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Justice / Injustice

Danielle MÉRIAN
By FOX 52 (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons

La justice après le pain est le premier besoin des hommes. Un enfant qui dit « C’est pas juste » a tout dit. L’institution n’est pas une vertu. C’est un service public. Et un magistrat comme n’importe lequel d’entre nous a le droit de se tromper. Ce peut être lourd de graves conséquences.

J’ai passé ma vie professionnelle, 42 ans d’activité au barreau de Paris, à négocier des accords, ayant été spécialisée par ma clientèle dans le droit du divorce. Nous nous réunissions, mon confrère adverse et les époux, et nous discutions pendant des heures de toutes les conséquences de la séparation jusqu’à ce qu’ils soient d’accord. Nous leur faisions comprendre que ce serait enfin la paix du ménage, le plus beau cadeau que puissent espérer les enfants, qui n’avaient pas à être une balle de ping-pong entre deux belligérants. J’ai beaucoup usé ma salive et j’ai eu de bien beaux succès, inespérés au départ de la procédure.
Il ne faut pas confondre le légal et le légitime. La peine de mort a été légale en France jusqu’en 1981. Elle n’a jamais été légitime. Aucune démocratie ne peut se permettre d’assassiner un être humain, quoi qu’il ait fait. « Dans une république, une démocratie, aucun homme, aucun pouvoir ne saurait disposer d’un tel droit sur quiconque », disait Robert Badinter le 17 septembre 1981 à l’Assemblée nationale.
À Lampedusa, quand les autorités italiennes ont demandé de ne plus secourir les gens en mer sous peine de saisir les bateaux des sauveteurs, les pêcheurs de cette île perdue qui connaissent la solidarité ont continué de sauver les migrants. Ce sont des hommes. Les politiciens des fantoches. Aujourd’hui en France on poursuit les gens de cœur qui secourent les migrants, mais les aider est légitime. C’est même un devoir pour le chrétien comme ne cesse de le rappeler le pape François. Et il n’y a pas lieu de leur appliquer des textes prévus pour les passeurs. Leurs comités de soutien sont légitimes. Les citoyens ont à prendre la parole sur ce problème majeur.
Aujourd’hui, en France, des procureurs ont osé refuser un état civil à des enfants nés d’une GPA aux États-Unis au motif qu’elle est interdite en France, faisant de ces bébés des apatrides, ce qui est anticonstitutionnel. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné à raison la France qui a le droit d’interdire la GPA mais n’a pas le droit de priver un enfant de son état-civil qui est un intérêt supérieur. Monsieur Fillon, alors toujours candidat à la Présidence de la République, voulait quitter la Cour Européenne des Droits de l’Homme s’il était élu parce qu’il n’appréciait pas que la France soit condamnée. Nous aussi nous avons su apprécier.
Les injustices sont partout. La surpopulation des prisons est une honte nationale. La société civile compense comme elle peut les carences des institutions et de l’Administration pénitentiaire, un État dans l’État, organisant toujours militairement les prisons. J’ai entendu des bénévoles à la prison de Nanterre, où il y a 500 places et où on entasse 1000 détenus, qui enseignent les maths et les lettres. Les adultes qui sont demandeurs et qui font la queue pour avoir une place aux cours sont d’excellents élèves, mais pour les mineurs qui sont contraints d’assister aux cours les intéresser est très difficile. Ces professeurs se dévouent néanmoins jour après jour pour transmettre le savoir.
Il y a toujours quelque chose à faire pour construire un monde moins injuste. Je rappelle toujours que la fondatrice de l’ACAT, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture, aujourd’hui mouvement international avec siège consultatif à l’ONU pour la FIACAT, et au Conseil de l’Europe pour l’ACAT, Hélène Engel, était une petite grand-mère de rien du tout, veuve, n’ayant jamais eu le droit d’exercer un métier comme bourgeoise, et qui a eu l’audace quand elle a découvert la torture en 1974 d’aller avec son amie Edith du Terte, autre grand-mère encore plus âgée, sonner chez tous les curés, les pasteurs, les popes, leur dire : la torture existe, les chrétiens ne peuvent pas se taire.
Aujourd’hui je soutiens, avec SOS Africaines en Danger, de jeunes Africaines musulmanes réfugiées à Paris pour cause d’excision et de mariage forcé avec de vieux polygames. Le crime d’excision existe depuis les pharaons. Et le silence du colonisateur a été fracassant.
Aujourd’hui je cherche une Hélène Engel pour commencer le combat contre le repassage des seins au Cameroun, torture quotidienne infligée par les mères à leurs filles avec des galets chauffés au feu pour empêcher les seins de pousser et ainsi empêcher les hommes de provoquer le déshonneur de la famille, prétexte millénaire pour opprimer les femmes. Là encore, devant ces mutilations, le silence est fracassant quoique les droits humains soient universels.
Les chrétiens sont interpellés par les injustices. Prier c’est demander comment agir, disait le pasteur Casalis.
N’oublions pas de méditer la parole de Paul : « Car si la justice vient de la Loi, c’est donc que le Christ est mort pour rien. »(Galates 2, 21)
Et celle de Pascal : « Le Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde. Pendant ce temps-là il ne faut pas dormir. »
 

Danielle Mérian       Avocate honoraire

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