Pédophilie et célibat des prêtres, quelques mises au point.
Les révélations de cas de pédophilie dont des prêtres se sont rendus coupables dans un certain nombre de pays, États-Unis, Irlande, Allemagne, Pologne… (hélas, la liste s’allonge chaque jour), créent un véritable scandale et soulèvent de lourdes interrogations.
La Conférence des baptisé-e-s a été questionnée, aussi bien par les médias, que par ses membres.
Voici quelques éléments de notre réflexion.
- Tout d’abord, faire un lien direct entre les cas de pédophile et le célibat des prêtres est absurde. Les pédophiles sont des prédateurs sexuels, qui imposent leur sexualité à des mineurs. Le célibat n’est pas une cause directe de la pédophilie qui est un crime couramment commis par des hommes mariés.
Il faut aussi noter que la plupart des cas de pédophilie sont constatés dans un cadre familial. Père, frères, oncles, grands-pères, beaux-pères, sont ordinairement mis en cause.
- Faire un lien entre l’homosexualité et la pédophilie est tout aussi absurde. Il n’y a rien de commun entre le fait d’être attiré sexuellement par une personne adulte du même sexe que soi, et le fait d’user de violence physique ou morale pour imposer des relations sexuelles à un enfant.
Ces faits étant soulignés, il reste que les cas de pédophilie mettant en cause des prêtres sont particulièrement choquants et le crime est d’autant plus inadmissible que l’on attend des prêtres qu’ils mènent une vie honorable.
Le scandale est amplifié du fait que l’Église prétend à un savoir moral sur les « choses » sexuelles et prétend régir jusqu’à l’activité des honnêtes époux dans leur chambre à coucher.
Les scandales liés à la pédophilie des prêtres mettent en lumière la distance qu’il peut y avoir entre une norme sexuelle qu’on voudrait imposer à tous comme « naturelle », et les pratiques abjectes et « contre-nature » de la pédophilie.
On a envie de dire « médecin, guéris-toi toi-même », ou « vois d’abord la poutre qui est dans ton œil avant de dénoncer, la paille (littéralement le cil) qui est dans le nôtre. »
Pour le dire vite, la crédibilité de la parole de l’Église est, une fois encore, gravement altérée.
À cela s’ajoute le soupçon que tout n’est pas (n’a pas été) mis en œuvre pour lutter contre ces crimes. On a le sentiment que l’Église a souvent manifesté davantage de mansuétude à l’égard des criminels pédophiles que de sollicitude à l’égard de leurs victimes, du moins jusqu’à un passé très récent.
Même s’il est vrai que la société civile a elle-même été longtemps sourde et aveugle, cela ne justifie pas les atermoiements de certaines structures ecclésiales. La pédophilie n’est pas un « simple » péché sexuel, une « mauvaise habitude ». C’est un crime, un crime qui détruit les victimes, dont beaucoup ne se « remettront » pas.
Il ne nous appartient pas de dire si le clergé est plus exposé que d’autres populations à trouver de pareils criminels dans ses rangs. Mais l’institution ecclésiale doit se poser la question avec le plus grand sérieux.
Il y a un travail de vérité à entreprendre de façon absolument urgente, ne serait-ce que pour lever l’intolérable suspicion qui plane sur les innombrables prêtres qui exercent leur ministère de façon tout à fait saine.
Des études américaines laissent penser qu’il y a une particularité des crimes pédophiles commis par les prêtres dans la mesure où les victimes sont le plus souvent des jeunes garçons tout juste pubères. Cette pédophilie particulière se nomme éphébophilie. Dans la structuration de telles personnalités, les psychologues observent une grave immaturité affective et sexuelle. Ces faits, s’ils sont confirmés, posent le problème de la formation et de l’accompagnement des futurs prêtres. Le rapport avec soi-même, son propre corps sexué, avec l’autre et le corps de l’autre, ces questions doivent être affrontées sans faux-semblant. Et c’est se nourrir d’illusions que de croire que les dévotions et les exercices de piétés sont un remède suffisant et pertinent en la matière.
Nous déplorons que la parole hiérarchique de l’Église catholique sur l’exercice de la sexualité humaine ait plus à voir avec « la vie rêvée des anges » qu’avec la saine réalité, et l’on sait depuis fort longtemps que « qui veut faire l’ange fait la bête.
Pour finir, et sans lien direct avec les affaires de pédophilie, on peut se demander si la crispation sur l’exclusivité du recrutement d’un clergé célibataire répond aux besoins réels de notre temps.
Car en attendant que la hiérarchie ecclésiale prenne conscience de nos vrais et justes besoins, nous catholiques fidèles et engagés, faisons face aux scandales, à l’incompréhension et plus grave que tout, demeurons impuissants devant la lente mais certaine disparition du tissu ecclésial .
La pédophilie n’a sans doute pas grand-chose à voir avec le célibat des prêtres, mais le manque tragique de célibataires voulant devenir prêtres est en train de tuer l’Église dans de nombreux pays.
Christine pour la CCBF
NB: Christine est aussi intervenue sur les ondes de France Info lors du débat du 18 mars à 11h15 que vous pouvez réécouter en cliquant ici : France-Info

Merci, Christine, pour ces lignes si justes et si sensées. Vraiment, je vous attendais !
Nous, les catholiques, nous sommes blessés plusieurs fois par les actes de pédophilie dont certains prêtres se sont rendus coupables.
1/ Parce que des enfants innocents subissent des traumatismes graves ;
2/ Parce que nous attendons de nos prêtres, non une parfaite sainteté, mais au moins le respect de la loi ;
3/ Parce que nous ne comprenons pas que des hommes souvent admirables sur le plan religieux se conduisent sexuellement de façon perverse ;
4/ Parce que les autres prêtres craignent pour eux-mêmes l’opprobre qu’ils ne méritent pas ;
4/ Parce que dans nos églises, ils n’osent même pas nous faire prier pour les victimes et les coupables ;
5/ Parce que notre foi chrétienne est discréditée par ces agissements ;
6/ Parce que le Magistère catholique la discrédite lui aussi en prétendant définir une morale sexuelle pour ses ouailles, qui ne lui demandent rien ;
7/ Parce que la manière dont l’Eglise romaine parle de l’homosexualité, la qualifiant de désordre et appelant à la compassion, invite les esprits faibles à l’associer à la pédocriminalité.
Il est temps que des efforts soient faits à Rome. Il est absurde de faire un lien entre le célibat et la pédophilie, c’est vrai. Toutefois, je pense que des hommes comblés par l’amour humain courent moins le risque de la perversion.
Prions pour que le Magistère de l’Eglise accueille assez la grâce de l’Esprit et cesse d’exiger de tous les prêtres un célibat inhumain et dangereux.
je vais juste ajouter un mot à tout ce qui est dit de façon posée et juste.
Les chrétiens qui pensent par eux-mêmes sont blessés profondément…
La société ne pourra écouter le message de l’evangile….
surtout dans tout cela une réalité d’Eglise demeure tout crime masculin est toléré…
alors que les décisions mûrement réfléchies ou les échecs des femmes et des couples ( divorcés remariés exclus de la communion )surtout des femmes sont toujours condammés durement par Rome.
Dans le problème dramatique du brésil l’an passé ….pas un mot du violeur….
dans l’avortement c’est la femme qui est excommuniée dans le droit canon et l’eglise oublie de dire que cette excommunication est certe automatique mais à la condition expresse que la femme se rende compte de ce rique et en prenne conscience…
MAIS là aussi c’est la femme qui subit et c’est souvent l’homme qui a pris la décision , de toutes les façons ils sont deux dans le bateau.
on vit une société hypersexualisée…et on demande aux prêtres d’être asexués….pour moi on fait prendre à beaucoup un risque pour leur équilibre.
Cela ne remet pas en cause la valeur du célibat choisi et heureux , au contraire…
et puis trève d’hypocrisie regardons l’histoire de l’Eglise
MERCI de continuer cette réflexion, peut-être qu’un jour le monde se rendra compte qu’il existe le peuple des baptisés rassemblant ordonnés ou laîcs qui aime le monde et veut marcher avec lui.
Merci, Christine, de relever l’absurdité de lier célibat et pédophilie.
Que ce soit l’engagement dans le sacerdoce ou dans la vie religieuse, il y a , si j’entends bien autour de moi, une désaffection tout autant des séminaires que des congrégations religieuses (contemplatives ou autres):est ce parce qu’on demande le célibat aux moines ou aux moniales ? Moines et moniales sont-ils des malades, des pédophiles en puissance parce qu’ils ont fait le choix du célibat ?
On arriverait à penser que le choix du célibat est louche et conduit à la perversion,alors que le mariage serait source d’équilibre ? Mais combien de cas de pédophilie ,d’inceste sont-ils recensés dans les familles, commis par le père, le grand-père, frère ou oncle mais aussi mère ou tante ? Il me parait dangereux de souhaiter le mariage à un/une pédophile, en pensant qu’il/elle sera équilibré-e, pauvre époux/se, pauvres enfants, non ?
Il y a des malades pédophiles, qui ont été ordonnés prêtres,ne pas inverser :ce ne sont pas des prêtres devenus pédophiles. A l’Eglise de réfléchir à ses critères de recrutement!
L’ordination exclusive des hommes célibataires, étouffe nombre de vocations possibles (hommes mariés – femmes -) mais c’est une toute autre question .A l’Eglise de réfléchir à ses critères de recrutement !
En lisant un récent discours du pape sur le « Celibat Sacré » prononcé à un congrés , j’ai mesuré le Divorce qui devient un Gouffre entre le Sacré de l’Eglise cléricale masculine
et Homosociale et le sacré des fidèles catholiques : leurs enfants !
que l’Eglise ait toujours fait une priorité de la protection du premier au cours des siècles et ne ressente pas davantage la priorité absolue de la protection des seconds est un drame qui s’explique d’abord par l’absence de toute femme aux postes de commande et par une culture cléricale du secret et des apparences trompeuses depuis 9 siècles .
Il y a tant de célibataires malgré eux dans la société d’aujourd’hui, qu’il serait risible
d’associer pédophilie et célibat ; mais il y a quelque chose qui va infiniment mal dans la manière dont certains prêtres vivent le leur , c’est indéniable .
Et ce quelquechose a profondément à voir avec leur période de formation où tout se joue .
il y a quelque chose de profondément malsain, insalubre et immature dans la façon dont l’autorité est enseignée et exercée par beaucoup , dans des idées de supériorité du prêtre qui ne sont pas conformes à l’enseignement du Christ sur l’humilité et le service .
Le Vrai célibat consacré n’est pas s’épuiser à refouler, inhiber ou mal vivre des pulsions,
il est de canaliser , sublimer , orienter ces pulsions dans un don total de soi même.
ce n’est pas une énergie négative mais une énergie Positive , qui ne s’acquiert qu’avec une
éducation rigoureuse à l’ascèse si possible engendrée par des pères ou mères spirituel(le)s
et gardée et cultivée par le don d’amitié , de complicité et de communion avec des frères et soeurs spirituel(le)s. un Prêtre sans paternité et fraternité spirituelle, livré à lui même, peut ne pas trouver le soutien essentiel et sombrer. est-ce qu’on équippe suffisamment les séminaristes pour cette aventure spirituelle , ce trekking de toute une vie ? j’en doute au plus haut point . de ce point de vue la vie religieuse est mieux structurée pour la persévérance , d’autant que la durée de vie active du prêtre a triplé
depuis le moyen age , dans les conditions d’hédonisme paroxystique et d’internet de notre époque
Il faut sortir du « tout célibat » et retrouver les valeurs des « Viri probati » , ces hommes éprouvés dont parle St Paul. jugés dignes de gouverner l’Eglise , d’abord et avant tout ,
parcequ’ils ont su gouverner leur propre famille !! et laisser aux aventuriers spirituels
l’ascension des cimes de l’ascèse , lorsqu’ils en ressentent l’appel impérieux .
En Attendant , j’aimerai demander au Pape trois mesures d’urgence pour restaurer la crédibilité du droit canonique :
1)restaurer l’imprescriptibilité des plaintes canoniques pour pédophilie et annuler le délai de 10 ans après les 18 ans de la victime ,beaucoup trop court , compte tenu de la dynamique du vécu du traumatisme psychique .
2) de réduire systématiquement à l’état Laïc et donc renvoyer du sacerdoce , tous les
récidivistes prouvés , ce qui sera toujours moins sévère que la meule attachée au cou préconisée par le Christ .
3) de mettre systématiquement à la retraite d’office et définitive sans territoire canonique et sans charge honorifique tout évêque ordinaire qui aura déplacé un prédateur notoirement connu à un endroit où il pourra récidiver sans avoir averti la communauté d’accueil.
Merci pour cet article, qui encore une fois, n’enferme point, mais ouvre des portes ou en tout cas demande à ce qu’elles s’ouvrent. Quelques points:
- Il y a quelques années j’étais aux US au moment du gros scandale de pédophilie dans l’Eglise. Conférences dans les paroisses et blablabla: pas une seule fois j’ai entendu quelqu’un dire qu’il fallait peut-être revoir l’éducation sexuelle qui pouvait être donnée dans les séminaires et faire de la sexualité une chose « saine » et non un tabou honteux qui laisse la porte ouverte à toutes les déviances.
- Que l’on ne vienne pas me dire que l’Eglise souffre d’un manque de vocations: j’ai deux amis qui étaient entrés l’un dans un ordre religieux, l’autre dans un séminaire. Quand on les connaissait, on savait qu’ils l’avaient, la vocation. Les deux en sont sortis: l’un parce qu’il y avait dénoncé un acte de pédophilie auprès de jeunes scouts (et c’est lui qu’on a viré, pas le prêtre pédophile), l’autre parce que son « accompagnateur spirituel » lui faisait des avances graveleuses et le harcelait sexuellement. Pourquoi du coup, je m’inquiète du sort de ceux qui sont allés jusqu’au bout de leur formation au séminaire? Soit ils ont eu de la chance de passer au travers des mailles perverses, soit…
Pour répondre à Philippe, je ne pense pas qu’on puisse dire que le célibat est inhumain et dangereux. C’est plutôt le fait de l’imposer qui est dangereux. Les prêtres, en s’engageant pour la vie dans cette voie, savent-ils vraiment à quoi ils s’engagent au niveau affectif ? Il n’est pas impossible de vivre célibataire, surtout si le célibat est choisi, mais il est impossible de vivre sans vie affective développée. Je pense que la pédophilie vient de ce que cette affectivité est viciée à un moment donné de la vie, mais elle n’est pas à mettre en relation directe avec le célibat.
Pour ma part, j’attends vraiment une parole libérante pour les victimes : c’est ce qui compte avant tout. L’Eglise semble avancer, mais elle doit être encore plus claire.
Vous pouvez aussi entendre Christine sur France Info dans le débat du 18 mars à 11 h 15 :
http://www.france-info.com/chroniques-debats-matin-2010-03-18-comment-l-eglise-peut-lutter-contre-la-pedophilie-419111-81-189.html
(C’est maintenant intégré dans l’article lui-même en bas de page)
Le débat étant ici, je recopie le commentaire laissé sur le site du Comité de la Jupe.
D’accord avec tout ce que vous dites, ma chère Christine, cela permet de cadrer un peu nos réflexions sur le sujet. Deux points cependant qu’on a tendance laisser de côté :
- Tout le monde sait bien – et surtout les garçons ayant fréquenté les petits séminaires ou autres pensionnats catholiques, que le problème n’est pas nouveau, que cette pratique était de tous temps connue et passée sous silence. Qui aurait osé se plaindre à sa famille, il y a seulement 60 ans, aurait reçu une volée paternelle qui lui aurait scellée la bouche. Et s’il y avait plainte, la hiérarchie se chargeait de faire taire le plaignant.
Aujourd’hui, l’institution ne peut plus dissimuler le problème et se voit obligée de réagir parce que la parole s’est un peu libérée sur le sujetet que société soutient mieux les plaignants qui souvent se découvrent 20 ou 30 ans après les faits.
– Aucun lien entre le célibat et les actes pédophiles ? Il convient d’être nuancé, même s’il est juste de dire que le célibat est loin d’en être la seule cause.
Mes propres expériences, celles contées par mes jeunes camarades qui n’en parlaient pas à leurs parents, me font dire qu’il faut accepter l’idée qu’un célibat imposé, mal assumé peut-être, devenant parfois obsessionnel peut aussi conduire à des gestes qu’on peut encore appeler pédophiles lorsqu’il s’agit de petites filles de moins de 12 ans, gestes ou caresses plus légers que ceux qualifiés de crimes, mais suffisants pour troubler profondément des enfants. J’en ai eu l’expérience plusieurs fois et n’en n’ai jamais parlé à l’époque, actes souvent dus à des prêtres de passage, venus prêcher une retraite de communion ou assurer le côté religieux d’une colonie de vacances catholique… Pour moi, cela n’a rien à voir avec une maladie ou une tendance détectable par des psychologues. Cela était (est ?) cependant plus fréquent qu’on veut bien le reconnaître.
Il faut aussi en tenir compte.IL ne faut pas dire qu’il n’y a aucun lien, mais que les causes sont multiples.
Comme Jean Paul , et sachant bien que le péché originel nous marque tous, je crois qu’il faut aussi restaurer la crédibilité de l’Eglise – institution:
- jouer systématiquement la transparence vis a vis des autorités civiles
- mettre à l’écart ceux qui ont failli
Dissimuler, ne pas sanctionner, c’est cautionner….
Très honnêtement je ne comprends pas la remarque 3)de Philippe Ch.
Comment un prêtre pervers peut-il être remarquable sur le plan religieux?
Par ailleurs, même si le lien célibat/pédophilie n’est pas évidemment direct, il y a quand même un lien bien évidemment aussi, que chacun relève d’une manière ou d’une autre: manque de formation affective solide, tabou du sexe, priorité de la protection des clercs « sacrés » sur les laïcs et surtout sur les femmes,atténuation du crime de la pédophilie etc … et glorification du célibat comme voie SUPERIEURE vers Dieu. C’est ce dernier point, personnellement, qui me met très en colère car on persiste dans ce discours et on s’aveugle: il y a ici un refus justement de faire vérité et un enjeu fort. Et tant que les mensonges continuent, pourquoi un prêtre pédophile se sentirait-il plus coupable qu’un autre ??? donc, pour moi, il y a un lien entre les deux .
La lettre de Benoit XVI aux catholiques d’Irlande et la visite apostolique annoncée vont dans le bon sens.
Je regrette le début du paragraphe 4 qui semble attribuer la non-dénonciation canonique des abus à la « sécularisation » de l’Église et la dater des années 60 et de la réception hasardeuse du Concile. Je regrette aussi la réinstallation de la figure idéale du prêtre et de son « ordre sacré » alors que l’autorité abusive des prêtes est par ailleurs critiquée par le pape. Mais je remercie notre ministre de l’unité du paragraphe suivant :
« Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Église et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l’Évangile à un degré tel que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre.«
@Gonzague;
Je te trouve cher Gonzague d’une rare bienveillance, et c’est tout à ton honneur.
Quant à moi, je ne prends pas bien le début du paragraphe 4, qui en effet, impute à un laisser-aller lié au Concile de Vatican II de tels abus. Non seulement je ne le prends pas bien mais je suis atterrée.
Doit-on prendre le « je suis désolé » pour un « je demande pardon », je crains que non!
Quant à conseiller des exercices de piété et l’adoration du Saint Sacrement comme remède et consolation, je ne suis plus atterrée, je n’ai plus de mots pour m’exprimer.
Je fais remarquer qu’il n’y a pas de mots non plus pour indiquer que les coupable ont commis ce qui dans la société civile se nomme des crimes et qu’ils ne sont pas tant redevables de peines canoniques que de procès où l’on REND justice aux victimes. Bon sang, qu’on leur rende au moins ça!
Tant pis si mon commentaire sent la colère, mais la fin, trop, c’est trop!
Oui, trop c’est trop, et il y a de saintes colères !
Aucune raison de les cacher, au contraire nous ne pouvons en conscience cautionner de telles aberrations. Bien sûr que les prêtres pédophiles sont redevables d’un procès ! Incroyable! alors la morale chrétienne, ce serait de gentils propos de salon à l’abri de tout ??? L’Eglise est-elle un paravent ???
Merci Christine.
Essayons de voir cela de plusieurs points de vue différents:
pour certains , jamais un pape n’ avait traité ce sujet de façon aussi approfondie et officielle , aussi ouvertement et sans faux semblants , aussi sincèrement et humblement .
Pour d’autres ce qui a été dit est pire que d’avoir gardé le silence : totalement inadéquat , à coté de la plaque . Et peut être même pire : n’ayant pour but que de protéger le dernier cercle du pouvoir romain en incriminant les deux autres cercles episcopaux et presbytéraux : carrément irresponsable et totalement non crédible.
quand on est capitaine du navire , on prend responsabilité pour la faillite de ses subordonnés et donc on n’est pas simplement « sorry » mais on demande pardon pour leurs fautes , le leadership marche dans les deux sens : dans l’honneur comme dans le deshonneur ,
et on ne peut toujours choisir la bella figura et jamais la mala figura.
Et ça n’a rien à voir avec l’infaillibilité , la pastorale n’a jamais été infaillible !
Et bien entendu comme tout verre à moitié vide ou à moitié plein , on ne satisfait personne
et on mécontente tout le monde . le malaise et la crise vont donc s’approfondir , je le crains hélas!
Le pape est UN avec l’Eglise , le péché de celle-ci est son péché surtout quand il est quasiment présent dans chaque pays , il doit donc purifier
l’ensemble de la structure ecclesiale et surtout son coeur politique , disciplinaire et décisionnaire , très jaloux de ses prérogatives , quoiqu’il en côute, sinon
il ne sera pas crédible .
comme exemple de ce qui serait bon : supprimer la prescription des plaintes après les 28 ans accomplis des victimes ; d’ailleurs n’est-ce pas Mgr Scicluna , promoteur de justice de la congrégation pour la doctrine de la foi qui l’a demandé dans une interview récente où il avait signalé que cette mesure avait été prise en 2001 par celui qui présidait alors la CdF? Comment ne pas voir qu’aucune sanction sévère n’a encore été prise contre des évêques
ayant couvert ces crimes ? et que le symbole de la faillite de cette attitude le cardinal Law a même été promu à des fonctions romaines non négligeables ? comment ne pas voir qu’on fait acception des personnes en fonction des états de service et que le carriérisme ecclesiastique demeure non modifié par cette crise ? est-ce cela l’image de l’Eglise qu’on prétend ne pas exposer à la face du Monde ? est-ce bien raisonnable ?
Oui, Gonzague,Benoit XVI qualifie au §1 les actes comme « scandaleux et criminels » au §2 « de tels crimes », c’est le minimum vital, non ? Le passage du §4 que vous relevez est peut être un bon petit début, mais d’accord avec vous, Christine, la référence à la mauvaise interprétation de VaticanII est tout à fait suspecte :le pape précise « en particulier,il y eut une tendance, dictée par de justes intentions mais erronées, visant à éviter les approches pénales à l’égard des institutions canoniques irrégulières » quel rapport avec Vatican II, quel texte de Vatican II,quelle tendance ,qui ?où (en Irlande) ? comment? ce n’est pas clair du tout.
Au §5 il insiste sur la nécessité « d’assurer les principes de justice », au §6 il envoie, apparemment les coupables « devant les tribunaux constitués à cet effet »"soumettez vous aux exigences de la justice », bon! mais de quelle justice et tribunaux parle-t-il, pense-t-il vraiment que seule l’Eglise et sa justice instituée soit concernée ?
Nous voilà à nouveau devant un texte « diplomaticobscure » avec des directives auxquelles on peut, il me semble appliquer la formule que le pape emploie au §4 : »il sera difficile de comprendre comment les appliquer » !!
Je ne doute pas de l’efficacité de la prière, ni du fait que tout le temps qu’on est en adoration devant le Saint Sacrement on ne fait pas de mal aux enfants, mais enfin il ne faut pas non plus abuser des bonnes choses…il y a des spécialistes dans l’Eglise(contemplatifs par exemple) qui s’y emploie à plein temps,les parents, eux, ont d’autres charismes ?
LE CELIBAT est un état civil : celui de quelqu’un qui n’est ni marié, ni veuf, ni divorcé.
LA PEDOPHILIE est un aspect de la personnalité devenant délictuel ou criminel lors du passage à l’acte. La raison pour laquelle quelques hommes sont attirés sexuellement par les enfants se trouve dans leur histoire personnelle et relève de la psychanalyse.
On voit, d’après ces définitions, qu’il est absurde d’établir une relation de causalité entre une situation juridique et un aspect de la personnalité.
Ce qui est en cause n’est donc pas le célibat, c’est L’ABSTINENCE du prêtre célibataire. En effet, l’Eglise lui demande non seulement de ne pas se marier, mais aussi de renoncer à sa sexualité d’homme. Et renoncer à la sexualité, c’est renoncer à l’amour humain, qui y conduit naturellement.
Ce renoncement POUR LA VIE me semble déraisonnable et inhumain. Mais surtout, je le juge incompatible avec notre religion, qui proclame que Dieu est Amour. Je ne peux admettre en effet que l’amour d’un homme ou d’une femme soit d’une autre nature que l’amour de Dieu.
C’est pourquoi je pense que l’amour adulte, même s’il ne protège pas de la pédophilie, contribue par ses bienfaits à éloigner le sujet de ses perversions, s’il en a. Nous expliquera-t-on un jour cette obsession des religions à réglementer la sexualité de leurs adeptes au point de les faire souffrir ? Et si on se concentrait maintenant sur l’ESSENTIEL ?
Suite au propos de Christine : »Il faut aussi noter que la plupart des cas de pédophilie sont constatés dans un cadre familial. Père, frères, oncles, grands-pères, beaux-pères, sont ordinairement mis en cause… » Je réagis sur un point de vocabulaire qui me semble important : dans un cadre familial, il ne s’agit pas d’employer le terme de « pédophilie » mais celui « d’inceste », enfin inscrit depuis quelques semaines dans le code pénal, grâce aux persévérants combats d’associations depuis de nombreuses années…
2010 : le terme « inceste » est ENFIN inscrit dans le code pénal…C’est un viol ou une agression sexuelle « commis au sein de la famille sur la personne d’un mineur par un ascendant, un frère, une soeur ou par toute autre personne, y compris s’il s’agit d’un concubin d’un membre de la famille ayant, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait… La contrainte peut être physique ou morale… et résulter de la différence d’âge existant entre une victime mineure et l’auteur des faits et de l’autorité de droit ou de fait que celui-ci exerce sur cette victime.»…alors que jusqu’ici, on parlait d’attouchements, d’agressions ou d’abus sexuels quelque soit le contexte.
Le terme est important car il dit bien qu’il existe une constellation familiale qui est le contexte et lieu de l’agression sexuelle par un adulte de la famille et qui entraîne de fait pour le mineur, des conséquences aggravées et particulières…donc il ne s’agit plus de parler de pédophilie dans un cadre familial, terme qui est à réserver aux agressions sexuelles qui ont lieu hors cadre familial…à moins que l’agresseur soit un prêtre qui agisse au sein de sa propre famille (ex :sur un neveu), ce qui ajoute à l’aggravation, et s’est déjà produit…
Eve.
Oui, moi aussi je reste sur ma faim. Je saluais le début de prise de conscience et, m’étant trop habitué au langage ecclésiastique, à sa logique interne, je n’ai pas insisté sur les nombreuses maladresses, frilosités, propos hors sujet. Le ton d’ensemble ne me parle pas et j’imagine qu’il parle encore moins aux victimes et aux personnes hors l’Église.Je redis aussi que la mise en cause de la réception de Vatican II est inepte.Enfin, je souhaite aussi que des sanctions et des actions concrètes soient décidées rapidement et que le Vatican change sa gouvernance de la question.
D’un point de vue strictement informatif, le papier de Stéphanie Le Bars (Le Monde d’aujourd’hui) me semble correct [http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/03/22/la-lettre-de-benoit-xvi-reponse-inedite-de-l-eglise-au-scandale-de-la-pedophilie_1322464_3214.html#xtor=RSS-3210]
Concernant les tribunaux mentionnés dans la lettre, j’avais compris qu’il s’agissait des tribunaux civils mais cela pourrait effectivement être plus clair.
D’accord avec Christine pour le terme de prédateur.
Et je crois qu’il n’y a pas de concurrence entre les termes « pédophilie » et « inceste ».
« Pédophilie » n’est pas un terme juridique (n’apparait pas dans le code) ; il désigne une préférence sexuelle, il décrit le psychisme.
« Inceste » qualifie un-e atteinte sexuelle / agression sexuelle / viol commis-e dans le cadre familial. C’est la description d’un acte et sa qualification juridique.
Mais je conçois tout à fait qu’on utilise exclusivement le mot d’inceste dans le cadre familial, surtout pour reconnaître les conséquences aggravées pour les victimes.
On entend partout dans l’Eglise (pour affirmer qu’il n’y aurait pas de lien entre pédophilie et célibat) l’argumentation suivante: » la grande majorité des abus sexuels sur des enfants sont perpétrés dans la famille, par des hommes mariés… Si ce crime n’était pas aussi dramatique, cela me ferait bien rire… On peut bien s’en douter, puisque même en Irlande où le clergé est abondant, il y a quand même, proportionnellement parlant, bien davantage d’hommes simples laics que de prêtres et religieux réunis!!;-)
Ceci dit; j’en ai assez de voir que des personnes à qui on fait toute confiance (au nom de Dieu) commettent des crimes vis à vis d’enfants dont beaucoup porteront cette croix toute leur vie. J’en ai assez aussi qu’au lieu de retirer de leur fonction ces prédateurs, on se contente de les changer de poste où ils recommencent ailleurs à esquinter nos enfants..
Il est grand temps de ne plus se voiler la face, de ne plus banaliser ces gestes criminels et de prendre des mesures appropriées.
Je me souviens que notre évêque, lors du procès de Mgr Pican, nous avait raconté que les évêques avaient fait appel à des experts, lors d’une assemblée à Lourdes. Ils avaient pris conscience de leur ignorance totale de la gravité des faits de pédophilie : « nous ne pensions pas que cela pouvait faire tant de dégats chez les victimes ».
Je lui avais demandé comment l’Eglise pouvait se targuer d’être « experte en humanité » avec des pasteurs aussi « crasses » sur le sujet. J’attends toujours la réponse.
Aujourd’hui j’attends encore une vraie démarche de relecture, qui permette de comprendre ce qui, dans le fonctionnement de notre Eglise, a pu permettre de telles monstruosités. En cette année sacerdotale qui s’attache plus à nous vendre le côté « sacré » des prêtres (le prêtre a donné sa vie, alors il est non critiquable – comme si le célibat était une condition nécessaire et suffisante pour dire qu’on a donné sa vie !), je crains que nous n’avancions pas beaucoup.
Pour moi ne se pose pas tant la question du célibat que ce qu’il en a été fait : c’est à dire la sacralisation, le pouvoir, l’autoritarisme qui en découle et l’influence que cela donne sur les consciences et les comportements.
Comment refuser quelque chose à quelqu’un qui se fait appeler père ? Un père ne peut demander des choses mauvaises en théorie à part si la relation est dévoyée dominant/dominé et n’est plus au service de l’autre pour sa croissance.
Qu’il m’est difficile d’appeler un prêtre « père » car cela me renvoie à Matthieu 23.9 « N’appelez personne sur la terre votre Père : car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. »
Nous sommes tous soeurs et frères en Christ et si chacun le reconnaissaient pleinement et concrètement, l’Eglise changerait déjà car nos relations seraient plus justes.
Complètement d’accord avec Geneviève.
J’aimerais connaître les explication historiques et théologiques de cet usage du mot « Père » pour s’adresser à un prêtre. Cet usage m’a toujours choqué moi aussi.
Le scandale qui salit l’Eglise cette année est trop grave pour qu’elle maintienne son cap comme si de rien n’était. Elle doit montrer au monde qu’elle sait réagir et se réformer en profondeur.
J’appuie ce que disent Geneviève et Philippe : à moi non plus ça ne va pas d’appeler un prêtre « Mon Père »… Sauf s’il est très âgé et si je n’ai pas à travailler habituellement avec lui. Je me plie à l’usage par convention, par courtoisie, par paresse…
« Mon Père » « Monsieur l’Abbé » : ces titres induisent une relation dont le modèle est la relation des moines avec un père-abbé.
Sauf que les moines ont voix au chapitre (c’est le cas de le dire) et élisent celui auquel ils ont fait voeux d’obéir !
Les prêtres diocésains sont des prêtres séculiers, vivant dans le « siècle », comme nous et avec nous.
Charles de Foucaud, nomme l’abbé Huvelin « Monsieur l’abbé » mais toujours se dit être « son fils » : »Que n’avez-vous pas été pour moi et dans ces premiers temps de ma conversion et pendant les années qui ont suivi et toujours? Si je dois me rappeler que j’ai un Père dans le ciel je sais aussi que j’ai un père sur la terre »(lettre à l’abbé Huvelin du 16-09-1891).
Le prêtre est dit père parce qu’il engendre à la vie divine par le baptême et les sacrements, si j’ai bien compris.
Il y a, à n’en pas douter, une grande beauté spirituelle à dire à tel ou telle « vous êtes mon père, ma mère, dans la foi ». Mais est-ce que ça ne devrait pas appartenir à l’intime de nos relations. Dire « mon Père » à tout bout de champ, en si grande contradiction avec un commandement si ferme de Jésus (que personne n’a jamais appelé « Père », me semble-t-il). c’est un peu étrange.
Le baptême fonde une fraternité, entre nous et avec le Christ. Je ne crois pas que les prêtres soient « en figure du Père »… Cela dit, ça vaut mieux que les excellences et éminences dont on abreuve les évêques et les cardinaux. Quant à appeler le pape Très saint Père, ou Votre Sainteté… sans commentaire, on fait pareil avec le Dalaï Lama, c’est tout dire!
Pour la relation Charles de Foucauld -Huvelin, voir leur correspondance qui va être rééditée d’ici quelques jours avec une nouvelle introduction (Correspondance capitale pour comprendre l’itinéraire spirituel de Foucauld):
http://pagespro-orange.fr/nouvelle.cite/f-foucault-huvelin.html.
Foucauld, orphelin de père et de mère l’année de ses six ans, a trouvé à 28 ans, (1886, conversion), en l’abbé Huvelin un « père » et en sa cousine Marie de Bondy une « mère » (et ils se connaissaient bien). Il les cite d’ailleurs souvent ensemble dans sa correspondance.
Je ne pense pas qu’on puisse se baser sur cette relation-là pour faire objection à un changement d’usage : les temps ont changé, l’Esprit a fait naître des relations nouvelles entre prêtres et laïcs (dont Foucauld regrettait qu’ils « s’ignorent » au point que « que l’un ne peut apporter à l’autre »).
En ce qui me concerne,le prêtre qui m’a été donné pour avancer dans la foi n’est pas mon « directeur », ni mon « père », mais mon frère aîné, devenu mon ami…
Il y a quelque chose qui me gêne, dans la manière dont ces affaires anciennes sont évoquées et commentées, par les médias bien sûr, mais aussi par les chrétiens d’aujourd’hui. Il y a trente ou quarante ans la douleur et la destruction des enfants étaient aussi dramatiques et intolérables qu’elle le seraient aujourd’hui, mais il y a trente ans ou quarante ans la société n’était pas la même qu’aujourd’hui.
L’Eglise n’est pas la seule à avoir fait silence sur ces drames, l’Ecole aussi, les familles aussi. C’était probablement une mauvaise appréciation de la gravité des faits – comme cela l’a été longtemps pour le viol, qui n’était pas un crime, mais un délit – et aussi sans doute pour protéger les victimes de la honte d’être exposés au regard de tous, et de la douleur du souvenir. L’idée d’aujourd’hui, qu’il faut dire les choses et rencontrer le regard de son bourreau pour pouvoir reconstruire sa vie, est une idée qui a mis du temps à faire son chemin. Les commentaires ne tiennent pas compte de cela dans les intentions de la hiérarchie, qui a cru sans doute faire pour le mieux en admonestant et pardonnant aux coupables. Je ne dis pas qu’elle a eu raison – je pense même le contraire – mais si le confessionnal n’est pas un divan de psychanalyste, il lui ressemble, et certains ont pu espérer que la faute serait sans lendemain.
L’autre chose qu’on ne dit pas assez c’est la brutalité traumatisante de l’enseignement religieux sur la sexualité. Pendant longtemps le XIXe siècle puritain a perduré dans les catéchismes et sans doute les séminaires. Je ne sais pas si ces criminels sont des « prédateurs » , mais s’ils le sont comment le sont-ils devenus ? La peur du sexe et de la femme , aggravés par l’ignorance du sexe et de la femme, et sans cesse associés au péché, ça fait disjoncter certains esprits, surtout quand par ailleurs on parle d’amour et on est censé éprouver de l’amour pour tous et tout le temps !
Dans les années 70, deux journalistes avaient fréquenté avec un magnétoscope les confessionnaux de toute l’Italie, en évoquant des problèmes sexuels, et en avaient fait un livre qui leur avait valu d’être excommuniés, ainsi que tous ceux qui le liraient. Le résultat – c’est à dire les réactions des prêtres, mélange de fascination et de répulsion – était hallucinant ! Aujourd’hui allez lire les messages adressés aux Dominicains lillois, qui organisent un Carême en-ligne : le sentiment de culpabilité sexuelle est toujours là, archaïque, débilitant et tordu, comme au temps où les filles-mères écoutaient la messe à genoux sous le clocher, à l’écart de la communauté. C’est peut-être par là qu’il faut commencer, non ?
@ Michèle.Je trouve très interessant ce que tu dis et je suis en général d’accord avec ton approche. C’est pourquoi j’en veux presque moins aux prêtres à qui on a en effet imposé un célibat qu’il n’ont pu choisir, tandis qu’on les éloignait de la sexualité féminine en la discréditant tout en glorifiant la virginité de Marie, je leur en veux moins dis-je qu’à ceux qui n’ont pas pensé aux enfants que ces prêtres abimaient. Ce mépris des petits est vraiment antiévangélique: » ce que vous faites aux petits, c’est à moi que vous le faites ». Pour protéger la réputation d’une institution ils ont massacré des petis qui souvent deviennent des pédophiles à leur tour devant de si beaux exemples. Ce n’est pas tant le manque de transparence qui me gêne que le fait que des êtres sans défenses passent après l’institution, après les prêtres dont il faut protégé la réputation. Quelle caricature de Dieu fabriquent ceux qui entendent le représenter à la suite de Jésus-Christ … Cette Eglise pyramidale qui ne protège pas les plus faibles de ceux dont Elle a la charge me désespère…On souhaiterait une demande de pardon…
J’ose croire que les problèmes de sexualité de nos prêtres, religieux et religieuse sont derrière nous. Selon les statistiques du mensuel « croire aujourd’hui » de Mars que votre collègue (Xavier) m’a conseillé d’acheter il semble que sur 126 séminaristes qui étaient en première année en 2008, 40 % ont un diplôme de grande école un DEA ou un DESS, 40 % sont de formation scientifique et 27 % de formation juridique ou économique autrement dit avant de s’engager dans l’Église la plus part ont connu une vie active et affective épanouie parfois même jusqu’à l’excès. Et d’ailleurs selon les mêmes statiques leur vocation est assez tardive : 27 ans en moyenne, 49 % ont travaillé (la moitie dans la catégorie « cadre et professions supérieures, 3 % comme ouvriers). De plus selon le directeur du séminaire des Carmes à Paris il semble que la génération actuelle des séminaristes ne conteste pas le célibat contrairement à sa génération qui en discute beaucoup.
Par ailleurs, je ne suis pas totalement d’accord avec Michèle R et Maïten, je crois que grâce à Jean Paul II et à mai 1968 indirectement, la question de la sexualité n’est plus un tabou dans l’Église et dans le monde quelque soit l’endroit. Je participe régulièrement un peu partout dans l’Église à des conférences, la sexualité des couples et des jeunes fait partie des sujets privilégiés par des conférenciers. Par contre on ne peut dire que les positions de l’Église soient devenues moins rigides qu’avant mais il est vrai aussi que la dévotion des catholiques pour Marie qu’on dit toujours Vierge (physiquement et spirituellement selon le dogme) et de nombreuses figures de sainte qui ont vécu leur vie chrétienne dans le célibat donnera toujours l’image d’une l’Église qui préfère le célibat à la sexualité… et pourtant il semble que le mariage dans l’Eglise est un lien indissoluble.
Bonne monté vers pâques à tous
@cécile,
La sexualité, n’est jamais un problème « réglé », pour personne. Et heureusement, ça prouve que nous sommes vivants, en relation et « désirants ». Il est sans doute vrai que l’accueil dans les séminaires de jeunes hommes plus âgés et plus formés change la donne par rapport aux garçons issus autrefois des petits séminaires. Ça change la donne, mais ça ne veut pas dire que ça la simplifie. Dernière chose, ne pas « contester le célibat » ne veut pas forcément dire qu’on est bien à l’aise dans sa sexualité. Moi, je ne pécherais pas trop par excès d’angélisme.
Christine, si la question du célibat n’a rien à voir avec les crimes de pédophilie, comme vous le dites fort justement, pourquoi l’évoquez-vous et la relancez-vous à la fin de votre article ?
@Michel de Guibert
Je réitère mon propos, la question du célibat n’a RIEN à voir avec les crimes de pédophilie. Mais c’est une vraie question, en soit, urgente, parce que le tissu ecclésial est en train de mourir. Le plus terrible, ce serait (et des gens me l’ont dit comme ça), qu’on étouffe la réflexion sur l’obligation du célibat PARCE QUE ça n’a rien à voir avec la pédophilie et qu’en parler entretiendrait la confusion.
Je trouve terrible l’espèce de résignation des catholiques. On ferme des églises, des paroisses, et personne ne se révolte. Je rêve que nous ferons des « émeutes de la faim » parce que l’eucharistie n’est plus célébrée et que nous mourons de privation tandis que nos prêtres meurent d’épuisement.
Chère Christine ;
Selon le journaliste Olivier Legendre et son cardinal il semble que la suppression du célibat obligatoire ne changerait rien à l’état actuel des vocations en occident .De plus les évêques de rite oriental ne cessent de mettre en garde Rome contre la difficulté financière que présente un clergé chargé de famille .Pour le cardinal d’Olivier Legendre : »il n’y aurait pas foule de candidat mariés pour devenir prêtre s’ils devaient être prêtre comme sont les prêtre célibataire d’aujourd’hui …il n’y aura des prêtres mariés que quand on aura accepté l’idée qu’on peut être prêtre autrement qu’on l’est depuis des siècles »
Or selon les statistiques de Rome le nombre de vocation est en hausse dans le monde .Par conséquent je me pose une question jadis on envoyait les missionnaires à l’étranger pourquoi ne pas faire le même procède pour les pays occidental. Est-ce que ce n’est pas un vieux réflexe occidental de penser que l’Eglise catholique appartiendrait à l’occident et que par conséquent lorsqu’elle ne marche pas en occident c’est qu’elle aurait besoin de changer ?
@Luis
Je souscris à 100% à la phrase que vous citez et à l’analyse du cardinal d’Olivier Legendre.
« il n’y aurait pas foule de candidat mariés pour devenir prêtres s’ils devaient être prêtres comme sont les prêtres célibataires d’aujourd’hui …il n’y aura des prêtres mariés que quand on aura accepté l’idée qu’on peut être prêtre autrement qu’on l’est depuis des siècles »
C’est bien là que ce situe la question.
Cela dit, si vous le voulez bien, nous reprendrons ce débat dans quelques jours, Je me propose de mettre en ligne un article sur cette question. Nous nous y retrouverons.
Christine pour la CCBF
@ Christine
J’attends impatiemment votre article pour savoir ce que vous entendez par » être prêtre autrement « ; Malheureusement le cardinal d’Olivier Legendre ne l’explique pas .
Bonne fête de pâques
Je vous remercie pour tous ces apports et réflexions. Condamnons sans ambiguité la pédophilie, qui est un grave un crime. N’oublions cependant pas que nous ne devons pas lier pédophilie et célibat: si c’était le cas, tous ces juges, hauts fonctionnaires, profs et institituteurs, parents, Beaux-parents, frères ou beaux-frères, hommes et femmes respectables socialement… qui sont responsables du même crime sont pourtant mariés… et ont parfois d’autres partenaires en dehors du mariage. Le mariage, banalisée dans la société ne guérie pas de l’immaturité affective, et on le voit chaque jour dans le zapping des partenaires…. Ce qu’il convient de dire, c’est que les pédophiles, mariés ou célibataires, prêtres si vous voulez, sont malades… et que ces malades là, vous pouvez les trouvez dans toutes les coorporations… Que la justice les punisse, selon ce que la Loi exige…, qu’elle les fasse aussi soigner. J’en ai marre de toutes ces réductions, simplifications, cette bêtise qui associe célibat et pédophilie. N’oublions pas que 95% des cas de pédophilies se passent dans les familles, et seulement 5% dans les structures éducatives, parmi lesuquelles se trouve l’Eglise Catholique et autre conféssions religieuses. Il suffit de très peu d’intelligence pour se rendre compte que ce lien est stupide et impertinent. Prions pour les victimes et espérons qu’ils vont se reconstruire… mais exigeons que les pédophiles, qui sont des malades-responsables moralement de leurs crimes soient soignés! Joseph
@Joseph. Votre intervention me questionne: pourquoi une telle insistance à vouloir séparer la question célibat et pédophilie? Moi je crois qu’un lien peut exister, qui n’est pas systématique bien sûr.Je m’explique: je pense que Dieu a voulu les humains heureux et épanouis et que le mariage et le fait d’être parents peut les aider à mûrir et à s’épanouir psychologiquement, spirituellement et sexuellement.
Je pense aussi que certains hommes qui ont choisi le célibat peuvent s’épanouir dans ce mode de vie mais que c’est plus difficile et demande plus de détachement. Le problème c’est que dans l’Eglise catholique le célibat est imposé. Je connais assez de prêtres pour savoir que la majorité d’entre eux ont choisi d’être prêtre et comme le célibat faisait parti du lot, ils ont accepté le célibat, ce qui n’est pas du tout la même chose que de le choisir. Le résultat est que si certains arrivent à transcender cet état de vie, bien d’autres ne sont pas à l’aise et compensent: ce peut être par un autoritarisme important , par l’alcoolisme, en prenant femme de façon secrète, dans une suractivité ou dans la pédophilie…On parle beaucoup de maladie, je me demande si ce n’est pas pour certains une façon « charitable » de ne pas vouloir les juger les pédophiles et si en fait il ne s’agit pas d’ un manque de maturité et d’une absence d’esprit de responsabilité que le fait d’être parents aide à acquérir. Il me semble que la pédophilie est le signe qu’on n’a pas découvert ce que peut être l’amour puisqu’on détruit la vie d’un petit sans défense et qui vous fait confiance pour satisfaire son ego et ses pulsions. Ce qui est vraiment contraire à l’ amour.
Quand à l’usage des statistiques, je crois qu’il faut être très prudent et se garder de trop simplifier..
Je n’ai pas étudié celles qui concernent la pédophilie, mais tout de suite je peux faire remarquer qu’elles ne sont pas crédibles puis que d’une part les cas de pédophilie ne sont pas tous déclarés et d’autre part je ne pense pas que le nombre de familles correspond justement à 95% de la population par rapport au nombre d’éducateurs.
J’avoue pour ma part être tout à fait surprise de découvrir le nombre de pédophile parmi les prêtres et les religieux alors que je croyais qu’il s’agissait d’un phénomène rarissime.
@ Maïten
Vous pensez… mais toutes les statistiques judiciaires démontrent le contraire, à savoir que le plus grand nombre des cas de pédophilie se retrouve chez des gens mariés, et le plus souvent à l’intérieur du cadre familial (et plus encore qu’ailleurs, ces derniers étaient cachés).
Les faits sont têtus, ne vous en déplaise.
Je vous fait observer aussi qu’il y a des cas de pédophilie aussi chez des religieux qui, eux, à la différences des prêtres séculiers, font vœu de chasteté et choisissent le célibat.
@michele R
a écit :
« comme cela l’a été longtemps pour le viol, qui n’était pas un crime, mais un délit »
C’est une idée fausse.
Le viol a toujours été considéré comme un crime. Dans l’ancien droit il était puni de mort assortie des peines accessoires (question ordinaire et extraordinaire etc…) quelle que soit la catégorie sociale de l’auteur : c’est ainsi que, bien avant la Révolution, des aristocrates ont fini sur l’échafaud. J’ajoute que le rapt était assimilé au viol.
Le code pénal napoléonien a fait du viol un crime.
Il est vrai que dans le passé pour qu’il y ait viol il fallait prouver la pénétration (je m’excuse de ce langage un peu cru), mais depuis quelques années la jurisprudence de la cour de cassation n’est plus aussi intransigeante sur ce point et admet plus facilement la qualification de viol.
Il est vrai que beaucoup de juges d’instruction préféraient « correctionnaliser » les faits pour éviter le renvoi en cour d’assises et les aléas d’un jury populaire (et uniquement masculin avant 1945) volontiers porté à l’indulgence pour ce genre d’infraction (surtout s’il s’agissait d’une pauvre fille de ferme « abusée » par son patron). En milieu rural un viol ou un inceste était perçu comme infiniment moins grave qu’un incendie volontaire.
@eve qui dit :
« d’inceste », enfin inscrit depuis quelques semaines dans le code pénal, grâce aux persévérants combats d’associations depuis de nombreuses »
C’est unpeu simpliste. L’inceste a toujours été un ecirconsance d’une infraction (attentat à la puder ou viol) et était donc puni.
L’ajout récent dans le code pénal résulte d’une proposition de loi démagogique d’une députée UMP (UMP et démagogie c’est un pléonasme) qui ne fait que compliquer les choses. Pour de plus amples démonstrations je vous renvoie au blog DALLOZ
http://blog.dalloz.fr/blogdalloz/2010/02/fallaitil-faire-entrer-linceste-dans-le-code-pénal-.html
Il me semble que l’erreur est de vouloir dicter « de l’extérieur » ce qu’est le chemin de la sainteté (c’est à dire le chemin du devenir humain) pour quelqu’un. Chacun doit reconnaître dans sa vie les médiations par lesquelles Dieu l’appelle à accueillir son amour et à aimer à son tour. Il n’est pas plus sain ou saint d’être célibataire ou marié. Il faut sortir de l’idéologie pour reconnaître la vérité qui se révèle dans la vie de quelqu’un et qui n’est pas connue d’avance.
Nos communautés chrétiennes « crèvent » de ce que notre gouvernement ecclésial ne peut/veut pas renoncer à l’idéologie pour accueillir la vie là où elle se donne. Parfois je me demande si, de même que le pouvoir religieux a préféré tuer Jésus plutôt que d’accueillir le don de vie qu’il apportait, de même aujourd’hui le pouvoir ecclésial préférera que les communautés meurent plutôt que de reconnaître la vie qui se donne par des chemins qui la surprennent. La mort et la résurrection de Jésus nous apprennent que le Père a le pouvoir de redonner la vie là où la volonté de pouvoir humaine l’a détruite. La vie renaîtra de nos cendres, comme nous le chantons. Mais il faut une sacrée dose d’espérance pour le croire. Le mystère pascal, c’est bien aujourd’hui qu’il se vit.
Au vrai, jusqu’à un passé très récent (fin des années soixante-dix et les plaidoiries de Gisèle Halimi), il fallait non seulement qu’il y ait pénétration par le SEXE du violeur (tout le reste était des attentats à la pudeur!), mai il fallait aussi que la victime prouve qu’elle n’avait pas consenti, du tout, jamais, à aucun moment. En pratique, il fallait s’être défendu-e au point d’être presque morte pour avoir gain de cause.
En effet, statistiquement, la pédophilie, c’est massivement de l’inceste familial. Mais les pédophiles hors du cadre familial, éducateurs ou autres ont des « tableaux de chasse » assez monstrueux. Les études américaines estiment à une moyenne de 200 victimes une « carrière » de pédophile, s’il n’est pas arrêté…
Je ne sais pas comment on peut avoir une approche statistique sur la pédophilie dans la sphère familiale, alors que par définition cela reste caché dans le milieu familial. C’est du même tonneau que les spécialistes qui tentent de chiffrer la fraude fiscale, alors qu’il s’agit d’un domaine qui se caractérise par le secret et demeure donc bien évidemment insondable même pour les plus fins limiers de Bercy.
En ce qui concerne le viol il s’agit d’un problème difficile. Il restera toujours à l’accusation de démontrer qu’il y a eu viol (actor incubit probatio). Il faut faire très attention à ne pas prendre pour argent comptant les allégations de la victime car on risque des erreurs judiciaires. N’oublions pas qu’un homme vient de passer 15 ans en prison pour un viol qu’il n’avait pas commis ; la « victime » s’étant rétractée. Je ne jurerais pas qu’il n’y a pas d’autres personnes détenues alors qu’elles sont innocentes et victimes d’un règlement de compte familial. Il n’y a pas qu’en matière d’espionnage qu’il y a des affaires Dreyfus. 15 ans pour un crime que l’on n’a pas commis, je trouve que c’est cher payé. Malheureusement, le pauvre diable n’a pas bénéficié de l’apport médiatique des accusés de l’affaire dite d’Outreau.
Sur la pédophilie également il faut être prudent. On voit de plus en plus cet argument avancé dans des procédures de divorce ou de gardes d’enfants.
Sur l’histoire et le régime juridique du viol je renvoie vos lecteurs au Jurisclasseur pénal ou à l’encyclopédie DALLOZ (publicité gratuite).
Il n’y a pas que les statistiques, il y a aussi les confidences.
Jeudi dernier, justement, j’ai reçu la confidence d’une grand-mère (je le suis aussi). Elle avait orienté la conversation sur les affaires de pédophilie concernant des prêtres et des instituteurs ; et, pour sortir des banalités ressassées, je lui faisais remarquer que les personnalités immatures ou potentiellement perverses sont probablement plus nombreuses qu’on ne le pense, et pas si facile que ça à repérer – pour, au moins, les écarter de ces « métiers ». C’est alors qu’elle s’est autorisée à dire ce qu’elle n’avait jamais dit à personne. L’aîné de ses petits-enfants, un tout jeune garçon, a dit à sa mère (qui l’a donc dit à sa propre mère) : « Maman, je ne veux plus prendre mon bain avec Papa » et de lui dire crûment les gestes qu’il ne voulait plus subir. La mère s’explique avec le père ; réponse : « c’est pour s’amuser » ; la mère a réglé le problème en se chargeant du bain. Mais, depuis, le couple s’est séparé ; garde alternée des enfants…
Que faire à ce niveau-là où nous savons qu’un enfant court un danger ?
La chose possible et première est de renforcer l’entourage sain par une écoute amicale, de visage à visage, d’égal à égal. Les professionnels ont leur rôle, les bénévoles d’associations aussi ; mais jamais ils ne suffiront et, de toute manière, ils ne remplacent pas cette écoute première, gratuite, fraternelle.
Cette écoute est un devoir que la fraternité commande. Chacun de nous en est capable ou peut le devenir, s’il le veut bien et s’en donne les moyens. La CCBF parle de « ministère de l’écoute » : pour moi, il commence là. N’y a-t-il pas quelque chose à inventer ? Je suis prête à m’y investir personnellement
A propos de « l’Appel à la vérité » signé par de nombreux catholiques.
Cet appel dénonce « l’emballement et la surenchère médiatiques » concernant les crimes pédophiles dans l’Église, la « partialité » des média, leur « méconnaissance » ou leur « délectation ».
Le site Arrêt sur Image tente de discerner ce qu’il en est vraiment de l’attitude des média et relativise largement l’accusation (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2891)
Pour ma part, même si je m’attriste du manque de nuances et de précisions de nombreux articles, je l’attribue d’abord aux déficiences de notre institution dans le traitement de l’affaire et dans sa communication partielle et décalée. Et je trouve sain de juger plus sévèrement le clergé que l’Éducation nationale : après tout les chrétiens sont censés témoigner de Jésus sauveur.
Concernant les présomptions sur l’attitude de Benoit XVI, même si elles ne me convainquent pas, même si le pape a impulsé depuis plusieurs années un louable changement de cap, on peut difficilement les empêcher face à une organisation aussi centralisée et opaque, et on ne peut certainement pas les empêcher en creusant une tranchée.
Le gouvernement central de l’Église peut légitimement être interrogé : il apparait ainsi qu’en 2001 le cardinal Castrillon Hoyos, Préfet de la Congrégation pour le Clergé aurait écrit une lettre pour le moins ambigüe (j’attends des précisions sur le contexte historique) sur la coopération des évêques avec les autorités civiles. (http://www.golias-editions.fr/spip.php?article3829)
Faut-il signer « l’Appel à la vérité » ? Je m’interroge sur ce besoin de faire nombre, de créer un camp. Les erreurs de discernement et les crimes commis par les pasteurs de mon Église ne troublent en rien ma foi dans le Christ et dans l’Église sacrement du salut. Elles ne remettent pas en cause le nécessaire ministère d’unité assuré par l’évêque de Rome. Elles montrent seulement que l’Église est constamment à réformer et que les chrétiens ont toujours besoin de se convertir, sans qu’il soit besoin d’accuser l’influence de la « sécularisation » et de l’ »incroyance ».
Je ne ressens pas le besoin de signer cet « Appel à la vérité », de faire nombre avec le camp des catholiques. Défendre l’Église est vain si l’on ne témoigne pas d’abord du Christ. Le seul appel qui vaille est celui pour notre conversion et la réforme de notre organisation.
Ce qu’il y a à faire est surtout à apprendre aux enfants à dire non.Leur expliquer qu’un adulte n’est pas tout puissant, et que leur corps leur appartient.Cette éducation est faite au Québec depuis 30 ans, dans les écoles et dans les familles, à l’aide de petits livres très bien faits.
Le film »Mon corps , c’est mon corps », diffusé en 1973 au Canada, est arrivé en France en 2000, et il n’a pas été bien accueilli par le personnel de l’Education Nationale, à quelques exceptions près, bien sûr.
Parler de ces questions est considéré en France comme « gênant », alors que l’espace public est rempli d’images sexuelles.Cet ensemble détonnant fait qu’un enfant a bien du mal à comprendre le respect de l’intégrité du corps.Cette mission éducative a finalement été confiée aux travailleurs sociaux, qui ont eu un mal fou à la faire admettre dans les établissements scolaires.Et ces séances semblent encore trop rares.
Michelle
A propos de « pauvre fille de ferme abusée par leur patron » je me souviens du très beau film « Tess » avec Nastasia Kinsky, tiré du roman de Thomas Hardy.
J’ai lu, quant à moi, que le viol n’est devenu un crime que très récemment contrairement à ce qu’écrit Ashley mais j’imagine que les juristes sont au fait de ce qu’ils disent !
J’ai oublié de dire que je ne comprends pas la réponse de Michel de Guibert à Maïten.
1) je trouve que ce que dit Maïten est juste
2)De quoi parlez vous Michel quand vous parlez de « statistiques » ? les connaît-on exactement (voir ce que dit Ashley) et puis, il y a bien plus d’hommes mariés et pères que d’hommes prêtres et célibataires !
Je pense qu’il faut analyser de plus près tout cela.
Merci pour le débat, c’est très important à mon sens que la parole se libère ENFIN!
Je suis désolée d’avoir laissé tant de commentaires en attente, mais un petit dysfonctionnement du site avait arrêté momentanément le système qui me les notifie. C’est désormais réparé et je suis de nouveau fidèle au poste… et rassurée, je vous trouvais très silencieux, tout à coup!
Bien fraternellement à toutes et tous
Christine, la modératrice.