cette béatification, c’est bafouer le courage de ces saints de tous les temps; c’est dénigrer la fonction même du Pape : serviteur des serviteurs dans les pas de Jésus; Jésus qui nous montre le chemin : celui de dire NON à toute persécussion, quelque soit le peuple qui est persécuté.
NON Pie XII a failli!
Oui nous n’avons pas à juger, mais là il s’agit de nos guides. L’histoire mettra en lumière ce qui s’est fait ou pas. Dieu jugera les fautes. Mais nous en tant ue chrétiens, nous savons que nus devons dire NON.
Je suis très en accord avec l’analyse de Christine et Anne. On a le sentiment consternant que c’est
« l’avant-Vatican II » que l’on veut béatifier ! Ah le bon vieux temps, n’est-ce pas ?
Où commence t-il, Bertrand, votre âge d’or de l’Eglise ? Pouvez-vous me le dire ?
Les protestants n’avaient-ils pas raison de protester en leur temps? imaginez-vous: l’infaillibilité pontificale n’existait pas encore! Quelle grave erreur !
Pour en revenir à aujourd’hui, comment ne pas sentir que ce nouveau décret concernant Pie XII est tellement inutile dans le contexte actuel. Où sont les urgences de notre temps? Ranimer cette controverse brûlante , est-ce nécessaire alors même que toute la lumière n’est pas encore faite sur les faits historiques? A croire qu’ils s’ennuient à Rome et qu’ils n’ont rien de mieux à faire… C’est terrible cette ignorance de ce qui se VIT ailleurs.
Par ailleurs, Bertrand, vous parlez de « service » et de « pouvoir ». Qui est le premier serviteur de l’Eglise si ce n’est le pape ? Alors, justement, avez-vous entendu ce qu’Anne et Christine ont dit à ce sujet ? Elles se sont très clairement expliquées.
Service veut-il dire uniformité et interdiction de penser ? Et si elles vous rendaient à vous un très grand service que vous ignoriez ?
Dieu nous a créés libres ET intelligents par Amour! Ces mots et ces réalités s’allient!
Quand l’air devient confiné est irrespirable, beaucoup vont chercher des horizons plus vastes ailleurs !
Et puis, il serait bien et décent de respecter nos frères protestants.
Enfin puisque le service vous tient à coeur, n’oubliez pas que quand bien même vous auriez accompli le plus beau, vous resteriez un serviteur inutile comme tous les autres …. Alors, bon courage !
Merci pour votre réaction. Merci pour vos articles.
Le mot qui m’est venu à l’esprit lors de l’annonce du processus de béatification de JPII et Pie XII est auto-satisfaction.
Une question que je me pose bien souvent est : Comment dire aujourd’hui aux personnes rencontrées que l’Eglise n’est pas un ensemble d’hommes en robe
(ou en col romain) qui s’auto-élisent, qui s’auto-forment, qui s’auto-glorifient, qui s’auto-sanctifient et qui n’apprécient que très moyennement le monde.
Il n’était pas possible d’ignorer les réactions qu’allait provoquer cette annonce (que Pie XII ait eu ou non les qualités qu’on lui prête). Des blessures vont se réouvrir. Et pourtant rien n’y fait. Pour se couvrir ou se justifier il est dit que c’est une affaire interne à l’Eglise. Mais quelle Eglise ?
Chère Anne,
Que monte votre texte si beau sur l’étoile à la une du site !
Que se passe au second plan cette triste histoire illustrée d’une glaçante photo.
Tant qu’on partira de l’ »héroïcité » les erreurs de casting continueront : on est, comme pour la spiritualité des « mérites » en vogue au temps de Thérèse de Lisieux, pas loin du contre-sens. Mais elle, « sainte n’y touche », a subverti tout ça. La sainteté est accueil de la sainteté de Dieu : c’est tout !
Bon et saint Noël !
La communauté des catholiques et plus largement des chrétiens a pêché et pêche peut-être encore par exclusion. De cette exclusion, les juifs ont eté les victimes pendant des siècles et le peuple des baptisés y a consenti voire applaudi. Pie XII était un homme de son époque, un homme presque contemporain de l’affaire Dreyfus. Il a fallu le mouvement immense du XXième siècle pour que le message de Notre Seigneur sorte des anxiétés nées du rationalisme non en le condamnant mais en le dépassant.
Ne condamnons pas Pie XII. Trop de chrétiens en France ont soutenu la révolution nationale du maréchal Pétain au nom de ce qu’ils croyaient être la foi de l’Eglise. Nous pensons et nous savons qu’ils se trompaient. Nous le savons parce que nous nous sommes réappropriés les Ecritures et la Pensée vivante du Christ dans ce qu’elle est confrontation du témoignage transmis depuis le temps apostolique à l’expérience contemporaine.
L’antisémitisme chrétien est un certitude historique, il témoigne seulement du fait qu’après deux mille ans nous ne sommes toujours pas capables d’accepter dans nos vies la force et la radicalité du message Chrétien de l’amour infini du Père.
Faire un saint du papë Pie XII n’est pas urgent, mais il n’est pas faux de dire qu’il tentat de sauver des personnes bien que prisonnier de son éducation chrétienne donc assez largement antisémite.
L’Eglise, dans sa hiérarchie et dans sa haute hiérarchie fonctionne comme tous les groupes fermés, elle voit que ce qui la préoccupe a elle. Elle se dépense sans compter pour condamner l’avortement mais est inaudible, à son plus haut niveau, sur la mort des enfants du Soudan, du Bengladesh ou d’ailleurs, ceux là bien vivants pourtant. C’est pour cela d’abord qu’il est nécessaire que la conférence des baptisés puisse épauler nos prêtres et tous les laîcs qui disent le Christ à des gens qui ne perçoivent plus du tout la force et l’immensité révolutionnaire du message chrétien, son urgence aussi.
En ce jour de Noël devant l’enfant vulnérable, Dieu lui-même , je demande à l’Esprit de souffler sur son Eglise pour qu’elle révèle au monde la réalité de l’incarnation.
peut-on parler de Sainteté en louant la prudence, ……
la Sainteté, ceux qui ont marqué les coeurs des femmes et des hommes d’aujourd’hui ont tous été tout sauf prudents…
le Christ ne serait pas mort sur une croix s’il avait été avisé et prudent.
la Croix est scandale et folie dit Saint Paul!
Mais Rome peut-elle entendre encore le cri des baptisés?
claudine
Merci de cette analyse.
Je m’interroge toutefois sur la place de l’Esprit Saint dans tout ça. Si le pape n’a pas le monopole de l’Esprit, n’est-ce pas abusif de penser que l’Esprit souffle partout sauf à Rome ? (je caricature, mais mon interrogation est réelle.)
Comment résoudre cette question ?
Dieu merci (si j’ose dire), il souffle aussi à Rome!
La question n’est d’ailleurs pas de savoir si l’Esprit souffle, mais si on se laisse « souffler » par lui.
Je propose de méditer sur différentes acceptions du mot en français en pensant à l’Esprit:
ll y a le sens direct:
perdre le souffle, avoir du souffle, trouver un deuxième souffle, gagner ou perdre d’un souffle.
et plus amusant, le sens indirect:
- en être soufflé
- se faire souffler dans les bronches
I
et puis faut-il béatifier ? Car on peut sans pour autant être « taxé de protestantisme », se demander s’il est vraiment si important de désigner ici-bas les saints. Donner à chacun d’entre nous des exemples, oui, mais en faire un acte religieux avec toute la pompe vaticane qui va avec …? Ou au moins pourrions nous attendre au moins 100 ans pour cette procédure ?
sans aucun rapport … un article à lire aussi
http://www.la-croix.com/Benoit-XVI-redefinit-le-statut-du-diaconat-permanent/article/2406275/4078
Christine, Anne, comme en termes forts et courageux, ces choses là sont dites!
Quelle rage tient nos papes actuels à vouloir se canoniser l’un l’autre ?! Bien sûr, il y a longtemps que les successeurs de Pierre ne sont plus des Borgia. Mais des hommes qui, accédant par leur élection à des responsabilités et à des honneurs remontant vers eux de la catholicité entière. De quoi faire bouillir un cerveau humain. Tous ces successeurs de Pierre ont eu leurs( graves) faiblesses . Même le bon Jean XXIII, qu’on ne remerciera jamais assez d’être l’accoucheur de Vatican IIi, a permis que son entourage persécute pendant des années, le pauvre Padre Pio, un vrai saint, lui. Et la responsabilité de Jean-Paul II – dont on célèbre le charisme à l’envi- dans les ravages du sida, notamment en Afrique ?
Bravo pour l’intitulé « le Vatican se donne de l’encensoir »: oui vraiment il semble que l’encens embrume complètement le « Vatican-intra-muros » ! à qui Jean XXIII va-t-il conseiller d’ouvrir en grand les fenêtres pour aérer ces salles poussièreuses et calfeutrées, relookées rétro années 1950 ? Nos évêques sont ils enfumés eux aussi ?
Souhaitons pour le Vatican, l’évêque de Rome et tous les évêques un bon courant d’air pur et vivifiant pour 2010 !
Bonne année à tous les baptisé-es de bonne volonté !
Merci de donner la parole aux baptisés !
Bravo pour cet article et les commentaires afférents.
En matière de gaffeur, nous détenons sans doute le grand champion toutes catégories, nous les cathos, en la personne de Benoit XVI :
- déclarations fracassantes sur le sida et le préservatif en Afrique
- Levée de l’excommunication de l’évêque révisionniste Richard Williamson
- Remises en question des avancées de Vatican II…
EN ARRIERE TOUTES !
Concernant la sainteté, je crois que Dieu seul est saint. L’Eglise devrait se contenter de donner en exemple des personnes ayant vécu leur foi de manière exemplaire, sans les déclarer « saints ». Dieu seul voit dans les coeurs…
Amicalement
Clarté de l’analyse des opportunités, des choix : je partage tout…
J’ajoute : A quand une traversée de l’Atlantique ? Un regard du côté d’Oscar Roméro, de Don Helder Camara, d’André Jarlan et tant d’autres. Le peuple des baptisés ne les honore-t-il pas déjà et par eux continue à espérer ?
Yvonnet
Ravie de decouvrir ce site aujourd’hui..Ce qui me fait mal dans cette decision du Vatican,c’est la claque qu’ont à nouveau recevoir nos frères juifs.Effectivement Pie X|| est le fruit de 2000 ans d’antisemitisme.Jean Paul || avec sa demande de pardon au pied du Kotel avait reussi à faire evoluer ce blocage bi-millenaire.Il suffit de visiter le musée de Yad Vachem à Jerusalem pour se rendre compte de la place importante et négative qu’occupe l’Eglise,notamment à travers une grande photo de Pie X||.Pourquoi reouvrir des blessures et raviver de grandes souffrances?Ou est la delicatesse,le respect l’attention à l’autre dans cette decision? ça n’est vraiment pas une decision chretienne…
Je découvre le Comité de la Jupe et son œuvre, la CCBF, aujourd’hui et je souhaite réagir à ce qui est écrit dans la présentation du Comité et de ses objectifs, avant de le faire pour le présent article:
« Élisabeth Dufourcq a bien montré dans son livre qu’à chaque crise de l’Église, ce sont des femmes qui se sont levées (Catherine de Sienne, par exemple) et qu’elle leur a dû le salut ».
Je trouve étonnant que vous présentiez Catherine de Sienne comme une réformatrice de l’Église car, de réforme, elle n’en a menée aucune, en tout cas pas de réforme institutionnelle : elle n’a eu de cesse de prôner une réforme des mœurs du clergé, d’appeler les baptisés (quelles que soient leurs fonctions dans la société et dans l’Église) à la conversion, d’encourager les princes et les seigneurs de son temps (le XIVème siècle) à l’obéissance totale envers le pape qu’elle appelait « le doux Christ en terre ». Jamais il ne lui serait venu à l’esprit de remettre en cause la hiérarchie de l’Église (malgré la conscience aigüe qu’elle avait des imperfections des prélats) et encore moins la place des femmes dans l’Église et dans la société (se taire, rester enfermées et être soumises aux hommes). Cependant elle est admirable pour sa liberté de parole (elle a écrit plus de 380 lettres à des personnes de toutes sortes, du pape aux religieuses en passant par les cardinaux et les princes): elle se considérait investie d’une mission prophétique (en cela elle est « réformatrice »; nous avons la chance, au XXIème siècle, d’exercer librement notre droit et notre devoir de parole en tant que baptisés) et elle a toujours agi pour ce qu’elle croyait être le « bien de l’Église », jamais dans le but de satisfaire une quelconque soif de reconnaissance de la part du clergé. D’ailleurs humilité et obéissance sont des notions importantes de sa doctrine.
Comprenez-donc ma surprise que votre association la présente presque comme un modèle du combat que vous menez.
D’autre part, vous dénoncez le fait que « la décision de Benoît XVI [de béatifier Pie XII] ressort [...] d’une fine et complexe politique dont l’objectif serait de ménager « la chèvre et le chou ». Depuis que les procès de canonisation ont été codifiés, nombreux sont ceux qui ont été élevés à la gloire des autels (ou qui ne l’on pas été) pour des raisons purement politiques : s’assurer le soutien de tel pays ou parti, ne pas froisser tel autre pays ou parti, promouvoir un modèle de sainteté pro-ceci ou anti-cela… Puisque vous en appelez à Charles de Foucauld, dans l’article reprenant les propos de l’Archevêque de Marseille (« Ce qui va permettre de rendre les chrétiens plus baptisés est plus important que de savoir comment on va s’organiser »), sa béatification, si je ne me trompe pas, a été retardée pour des raisons politiques, les autorités algériennes étant hostiles à la béatification d’un homme qu’elles soupçonnent d’avoir été un espion à la solde du gouvernement français…
En conclusion, chez Catherine de Sienne et Charles de Foucauld, je remarque que, avant de « changer l’Église » (ou « pour changer l’Église » ?), ils ont mis tous leurs efforts à « se changer eux-mêmes », autrement dit à se tourner à chaque instant vers le Christ afin de se laisser transformer par sa grâce et de laisser le Christ transformer le monde (et a fortiori l’Église) à travers eux. Charité humilité douceur: si les baptisés mettaient toute leur énergie à vivre ces trois vertus, comme le conseille Charles de Foucauld, l’Église catholique serait transfigurée…
Bien cordialement.
Marie-L. BERNASCONI
De la modératrice à M-L Bernasconi
Vous dites: « Comprenez-donc ma surprise que votre association la (Catherine de Sienne) présente presque comme un modèle du combat que vous menez. »
Je répond: Nous ne « menons pas de combat », nous prenons nos responsabilités, celles qui sont les nôtres en ce que nous sommes des baptisé-e-s confirmé-e-s. L’idée que des personnes qui ne soient pas le pape ou des responsables romains, ou des évêques puisse être responsables d’elles-mêmes et de leur Eglise vous semble peut-être étrange, mais c’est notre cas, et nous prenons notre responsabilité avec le plus grand sérieux. Nous allons même jusqu’à rappeler, en accord avec la stricte Tradition catholique, que le baptême est la source de toute responsabilité et de toute mission. (Je rappelle d’ailleurs que le pape, comme les évêques et les prêtres, sont d’abord des baptisés). Et cette responsabilité, nous l’assumons d’abord dans son élan missionnaire. Nous sommes baptisés pour le monde, pour lui dire la foi et l’espérance qui sont les nôtres. Quant à attendre une « reconnaissance de la part du clergé », croyez-vous que nous soyons des petits enfants qui attendent des bon-points, des images ou des sucreries? Le « clergé », comme vous dites, ce sont d’abord, autour de nous, des hommes, qui sont nos amis, avec qui nous travaillons depuis longtemps et qui ont d’abord besoin de se sentir moins seuls pour assumer le lourd poids du jour.
Nous ne tenons pas tant à « changer l’Église » que nous tenons à ce que notre l’Église, c’est-à-dire nous, remplissions notre mission à l’égard des hommes et des femmes de ce temps. Et il est vrai que nous pensons qu’il y a urgence.
Pour finir, sur la question « politique » des canonisations, ce n’est pas parce que des pratiques ont été détestables qu’il faut se résigner à ce qu’elles le demeurent.
@ Marie-L. BERNASCONI,
À mon tour de vous répondre. (En complément de la réponse d’Anne, avec laquelle je suis entièrement d’accord).
Catherine de Sienne est une très grande Dame et j’ai lu ses œuvres complètes il y a déjà longtemps et cela m’entrainerait trop loin d’aller y voir de près pour vous répondre. Je ne retrouve pas dans vos propos son sel. L’obéissance et le fait de voir, dans la foi nue, le Christ dans les décisions du Pape, n’empêchent pas la lucidité et la netteté, laquelle peut faire un devoir de parler. Cette netteté qu’une autre Catherine, Catherine de Gênes, tenait pour la qualité première dans la vie spirituelle. Je vais vous répondre en général à partir de Charles de Foucauld dont je fréquente continûment les écrits.
Lorsqu’il rassemble des paroles et des exemples de Jésus au sujet des principales vertus,il commence, pour la vertu de vérité, par « Ne jurez pas, mais dites : Oui, oui, non, non » et « Soyez simples comme des colombes ». Et il a mis ces préceptes en pratique :
À l’abbé de Notre-Dame-des-Neiges, qui, à propos de l’esclavage que l’administration française tolérait en Algérie, avait dû lui rappeler « qu’il ne faut pas nous mêler de gouvernement temporel », il répond : « Nul n’en est plus convaincu que moi mais ‘‘il faut aimer la justice et haïr l’iniquité’’, et quand le gouvernement temporel commet une grave injustice contre ceux dont nous sommes dans une certaine mesure chargés (…), il faut le lui dire (…) nous n’avons pas le droit d’être des ‘‘sentinelles endormies’’ des ‘‘chiens muets’’ des ‘‘pasteurs indifférents’’ » (7 février 1902). « Là où je ne suis pas de votre avis, c’est en ce que vous prenez, je trouve, trop facilement votre parti du mal. (…) J’ai pris tous les moyens pour faire bien connaître la vérité au Préfet Apostolique, en avertissant que je n’agirais pas, à moins de recevoir des ordres : mais je ne pense pas en recevoir, car il leur est bien plus facile qu’à moi d’agir : eux seuls peuvent même, en réalité, bien faire les choses.» (17 mars). Hélas, Charles Guérin se contentera, en France, de quêter pour ses œuvres…
Ce supérieur hiérarchique, qu’il estime et aime tendrement – et c’est réciproque –, Foucauld ne trouve pas déplacé de lui donner des conseils à l’occasion : « Je regrette que vous ayez vu L. devant un confrère, la conversation eût été plus intime en tête à tête ; soyez certains que jamais vous ne ferez un bien sérieux aux âmes des officiers si vous ne les voyez pas habituellement entête-à-tête » (15 janvier 1908)
Et à l’abbé Huvelin il se plaint du clergé local : « notre Algérie, on n’y fait pour ainsi dire rien pour les indigènes ; les civils ne cherchent la plupart du temps qu’à augmenter les besoins des indigènes, pour tirer d’eux plus de profit (…) ; les militaires administrent des indigènes en leur laissant dans leur voie, sans chercher sérieusement à leur faire faire des progrès (…) ; le clergé ne s’occupe pas plus des indigènes que s’ils n’existaient pas, excepté les Pères Blancs ; et ceux-ci même, institués pour eux, trouvant l’œuvre très ingrate, se sont tournés vers les peuples nègres de l’Équateur, y exercent tout leur effort et n’ont plus en Algérie, qu’un nombre infime de missionnaires dont l’action est nulle. » (22 novembre 1907)
À travers ces exemples, je cherche à vous dire deux choses :
1. Le fait de s’efforcer d’« être charitable, doux, humble avec tous les hommes » et de pratiquer l’obéissance envers qui elle est due, n’empêche ni la liberté de penser ni la liberté de dire ce qu’on pense : tout au contraire ! C’est que, comme dit un psaume, « Amour et vérité se rencontrent / Justice et paix s’embrassent ».
2. La conversion personnelle conduit à désirer la conversion en Église, en tant que celle-ci est « à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit inlassablement son effort de pénitence et de renouvellement » (Lumen Gentium, 8). Dans la mesure où l’on pense « nous, l’Église », chacun dans son rôle, dans le respect et dans l’obéissance, on ne peut pas ne pas dire à qui de droit ce qu’on estime ne pas aller, ce qu’on voudrait voir changer, ou tout simplement ce qu’on ne comprend pas. Ce n’est pas là « remettre en cause la hiérarchie », tout au contraire c’est là lui faire confiance, la confirmer dans son rôle.
Ce qui est très triste au travers de tout cela, c’est que des catholiques en deviennent agressifs envers leurs frères Protestants. Il est vrai que l’oecuménisme avait pris son envol avec Vatican II et qu’une partie de la hiérarchie fait tout pour annihiler Vatican II. Que peut-on faire ? Sinon prier l’Esprit Saint d’éclairer » les Princes de l’Eglise » et de leur enseigner l’Humilité
Proclamer des vertus héroiques n’est pas encore faire un bienheureux, même si cela y contribue …mais j’ai beau faire , je ne vois pas sauf oxymore latent qu’une prudence
ou une gentillesse soit héroïque ; Quant au discernement de la justice , je le perçois
bien mieux dans l’attitude d’un évêque allemand que Benoit XVI a d’ailleurs béatifié :
Mgr Clemens-August Von Galen de Münster et dont le discours suivant a contribué de façon décisive à l’arrêt de la campagne d’euthanasie « aktion T4″ envers les malades mentaux et ha ndicapés qui couta quand même la vie à 70 000 d’entre eux :
http://www.pie12.com/index.php?post/2008/06/25/89-on-ne-se-moque-pas-de-dieu-sermon-de-mgr-von-galen:. Pie XII lui même qualifia Mgr Von Galen de héros , et peut-être ne serait-il pas si d’accord que cela sur sa propre héroïcité avec son successeur allemand ?
Il est pénible de naviguer sans arrêt entre légende Noire du « pape d’hitler » inaugurée par Hochut et Cornwell et légende blanche des « Pidouzolâtres » apologètes zélés qui multiplient les juifs sauvés par lui encore beaucoup mieux que jésus pour les pains et les poissons .
Et si tout bonnement il fût exactement comme l’Eglise de son temps : grise ?
mélange exact de martyrs, saints , héros et indifférents , laches ou bourreaux , tous également catholiques .à lire sa biographie , on sait qu’il fût un enfant choyé du sérail romain toujours premier de la classe, assez solitaire , très brillant , aux exceptionnelles qualités intellectuelles , bourreau de travail , à qui échut d’achever le code de droit canon de 1917, et de négocier avec acharnement de nombreux concordats , dont celui avec Hitler en 1933.
Sa famille, son éducation , son tempérament , ses qualités, tout le prédisposait à être totalement ecclesiocentré et même cléricocentré et à ne percevoir le monde qu’à travers les lunettes du salut que l’Eglise lui destinait . peut-on alors lui faire grief d’avoir pensé qu’ avec la disparition de l’eglise, il n’y avait plus de salut des âmes possible ?
dans certaines parties de son pontificat , il y a un manque de discernement ou un aveuglement des structures vaticanes qui confine à la défaillance spirituelle .
Seul Dieu Jugera . En attendant pour reprendre le terme d »herméneutique de la rupture ou de la continuité » il me semble qu’en tant que pape , il y eut rupture aussi bien entre Pie XI et lui, qu’entre Lui et Jean XXIII . Pie XI préparait des condamnations non diplomatiques
du nazisme qui ne virent pas le jour et Jean XXIII fut aux antipodes , en ce sens qu’il pensa qu’à lui seul , il ne pouvait rien , mais peut-être que tous ensemble avec ses frères évêques on pouvait quelque chose ! quant à la continuité , si on parle de peuple de Dieu
au sens de vatican II , il est évident qu’elle est là , et que c’est le même peuple qui continue sa pérégrination, encore hanté des affreuses tribulations vécues …
et désireux de réformes les rendant irréversiblement impossibles .d’où l’angoisse qui nous saisit tous sur l’effacement discrètement organisé de vatican II qui se lit dans cette béatification annoncée; mais peut-être n’avons-nous pas la bonne grille de lecture??
Merci M.L. Bernasconi : je suis fatiguée de ces « discussions ». « Le monde est en feu, ne nous occupons pas de choses de petites importances », comme le disait – à peu prés – Thérèse d’Avila.Occupons-nous de ce monde en feu. J’ai 71 ans et je ne regrette pas d’avoir toujours fait confiance à mon Eglise, même si elle se trompait ! les grands théologiens, précurseurs de Vatican II, que tout le monde cite en exemple, ont plus fait pour l’Église en se retirant, que tous les « réformateurs » qui avaient pourtant « raison ». AMEN !
Tout a fait d’accord avec votre texte.
j’ajoute que cette béatification rend encore plus rétrograde l’image que se donne l’Eglise, et donc pénalise l’annonce de l’Evangile
pourquoi le vatican ne sait il pas mettre en avant des saints incontestables et tout a fait d’actualité: st francois d’Assise, st Vincent de Paul, Charles de Foucault, des laics du 20 ème siècle?.
et en référence à cette période 1940-1944, pourquoi ne pas béatifier aussi Mgr Saliège, évèque de Toulouse, qui dénonca haut et fort ( héroîcité ) dans sa cathédrale les persécutions contre les juifs?
La dernière encyclique de benoit16 n’a pas été reçue par l’opinion, pourtant il y avait beaucoup à dire après les abus boursiers et bancaires qui continuent; Le Vatican ne sait il plus dire Mathieu 25-35 en termes d’aujourd’hui ?
Enfin cette complaisance de benoit 16 avec les intégristes et traditionalistes bafoue l’œcuménisme et nos liens avec nos frères protestants.
comment ne pas prendre un peu de distance avec la hiérarchie?
Prions, l’esprit saint seul sait faire des merveilles
J’ai lu récemment, dans un ouvrage sur les papes, que Jean Paul II avait béatifié et canonisé « à tour de bras », Le Chiffre, dont je ne me souviens plus hélas, était impressionnant. Quelques personnes contestées aussi en ce qui le concerne. Cependant, je constate que les « gens du peu » ne sont pas pléthore…. On y trouve des évêques, des cardinaux, des prêtres, des bonnes soeurs…. Alors, en lisant également dans le panorama de janvier les différentes choses qui séparaient protestants et catholiques, je me suis soudainement sentie beaucoup plus protestante que catholique, sans toutes les complications des dogmes, de ces papes infaillibles (à quel titre ?) et de toutes ces choses qui polluent le message simple de Jésus.
Comment a-t-on pu faire de notre religion cette choses si compliqué. Où va-t-on chercher les miracles ? Le Christ n’a-t-il pas dit qu’il faudrait maintenant croire sans signe ? Pourquoi ne canonise t-on pas une mère qui aurait élevé ses enfants « bien droits ». Toutes ces choses me donnent vraiment envie de rejoindre nos frères protestants
Oui, Annick, les grands précurseurs de Vatican 2 ont énormément fait mais ils ont aussi énormément souffert du sort que leur a réservé Pie XII et çà, JAMAIS,ils ne le souhaiteraient pour leurs frères d’aujourd’hui et s’ils étaient encore parmi nous (Congar, Lubac, Theillard), ils souffriraient encore ! et surtout se demanderaient ,il me semble, comment il est possible de fermer son intelligence à ce qu’ils ont justement si intelligemment éclairé et que nous n’avons pas le droit d’ignorer! La lampe doit-elle être mise sous le boisseau ? faut-il s’imposer des souffrances inutiles ?
Par ailleurs, est-ce que Jean-Paul peut me dire où sont les vertus héroïques de Pie XII?
Bien sûr qu’il était de son temps et élevé dans le sérail (le pauvre!) mais nous sommes du nôtre aussi ! et nous cherchons plutôt des vertus spirituelles qui nous aident aujourd’hui sans aucune présomption ni orgueil que de glorifier un passé ambigü et encore bien trop proche. Si Dieu seul jugera, alors réservons tous notre jugement !