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Par le corps, pour l’espérance

Paule ZELLITCH
La multiplication des pains - Daniel Hallé
Daniel Hallé @ Wikimedia Commons

Dimanche 29 juillet 2018 – 17e dimanche du temps – 2R4, 42-44 ; Jn 6, 1-15

Cet épisode de la multiplication des pains, commenté et sur-commenté, garde toujours ouverte la possibilité d’une énième interprétation ; c’est dire à quel point ce texte est dans la droite ligne des récits vétérotestamentaires ! Dès la première lecture de ce jour, il est question d’un maître qui charge son disciple, à partir de quelques pains et d’un peu d’orge, de nourrir une centaine de personnes, selon la volonté du Seigneur. Un petit détail cependant : cette nourriture est prélevée par un homme, dont nous ne connaissons pas la condition, « sur la récolte nouvelle », celle-là même qui est, à chaque printemps, rituellement offerte au Seigneur. Ici, par la médiation d’Élisée, nous voyons à l’œuvre des sacrifices/dons rituels dont une part est réservée à Dieu en signe de reconnaissance des  bienfaits de sa présence. Mais le fait qu’en retour, ce Dieu ne garde rien pour lui de ce qui lui est donné révèle en creux qu’il est le « tout autre », celui dont les besoins ne peuvent être ramenés à ceux des hommes et qui en même temps se soucie d’eux.

Dans la première lecture – comme d’ailleurs dans l’Évangile du jour – la nourriture, venue du Seigneur, abonde au point qu’il en reste. Si l’expérience de la manne, comme nourriture du passage de la condition d’esclave à la liberté des enfants du Dieu Unique, est à la fois éphémère et contemporaine de chaque génération, ici comment comprendre ce « il en restera » inscrit dans la durée ?

Ainsi, l’Évangile nous raconte une histoire qui s’inscrit dans la précédente. Quelques différences cependant. Il est question de guérisons que Jésus opère et d’une troupe qui à cause de cela le suit, avec ses disciples, jusque dans la montagne. Cette foule qui avance, sans argent ni nourriture, manque-t-elle du jugement le plus élémentaire ? À moins que, portée par son désir, elle en ait oublié le boire et le manger. Dans cette troupe, une exception cependant, un jeune garçon qui lui a de quoi contribuer à l’action de Jésus. Pourrions-nous aller jusqu’à dire que cette foule, elle, n’apporte que « son corps » et son espérance, rien que cela mais tout cela ?

Jésus va justement s’attacher à combler les corps. Il est question d’appétits assouvis, d’abondance, mais pas d’une abondance qui conduirait au gâchis. Il est question de surplus, mais « pour ceux qui prenaient cette nourriture », rassemblé pour remplir douze paniers, comme les douze tribus d’Israël.

Ainsi, Jésus est celui qui nourrit son Peuple, ce peuple qui ne cesse d’espérer, pour que son peuple contribue selon le désir du Père à la nourriture du monde, un monde qui ne cesse d’être appelé. En ce sens, l’espérance est nourrie quand elle prend corps, dans ce partage sans autre finalité qu’une vie continue et offerte, ici et maintenant, tout simplement. Mais comment vivre cette simplicité ?
 

Paule Zellitch

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