Marchons en enfants de lumière

Il s’agit de marcher, parce que le christianisme est une affaire de « marche ». « Lève-toi, prend ton grabat, et marche » dit Jésus au paralytique. Nous avons tous compris que le paralytique, c’est nous. C’est bien ainsi que les premiers chrétiens qui nous ont transmis ces récits l’ont compris, sinon ils ne nous les auraient pas transmis. Cela ne se passait pas hier, mais dans l’aujourd’hui de leur vie. Tenter de se comporter en disciples de Jésus, c’est nous mettre en marche dans son accompagnement sur le chemin qu’il a ouvert. Et aucun d’entre nous ne sait où le conduira ce chemin, sinon à confesser comme Pierre : « À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie véritable et qui est au-delà des temps. » (Jean, 6). Il y a du mouvement, il y a des passages, des pâques, cela se passe « devant », parce que Jésus est toujours « devant » : « En marche les pauvres par l’esprit… en marche les artisans de paix… en marche les doux… en marche les purs de cœur… » C’est en marchant devant nous que Jésus nous ouvre le chemin. Et il nous éclaire le chemin, parce que la « Lumière » c’est lui. Et s’il n’éclairait pas la route nous trébucherions vers l’abime.

Mais pour nous comporter en enfants de lumière, encore faut-il nous brancher sur la lumière du Christ. C’est cette lumière-là que nous devons laisser passer. Nous ne devons pas être des vitres opaques ou des verres fumés qui masquent cette lumière, car ce n’est pas de notre propre lumière qu’il s’agit, mais de la sienne.

Voilà qui nous renvoie à la parole : « Vous êtes la Lumière du monde… que votre lumière brille aux yeux des hommes » (Mat. 5, 14-16). Cela n’est possible que si nous réfléchissons la lumière du Christ. Pour ce faire, il convient d’accommoder notre regard à celui du Christ et de nous placer dans sa lumière à Lui.

Certes, il y a des situations où il est difficile de savoir ce que le Christ nous demande de faire, ou pour parler de manière imagée ce qu’il aurait fait à notre place. Mais dans d’autres cas, on peut parfaitement savoir ce que Dieu nous demande et nous dire de manière imaginée : qu’est-ce que Jésus ferait à notre place ? Souvent la situation est beaucoup plus simple que l’on croit. Si l’un de nos frères est injustement accusé, Christ ne dirait certainement pas : « Je ne veux rien savoir ; je m’en lave les mains ; circulez, il n’y a rien avoir ». Jésus et Ponce Pilate, cela fait deux. À notre place, Christ chercherait à faire émerger la vérité ; et quand il aurait la preuve que l’accusation est injuste et mensongère, alors il prendrait énergiquement la défense de l’accusé.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière, car quelqu’un qui pratique le mal déteste la lumière. » (Jean, 3, 20-21) La vérité, cela se fait ! Quand il arrive dans notre Église que des responsables fassent dans l’opacité et adoptent des attitudes équivoques, bien entendu c’est qu’ils n’entendent pas « faire la vérité ». Dans les années 30 et 40, le cours des évènements aurait peut-être changé si tous les évêques d’Allemagne et de France avaient décidé de porter, tous collectivement, l’étoile jaune. L’impératif de ce moment-là était de défendre les juifs, comme Dietrich Bonhoeffer a été l’un des seuls à le comprendre dès le début. Peut-être nos évêques auraient-ils couru le risque de se voir déportés à Dachau ou à Buchenwald. Et alors ? ! L’un de mes maitres à Tübingen avait fait dix ans de concentration ; je vous accorde qu’il n’était pas catholique, seulement un jeune pasteur luthérien….

« Dieu est lumière ; en lui il n’y a point de ténèbres. » (I Jean, 1, 5) C’est parce que Jésus a l’œil simple que tout son comportement est dans la lumière, la lumière de la bonté, de la charité de la solidarité et de la fraternité. Et quelques versets plus loin, l’auteur de la première épitre de Jean ajoute : « Qui prétend être dans la lumière, tout en haïssant son frère, est toujours dans les ténèbres ; qui aime son frère demeure dans la lumière et il n’y a rien en lui pour le faire trébucher. » (I Jean, 2, 9-10). Et plus loin encore : « Si quelqu’un dit “j’aime Dieuˮ et qu’il haïsse son frère c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (I Jean, 4, 20) Que les hommes politiques mentent et ne tiennent pas parole, comme on le voit malheureusement trop souvent, je n’aime pas en raison de mon attachement à la République. Mais quand le mensonge atteint les responsables de notre Église, voilà qui m’afflige plus encore.
 

Xavier Charpe

Credit photo: 
Danièle AURIN, Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire)
Lumière à la Pointe percée, entre Sainte-Maure-de-Touraine et Draché (Indre-et-Loire)