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Leçon sur le baptême donnée à Charlemagne par un roi païen.

Evêque TURPIN
Combat singulier entre Roland, à gauche avec une croix sur son bouclier et le Sarrasin FerragutChapiteau du palais des rois de Navarre à Estella (cliché LM)

Au lendemain de la journée nationale du Secours catholique et de la première journée mondiale des pauvres instituée par le pape François, cette leçon sur le baptême donnée à Charlemagne par un roi païen est d’une grande actualité et vaut d’être connue. Le récit qui suit est constitué d’extraits d’un manuscrit du XIIe siècle conservé à la cathédrale de Compostelle, connu sous le nom de Codex calixtinus. Ce manuscrit comprend plusieurs Livres dont la Chronique de Turpin qui raconte les combats de Charlemagne en Espagne. Considérée comme véridique, elle a fait partie des Grandes chroniques de France jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Elle est reconnue aujourd’hui comme légendaire.
Le manuscrit a été traduit et commenté par Bernard Gicquel – La légende de saint Jacques – Tallandier – 2003 – http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1088

Extraits de la Chronique de Turpin.
Du chapitre XII
Controverse entre Charlemagne et le roi sarrasin Aigoland
Aigoland lui dit : « Dis-moi, je t’en prie, pourquoi tu as enlevé à notre race cette terre qui ne t’est pas échue par droit d’héritage […].
– Je l’ai fait, répondit Charles, parce que notre Seigneur Jésus-Christ, créateur du ciel et de la terre, a choisi notre peuple, c’est-à-dire le peuple chrétien, et qu’il l’a appelé à régner sur toutes les nations du monde. Voilà pourquoi j’ai converti, autant que je l’ai pu, ta nation sarrasine à notre loi.
– Il est indigne, repartit Aigoland, que notre race soit soumise à la tienne, alors que notre loi vaut mieux que la tienne. Nous avons Mahomet, le prophète de Dieu, qui nous fut envoyé par Dieu et dont nous gardons les commandements.
– Aigoland, dit Charles, tu te trompes, car nous gardons les commandements de Dieu, mais vous vous tenez aux vains préceptes d’un homme vain. Nous croyons à Dieu le Père, au Fils et au Saint-Esprit et nous l’adorons. Venez donc recevoir le baptême, toi et les tiens, ou bien venez-vous battre contre moi et mourir de malemort.
– Loin de moi l’idée, dit Aigoland, de recevoir le baptême et de renier Mahomet, mon Dieu tout-puissant ! Nous combattrons, moi et les miens, contre toi et tes gens. Convenons que c’est nous qui vaincrons si notre loi est plus agréable à Dieu que la vôtre, et que vous vaincrez si votre loi vaut mieux que la nôtre. »
[Un accord fut conclu sur une série de combats singuliers.] On envoya mille contre mille et tous les Sarrasins furent tués sur-le-champ. Alors on fixa de part et d’autre une trêve et Aigoland vint parler à Charles pour reconnaître que la loi chrétienne était meilleure que celle des Sarrasins. Et il promit à Charles qu’ils recevraient le baptême le lendemain, lui et toute sa nation.
 
Du chapitre XIII
Pourquoi Aigoland refusa le baprême

  • Le lendemain, vers la troisième heure, profitant de la liberté d’aller et venir que donnait la trêve, Aigoland vint à Charles pour être baptisé. Il vit Charles assis à une table et prenant son repas. De nombreuses tables étaient mises autour de lui et beaucoup de convives y étaient attablés, vêtus les uns de l’habit militaire, les autres de l’habit noir des moines, d’autres de l’habit blanc des chanoines, d’autres encore de quelque vêtement ecclésiastique, tandis que certains portaient des vêtements divers. Il demanda à Charles quels étaient ces gens. Charles répondit :
  • « Ceux que tu vois revêtus d’une robe unie sont les évêques et les prêtres de notre religion. Ils nous exposent les préceptes de la loi, nous absolvent de nos péchés et nous donnent la bénédiction du Seigneur. Ceux que tu vois vêtus de noir sont les moines et les abbés, qui sont encore plus vénérables que les premiers : ils ne cessent d’implorer pour nous la majesté divine, et chantent les messes, les matines et les heures. Ceux que tu vois vêtus de blanc sont les chanoines dits réguliers, qui ont la meilleure part parmi les saints, et implorent de même pour nous, chantant les messes, les matines et les heures du Seigneur. »

Cependant Aigoland, voyant d’autre part douze pauvres misérablement vêtus, assis à terre, mangeant sans table et sans nappe, et n’ayant que peu à manger et à boire, demanda à Charles quels étaient ces gens-là. Celui-ci lui dit :

  • « Ce sont les gens de Dieu, les messagers de notre Seigneur Jésus-Christ, que nous faisons ainsi manger chaque jour en souvenir des douze apôtres du Seigneur. »

Aigoland répondit :

  • « Ceux qui sont autour de toi sont tiens et heureux, ils mangent et boivent abondamment, et sont bien vêtus. Mais pourquoi ceux que tu appelles les gens de ton Dieu et ses messagers meurent-ils presque de faim, sont-ils mal vêtus, maintenus à distance et honteusement traités ? Il sert mal son Seigneur celui qui reçoit ainsi ses messagers ; il fait à son Dieu un grand affront celui qui traite ainsi ses serviteurs. Et ta loi, que tu disais bonne, tu fais voir maintenant qu’elle est fausse. »

Il prit congé, retourna vers les siens, renonça au baptême et déclara la guerre le lendemain. Charles comprit alors qu’Aigoland refusait d’être baptisé parce qu’il avait vu mal traiter les pauvres. Il fit aussitôt pourvoir diligemment, habiller au mieux, nourrir et désaltérer correctement tous les pauvres qu’il trouva dans l’armée. On doit voir par-là quelle grande faute c’est pour un chrétien de ne pas servir avec zèle les pauvres de Jésus-Christ. Si Charles, pour avoir mal traité les pauvres, manqua de faire baptiser le roi et son peuple, qu’arrivera-t-il au jour du jugement à ceux qui, sur cette terre, auront été durs envers les pauvres ? Comment pourront-ils supporter la voix terrible qui leur dira : « Éloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel. Parce que j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger. »
Il faut considérer que la loi du Seigneur et la foi en lui sont de peu de profit au chrétien, si elles ne s’accomplissent pas dans les œuvres, comme affirme l’apôtre Jacques qui dit : « Ainsi que le corps mort est privé d’âme, ainsi la foi sans les bonnes œuvres est une foi morte ». Comme le roi païen refusa le baptême parce qu’il ne trouvait pas en Charlemagne les œuvres justes du baptême, ainsi je crains qu’au jour du jugement, Dieu, lui aussi, ne répudie la foi baptismale parce qu’il ne trouve pas les œuvres du baptême.
Texte proposé par Louis Mollaret
 

 
 

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Fraternité – diaconie, service des frères
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