Vrai et faux débat : à propos de « Prêtres mariés » sur France Inter

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Dimanche 15 novembre, de 9 h et 10 h, France Inter, magazine Interception.
Dans La Croix du même jour, Bruno Bouvet annonçait l’émission et la couvrait de ses reproches. Insistants, presque féroces. Pourquoi?
Plus que la qualité du magazine en lui-même, c’est la question du débat – refusé, jalousé, traité sans être traité, fustigé et délaissé – qui pointe ici son nez. Revenons un peu en arrière. Au programme : prêtres et mariés. Mariés ou conjugalement liés, prêtres catholiques ou même évêques. On y a entendu Dominique Venturini, de l’association « Plein Jour » et membre du Comité de la jupe, ainsi que le père Robert Scholtus, recteur du séminaire des Carmes à Paris. Et de nombreux témoignages sur les dégâts causés par l’abandon du célibat ecclésiastique : culpabilité extrême du prêtre, de sa compagne, précarité des relations parents-enfants, familles refusant de revoir leur fils ou leur fille, générations traumatisées par la somme des non dits. La variété des situations aussi, apparaissait très clairement, de la relation clandestine au mariage, après la « réduction » à l’état laïc (eh oui, la splendide formule existe toujours!).
« Tout cela, on le sait bien », dit Bruno Bouvet. N’empêche… Les témoignages entendus montrent bien que le célibat, lorsqu’il n’est pas « viable », est désastreux. Et, ajoute-t-il en le regrettant, ces témoignages ne misent que sur l’émotion. Mais est-ce ici affaire de raison? Etonnante sa promptitude à dénoncer à la fois le « déjà su » et l’émotif. Manière de ne pas vouloir voir? Etonnante aussi la vigueur de sa charge contre les chiffres de Christian Terras, pourtant avancés comme des estimations. Tout, pour lui, est à récuser : la matière n’est pas intéressante, le traitement n’est pas adapté, et enfin les témoins sont peu fiables. Allons-nous savoir ce qu’il aurait fallu faire? Et bien non. Ce qui vient, ô surprise, c’est une dernière récusation : le débat, le « vrai », manque à l’appel.
Nous y voilà : « le débat ». Mais, outre que le lecteur a bien entendu dire par certains que la « connaissance de la vie » par l’expérience conjugale aidait à l’annonce de l’Evangile, et par Robert Scholtus, au contraire, que le célibat rendait possible cette dernière, il a alors envie de suggérer à Bruno Bouvet que La Croix lui offre enfin ce fameux débat! Or, vérification faite dans les archives du journal, à part des relations factuelles assez brèves et un dossier de 1997 sur la vie affective des religieux et des prêtres, silence radio sur le sujet. Qu’est-ce donc que cette façon de ne pas faire et de reprocher aux autres de mal faire?
Point n’est alors besoin de longs discours pour vérifier que, devant les verrous infligés par les autorités ecclésiastiques (ou, hélas, par les lecteurs eux-mêmes) à des sujets brûlants, il est de real politique de courber l’échine et de se taire. Quitte à dévoiler l’irrépressible ressentiment qui gronde lorsqu’on voit les autres faire ce que l’on s’interdit de faire. C’est cette lave qui est tombée sur les malheureux journalistes, sur le malheureux Christian Terras, mis au tapis pour ses chiffres.
Voilà qui démontre à qui veut l’entendre que la conférence catholique des baptisés de France, cette maison de parole que nous espérons offrir à tous est d’une urgente nécessité. Elle l’est même pour les journalistes de La Croix, victimes eux aussi des entorses à la liberté de débattre. Les catholiques ne feraient-ils donc pas mieux de se doter de lieux internes de débat plutôt que de s’en remettre à une presse non confessionnelle qu’ils s’empressent de discréditer? Plutôt que de s’en prendre au « faux débat » des autres, mieux vaudrait apprendre, modestement, fraternellement, les règles du vrai débat entre nous.
Anne Soupa
A la suite de cet article de « La Croix », j’avoue m’être posé les mêmes questions…
N’étant pas littéraire, je peine à m’exprimer et suis reconnaissante à Anne Soupa de savoir si bien poser des mots sur la réflexion des personnes certainement nombreuses qui me ressemblent.
Tous mes encouragements à Anne et Christine et ceux qui les accompagnent… et merci encore pour les mots….
Bravo Anne ! c’est fort bien dit et combien je me réjouis en effet de pouvoir discuter librement sur ce site et celui du Comité de la jupe de toutes ces questions.
Cela me réjouit le coeur et me donne une espérance concrète.
Très bon article mais une chose me gêne : Anne, vous ne savez pas le sens du terme « réduction » à l’état laïc ?!…
: ça vient du mot reductio, reductionis, féminin, qui veut dire en latin retour en arrière, rétablissement. Il est mal traduit, ou alors le mot français a perdu sa signification totale, mais reductio veut dire rétablissement dans l’état (laïc) antérieur, et non pas une réduction amoindrissante comme si l’état laïc était un état moindre, réduit…
@Sandrine,
Ce que vous dites est exemplaire de nombre de mots, d’expressions dont le sens originel est perdu. À quoi sert de persister à l’utiliser alors qu’en langage commun, il est péjoratif! Nous jouons à une sorte de jeu de cache cache pour initiés entre le vrai sens et les faux-sens, voire les contre-sens. Comment pouvons-nous espérer être compris?
Vous avez tout à fait raison. Alors il nous faudrait aussi établir une recension de tous ces mots avec leurs divers sens, pour clarifier le débat, proposer peut-être d’autres mots, et en tout cas mieux nous entendre et mieux être entendus…
Je viens d’ écouter cette émission, il s’ agit d’un sujet délicat, et de grandes souffrances a écouter et a respecter,dans la compassion.J’ ai noté cette phrase trés juste, dite par un des pretres: »C’ est en allant au bout de l’Amour humain, que l’ on trouve l’ Amour de dieu. »Et une autre parlant de la position des pretres vivant dans la chasteté, l’ abstinence, le célibat: »C’est se placer au dessus de l’ humanité, pas au coeur, sur un plan désincarné! » Je rajoute que je ne vois pas en quoi cela est glorieux,et valorisant de ne pas vouloir, ou pouvoir aimer, et anormal de vouloir le vivre…cela engendre d’ une façon ou d’ une autre, pour certains,des souffrances, des déséquilibres, des frustrations,et autres conséquences bien plus graves que celles d’ un amour assumé et fécond !Aimer un etre humain n’ empeche certainement pas de bien aimer le créateur , bien au contaire,car il veut Lui, le bonheur et l’ équilibre de sa créature..
Ce ressentiment qui gronde lorsque l’on voit l’ autre faire ce que l’ on ne veut pas faire soi meme , s’exprime aussi dans les silences , les non- dits, les dénis et mensonges lourds de conséquences dramatiques, parfois, et qui se révèlent par ce sujet « tabou « encore actuellement…Combien de victimes faudra t il encore , et quelles fausses bonnes raisons?
Merci à Anne pour son commentaire excellent.
Merci aussi à Dominique qui a su se faire la voix de nombreuses « sans voix ».
Merci aussi à Thibault Cavaillès qui a préparé avec belle qualité d’écoute cette rare émission.
Merci enfin à la personne qui a fait le montage et le choix des musiques d’accompagnement.
Faites-nous souvent des émissions de cette qualité sur ces sujets difficiles que les « responsables » cherchent toujours à cacher.
Merci pour cette recherche dans les archives du journal » La Croix ».
Le débat sur ce thème est refusé par ce journal, sorte de » journal officiel » de la hiérarchie catholique.
Auteur d’un livre intitulé » Des prêtres épousent leur humanité. 24 témoignages de prêtres mariés « ,paru chez l’HARMATTAN en 2007, j’ai eu droit à trois lignes en bas de page le 20 juin 2007. Après différents échages épistolaires, j’ai eu l’annonce de la visite chez moi d’une journaliste, après décision du comité de rédaction de consacrer un débat de 3 pages un samedi à la question en décembre 2007. A la dernière minute, cette visite a été repoussée, puis repoussée pour cause de 150° anniversaire des salésiens de Don Bosco, puis repoussée pour cause de l’affaire de la réintégration des prêtres intégristes. Après quelques relances, je me suis lassé.
Ce journal, qui sait être équitable en de nombreuses autres matières, se censure lui-même par peur de déplaire à la hiérarchie catholique. Il fait fi de l’opinion de la majorité des chrétiens, comme je le constate lors des salons du livre et dans le quartier où je réside à deux centres mètres de la paroisse dans laquelle j’étais prêtre.
L’échange entre chrétiens passe par des assoications libres, telles que le Comité de la jupe, et le Réseau des parvis.
Cette église a besoin de 2 choses : des lieux de débat et une réelle prise de responsabilité des gens qui se veulent disciples de Jésus. Merci au comité de la Jupe de permettre aussi un vrai débat.
La Croix est dans ce domaine s’autocensure. C’est aussi de la faute des gens qui ne protestent pas contre ces attitudes non respectueuses. Une véritable opinion publique dans le monde catholique est en train de naître. Merci au Comité d’y aider.
L’Association Plein Jour (http://plein.jour.free.fr) nous révèle, et dans la plus grande discrétion, qu’il y a aujourd’hui de nombreuses situations de détresse.
1) des prêtres quittent aujourd’hui encore le ministère pour différentes raisons, notamment pour se marier, mais pas seulement. Le drame, c’est que certains quittent après moins de 10 ans de ministère !
2) des prêtres en fonction vivent aujourd’hui avec des compagnes, donc clandestinement. Personne ne sait le chiffre, mais avancer le chiffre de 8 à 10% n’est pas exagéré. Chaque évêque le sait, mais pour son seul diocèse car jamais quelqu’un n’a fait le tour de tous les diocèses pour savoir
3) car on ne veut pas savoir et les responsables ne veulent connaître que des cas individuels. Or l’art et la qualité d’une authentique responsable est de savoir regarder les phénomènes dans leur dimension collective.
4) l’existence d’un clergé marié anglican dans l’église catholique nous révèle qu’il n’y a aucune incompatibilité entre sacerdoce et mariage, contrairement à tous les discours pseudo-théologiques qu’on a entendus ! CQFD !