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« Le métabolisme du pain » ou « leçon de nutrition »

Dominique MOUI
Pain
@ CC0 Creative Commons

Dimanche 12 août 2018 – 19e dimanche du temps – Jn 6, 41-51

Des textes de l’Exode à ce chapitre de l’Évangile de Jean, le pain, et donc la nourriture, s’inscrivent dans la relation du Dieu d’Israël à son peuple. Le pain-nourriture, puis la nourriture-relation sont l’objet du discours, ici dialogué, entre Jésus et les Juifs réunis dans la synagogue de Capharnaüm. D’ailleurs l’incompréhension des Juifs est aussi la nôtre. Comment le fils de Joseph peut-il dire qu’il est pain descendu du ciel ? C’est bien la question.

Mieux que les contemporains du Christ, nous savons que le pain, composé de glucides dits complexes, est la principale source d’énergie nécessaire au métabolisme et au fonctionnement du cerveau. À l’insu de celui qui le consomme, il s’incorpore aux cellules vivantes, contribue essentiellement à la santé, à la vie, au maintien de l’équilibre avec l’environnement.

Ce nutriment est-il nourriture ? Autant que de soutenir la vie, permet-il d’exister ? Me revient en mémoire ce reportage sur une famille de paysans amharas des hauts plateaux éthiopiens. La production des céréales d’orge, seule nourriture de sa famille, est le souci quotidien du père, donne sens à tous ses efforts : la culture d’une terre aride, la charge de la famille à nourrir, le souci de l’eau pour obtenir une récolte suffisante et remplir le grenier pour une année. Cette année-là, le grenier est plein et le sourire qui éclaire son visage en dit long sur ce que représente pour lui le don du pain. Le don en réponse au désir de vivre de toute cette petite société. Ce désir, toujours à satisfaire mais jamais comblé « à satiété ».

Mais revenons au texte de Jean, pétri des écrits de l’Exode. Quand les Hébreux s’interrogent sur la nourriture qu’ils trouvent au réveil dans le désert, après avoir « récriminé » (déjà !) parce qu’ils avaient faim, ils s’écrient : man hou ? (c’est quoi ?). Cette nourriture, la manne, est-elle la question… ?

Dans les commentaires rabbiniques, rapportés notamment par Michel Remaud, la Foi en Dieu passe nécessairement par la Foi en Moïse, son envoyé. Pour Jean, celui qui croit en Jésus croit en celui qui l’a envoyé, mais Jésus ne donne pas seulement le pain, il est lui-même « le pain vivant descendu du ciel ». Il s’identifie à la question que les Juifs se posent sur sa vraie nature et sa relation à son père et offre en même temps une réponse : « Personne n’a jamais vu le père, sinon celui qui vient de Dieu. » Tout le chapitre 6 témoigne du lent métabolisme qui s’opère par le questionnement des disciples, des gens qui le suivent et par ses réponses. Sa parole, dans la continuité de la tradition juive, ordonnée au désir de vivre, donne elle-même la vie. Ce serait si simple ?

Ce lent métabolisme d’assimilation s’opère-t-il aussi pour nous ? Le partage du « pain descendu du ciel » permet-il de nous rendre familière la Parole, de la désirer, de la partager dans un langage compréhensible et adressé à celui qui questionne ? C’est plus difficile qu’il n’y parait… Peut-être ne suffit-il pas de comprendre, commenter et métaboliser la Parole pour qu’elle nourrisse l’existence humaine. Comme les nutriments du pain, la Parole intégrée au noyau intime de la vie, mise en acte d’amour, donnerait la vie ? Le compagnonnage auprès de celui qui donne à voir Dieu par sa façon d’être au monde, par le don total de sa vie, par le chemin de question auquel il nous invite, devient nourriture pour exister : « Lève-toi et mange, car il est long le chemin qui te reste. »
 

Dominique Moui

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