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Va vers un pays que je t’indiquerai…

Xavier CHARPE
© CC0 Creative Commons

« Va vers un pays que je t’indiquerai… Et il partit pour un pays qu’il ne connaissait pas. » (Hébreux 11, 8).

Cette épitre aux Hébreux contient des pages admirables. Celle-ci en particulier dans lequel reprenant le texte de Genèse elle évoque la figure  fondatrice d’Abraham, « père des croyants ». Citons l’intégralité du texte : « Par la foi, répondant à l’appel, Abraham obéit et partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit sans savoir où il allait. »

Dieu appelle ; il nous demande de nous mettre en marche, vers un pays qu’il nous indiquera et que nous ne connaissons pas. Si nous décidons de rester les pieds vissés au sol comme ces statues prétendument indéboulonnables, nous ne pourrons jamais nous mettre en marche et aller vers la terre pleine de promesses. Il faut accepter de partir si nous voulons posséder la terre.

Et quand nous nous mettons en marche sur les chemins de la vie et sur le chemin de Jésus, nous ne savons jamais au juste où ce chemin va nous conduire. Nous faisons confiance à la vie et à Dieu. Nous acceptons que l’avenir soit ouvert et qu’il porte son fruit. Savions nous où nous conduirai le chemin quand nous avons décidé de lier notre vie à celle de notre conjoint ? Savons-nous sur quels chemins nous conduiraient les enfants qui nous ont été donnés et que nous avons accueillis comme un don de la vie et de Dieu ? Quand nous avons décidé de nous engager dans une profession, savions-nous où conduirait la route ? De même à chaque fois que nous avons accepté de prendre un engagement politique, associatif, syndical ?

Par définition, la vie est du côté de ce qui advient. Malheur à nous si nous nous fermons à cet « ad-venir » qui fait précisément le prix de la vie. Certes, à certains moments, nous sommes reclus de fatigue et de lassitude, sans le courage nécessaire pour continuer à aller de l‘avant. Il nous arrive d’avoir envie de baisser les bras et de tout laisser tomber. En montagne, quand les limites sont atteintes, vient l’envie de se coucher dans la neige et de laisser le froid faire son œuvre.

Abraham a pris le risque de croire à la promesse de Dieu. La foi est toujours un risque ; jamais un matelas confortable nous permettant de somnoler, voire de roupiller, alors que le monde crie. « Croire c’est choisir. La foi est un choix. » (Ernst Käsemann) Il y a toujours un risque à croire ; savons-nous où cela pourrait nous conduire ? La religion n’est pas une sorte d’opium destiné à calmer nos angoisses et à entrer en somnolence. Jésus a risqué sa vie pour notre libération. Il a mis sa vie en jeu pour nous (Jean 15, 13) : « Il n’y a pas de plus grand amour que de mettre sa vie en jeu pour ses amis. » Nous serions peut-être toujours sous la coupe du troisième Reich nazi si des hommes et des femmes n’avaient pas mis leur vie en jeu en rentrant en « Résistance ». La paix factice du régime de Vichy a été achetée du prix du sang des enfants de Lisieux et de la rafle du Vel d’Hiv.

Il n’y a pas de vie sans prise de risque. Je vous accorde que le risque doit être réfléchi et qu’il ne peut être pris qu’au regard d’un bien supérieur. La course au suicide est malsaine ; les exagérations d’Ignace d’Antioche douteuses. Derrière la nécessité de la prise de risque, il y a cette réalité simple que les choses ont un prix et que celles qui valent d’être vécues doivent se payer à leur prix. Qui va faire croire aux enfants qu’ils peuvent réussir leurs études, leur vie et l’apprentissage d’un métier sans effort, sans y mettre de l’énergie et de l’ardeur au travail ? Faire des enfants et prendre en charge la construction de leur vie a un coût ; pas seulement économique. Comment est-il possible de déclencher la venue à la vie d’un enfant et de ne point en assumer la charge et de ne point payer le prix de cette responsabilité ? Nul ne peut s’engager dans la vocation d’assumer une charge publique au service de ses concitoyens sans être décidé à y mettre le prix. Le labeur du travail professionnel comme le labeur du « Service Public » ne sont pas le résultat d’une sorte de malédiction. Simplement le prix à payer pour une vie qui mérite d’être vécue. Le signe sacramentel de la coupe partagée et bue est un signe qui n’est pas de même sens que celui de la « Fraction du Pain ». Elle est le signe du prix que Jésus a payé pour notre libération.

D’avoir inscrit le « Principe de précaution » dans la constitution est une sorte d’escroquerie intellectuelle, le signe de la peur, de l’absence de courage et d’ambition. Avec le principe de précaution on ne prend plus mari ou femme, mais on s’en tient à des coucheries de passage. On ne fait plus d’enfants ; on ne prend plus d’engagement associatif, syndical ou politique ; on se laisse flotter au gré des vagues come un bois mort, avant d’être rejeté sur la plage. Avec le principe de précaution on ne prend plus le risque d’engager sa vie, jusqu’au choix d’un métier. S’il n’y a plus de prise de risque, il n’y a plus de secours en mer ni de secours en montagne. Plus personne ne va s’engager au service d’une ONG ; plus de lutte pour la justice et pour la paix ; surtout ne prenons pas le risque de penser ; contentons-nous de répéter des formules toutes faites et de tourner en rond dans des pratiques rituelles si éloignées de la vie qu’elles ne font plus courir de risque à quiconque. Qu’est-ce qu’une société dans laquelle on va empêcher les enfants de grimper dans les arbres ou d’escalader les rocher ?

Abraham a pris le risque de la Vie. Ce pourquoi il lui a été promis une descendance....
 

Xavier Charpe – Dimanche 31 décembre 2017

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