Quand Le Monde voit l’Eglise d’Angers par le petit bout de la lorgnette

Quand Le Monde voit l’Eglise d’Angers par le petit bout de la lorgnette

De la généralisation hâtive et partisane

Je suis scandalisé et atterré par l’article d’Adrien Pécout paru dans Le Monde des 24 au 26 décembre 2016 sous le titre racoleur : « À Angers, des catholiques en “terre de missionˮ. Les paroissiens de cette ville redoublent d’efforts pour ramener au sein de l’Église les chrétiens égarés. » Le « redoublement d’efforts », cela consiste pour ces catholiques à se rendre chez les habitants de leur quartier pour y « prêcher » la bonne parole, avec un succès mitigé. Le curé de la paroisse se lamente longuement sur la disparition d’un passé, lorsque le catholicisme régnait sur le mode du 19siècle, sans en chercher les causes endogènes.

Que voilà un long, très long article, à l’analyse facile et à la généralisation hâtive, indigne du Monde ! Une page entière y est consacrée, agrémentée de deux photos. La première montre un prêtre, en tenue d’officiant, au milieu d’une nef où sont assises 7 personnes dont au moins 5 femmes ainsi qu’une religieuse et un autre prêtre lui aussi en tenue d’officiant. La photo du dessous représente la sortie de la messe. Il n’y a pas foule : 17 personnes dont trois jeunes, deux religieuses et deux hommes.

Alors que le titre désigne explicitement l’ensemble des chrétiens de cette ville, on est obligé de constater qu’en réalité, l’article ne concerne qu’une petite partie de la ville, connue pour être sociologiquement différente de l’ensemble urbain d’Angers. Ce quartier est majoritairement formé de maisons individuelles et seule une rue, le Faubourg Bressigny, comporte quelques commerces. En me basant sur le nombre d’électeurs inscrits par bureau de vote de ce quartier, j’en estime la population à moins de 16 000 habitants, soit 10% de la ville d’Angers (265 000 habitants pour l’agglomération). Sa composition sociologique telle qu’elle ressort des résultats des votes successifs apparaît comme aisée, relativement âgée et nettement plus conservatrice que la moyenne de la ville. Le journaliste aurait dû se souvenir qu’Angers avait été dotée d’une municipalité de gauche depuis de très nombreuses années et que l’actuel maire, Christophe Béchu, n’a été majoritaire aux dernières élections que dans le centre-ville.

Un article sérieux sur « les paroissiens de cette ville… » aurait nécessité de faire quelques pas pour sortir de ce quartier Saint-Joseph qui présente un taux de pratiquants de moins de 2,5%. Plus grave, l’essentiel des remarques et des dires du journaliste ne concernent que 5 à 6 personnes ! Et pour resserrer davantage l’échantillon et comme « par hasard », il se centre sur deux hommes qui, « par hasard », proviennent du milieu de l’assurance privée dont la vocation n’est pas précisément la philanthropie. Ce n’est pas sérieux, c’est dérisoire et le désir de « choquer le bourgeois » ne saurait tout excuser. La loi « scélérate » concernant le mariage pour tous est qualifiée de « satanique » par un des interlocuteurs. Le point culminant des dires de ces chrétiens d’avenir est cité : « Vous avez des médecins, des ingénieurs (dans les réfugiés). Bon cela très bien, ils ont leur place en France. Mais qu’on fasse venir des gens sans instruction, sans diplômes, qu’ils viennent pour profiter des allocs…Est-ce utile ?… » La responsabilité des francs-maçons dans le recul du christianisme est également pointée… ! Heureusement l’épouse de ce monsieur est d’origine portugaise (née près de Fatima, cela change tout) et elle déclare qu’elle ne votera pas Marine Le Pen parce qu’elle est raciste et le mari de conforter : « l’extrême droite dans toute son horreur »….

Par contre les mouvements de catholiques, disons pour faire simple conciliaires, qui sont très actifs dans la ville ne bénéficient pas de la moindre attention. Angers a des catholiques ouverts et en cohérence avec le message évangélique de Jésus, son regard sur les pauvres, les opprimés, les étrangers. Ne mériteraient-ils pas que l’on en parle ? Le goût du « sensationnel, de l’anecdote » doit-il cacher la réalité ? Serait-ce un choix délibéré de l’auteur de cet article – et dans quel but ? – de caricaturer les catholiques angevins et de les réduire à un échantillon biaisé ?

Reste à s’interroger sur la pertinence de cette action marginale qui peut paraître marchande comme toutes démarches à domicile : échanges ou ventes ? Une visite, avec tout ce que cela peut avoir de superficiel, suffit-elle à convaincre ? Le catholicisme est une religion complexe et demande un approfondissement personnel, donc du temps. De même, prêcher la conversion exige d’avoir une vie en accord avec les principes que l’on prône. Or les Béatitudes, base de notre conviction, ne s’accordent pas à un refus de l’altérité, à un « amour » sélectif. Pour moi, la Foi est au bout du doute et toute conversion demande non seulement du temps mais encore une forte adhésion aux valeurs. Ce n’est pas confortable, heureusement.

J’ai longtemps résidé dans le centre d’Angers. La caricature d’une ville est toujours possible mais elle se doit d’être indiquée, la rigueur et l’impartialité sont des obligations éthiques. Ce sont ces exigences que j’attends du Monde. Il n’est pas possible de laisser de tels articles prospérer dans une rubrique qui a la prétention d’aller à la rencontre des Français et Françaises. Le Monde a, volontairement ou non, censuré les démarches des chrétiens de cette ville. Ils ne sont pas tous racistes, pas tous indifférents au recul du Catholicisme ni inactifs. C’est dommage de faire d’Angers (sans précautions) un refuge d’intégristes. Toutes les opinions sont respectables, mais les généralisations abusives et systématiques ne le sont pas.

Michel Pecha-Soulez – Le 2 janvier 2017

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