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Le Prophète… le cri des indignés, ...

Anne-Joëlle PHILIPPART
 Manifestation des "indignés" à la place Bastille de Paris
By Slastic (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Dimanche 3 septembre 2017 – 22e dimanche du temps ordinaire – Jr 20, 7-9; Rm 12, 1-2; Mt 16, 21-27

Le Prophète… le cri des indignés, la soif de justice, les larmes de Dieu

Mais qu’est-ce qui m’a pris ?, nous disons-nous parfois. Pourquoi ne me suis-je pas tu-e ? Pourquoi ai-je dû m’indigner, souligner l’injustice, défendre l’humilié-e et l’exclu-e ? Cette minute d’audace coûte parfois bien cher et le grand moment de solitude de Jérémie nous semble si familier ! D’où vient donc ce cri qui nous submerge et nous pousse à agir, ce cri qui nous dépasse ? Est-ce donc Toi, Seigneur, qui cries à travers nous ? Est-ce donc toi, Seigneur, qui fais se lever les indignés ? Qui leur donnes courage et inspiration ? Ils sont si nombreux, athées, agnostiques ou croyants, priant Dieu, Yahvé, Allah ou Vishnou. Cette étincelle, qui aspire à la justice, au creux de notre commune humanité, serait, pour nous chrétiens, une étincelle de ta divinité contre ceux qui tiennent la vérité captive dans l’injustice (Rm 1,18).

Pourquoi tant d’injustice, d’aveuglement, de rivalité, de querelles, de racisme, de sexisme ? Pourquoi les humains en rajoutent-ils donc tant ? Les prophètes d’aujourd’hui ont beau avertir et conseiller, ils et elles se heurtent encore à des murs de silence et de critiques. Et si nous ressortions les Évangiles du placard pour laisser l’Esprit se faire « souffleur » de nos vies ? Si nous replongions dans ce magnifique message qui traverse toute la Bible, où un Dieu, mère et père, nous soutient pour que, peu à peu, nous fassions de ce monde un Royaume de paix et d’égalité, de reconnaissance, de respect et de justice, où il n’y aura plus ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme (Ga 3, 28), où les différences de croyance, de classe et de sexe ne seront plus des prétextes de guerre et de domination ?

Nous sommes donc invités à suivre le Christ, à être prophètes et apôtres, à nous renier et prendre notre croix. A priori, le programme est ardu. Mais qu’en est-il vraiment ? Nous est-il demandé de nous sacrifier, de nous complaire dans le dolorisme, d’être prophètes et nous faire clouer au pilori, être apôtres et martyr-es ? St Paul nous suggère de nous laisser transformer en renouvelant notre façon de penser pour discerner la volonté de Dieu (Rm12, 2). Se renier pourrait alors être vu comme un décentrage de notre ego pour laisser entrer l’autre, pour découvrir que le sens de la vie se trouve, non pas dans les richesses mais dans les relations avec nos sœurs et nos frères en humanité. Se renier, c’est aussi faire une place au tout Autre, sentir son sourire sur nos vies et sa main qui nous soutient dans nos déserts et nos difficultés. Et prendre sa croix… ? Ne serait-ce pas assumer, faire face, accepter les contraintes quand nous agissons en baptisés responsables, fidèles au message découvert dans la Parole de Dieu ? Alors, aller jusqu’à l’excès, l’esclandre, la guerre ? N’oublions pas que Dieu ne s’exprime ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu mais dans la douceur de la brise légère (1R 19, 11-12). Alors, oui, soyons des prophètes, faisons bouger les lignes avec la pédagogie patiente, mais néanmoins ferme, de Dieu, les yeux fixés sur nos objectifs pour tenir et persévérer, ni partir ni se taire. Même si, parfois, une grosse colère nous donne envie de retourner les tables des vendeurs du temple (Mt 21, 12)… !
 

Anne-Joëlle Philippart

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