Femme appelée, femme apôtre !

Dimanche 19 mars 2017 – 3e dimanche de carême – Ex 17, 3-7 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

« Si tu savais le don de Dieu… » : une phrase forte qui résonne comme un appel à croire en ce Dieu d’amour et de bienveillance agissant au cœur de nos vies. Cette foi traverse les trois textes de ce dimanche pour réveiller en nous le rêve de liberté plongé au plus profond de notre humanité.

Le premier texte relate une histoire d’émancipation et de fierté retrouvée. Les Hébreux viennent de quitter une vie, peut-être confortable, mais faite d’effacement et de négation. Esclaves en Égypte, ils ont fui pour retrouver leur authenticité et leur capacité à s’autodéterminer. Mais la route de la liberté est dure. Il faut s’assumer, se débrouiller. Moïse en fait les frais à plusieurs reprises.

Dans le deuxième texte, St Paul parle d’espérance et de grâce. Celles et ceux qui ont fait l’expérience de la quête de la liberté savent, ô combien, il en faut de l’espérance et de la grâce ! Ils savent qu’il faut « y croire » pour garder le cap quand tout est sombre et continuer à voir Sa lumière.

L’évangile de la Samaritaine est un véritable hymne à toutes celles et ceux qui veulent vivre debout. Ce récit est comme un souffle à la force tranquille de cette femme rebelle. Longtemps présentée comme une pécheresse aux 5 maris, d’autres lectures sont possibles. Et si la Samaritaine était la figure du refus de rentrer dans les rôles convenus ? En rupture avec sa culture, elle refuse les codes, elle refuse d’être une mineure éternelle, confinée à la maison. Elle se met debout et quitte, et pourquoi pas « répudie », ses cinq maris qui ne devaient pas être tendres avec cette fière amazone. Les paroles devaient claquer. Contrôle social oblige, sa communauté ne semble pas l’approuver. Elle semble en marge. À l’heure où tous se reposent, elle va seule, puiser de l’eau. Bref, notre Samaritaine semble être une rejetée.
D’ailleurs, sur ses gardes, quand Jésus lui parle, elle ne se laisse pas toucher. Elle ironise et reste au premier degré du discours. Lentement, le Christ la fait grandir en clairvoyance théologique. Calmement, il gagne sa confiance pour lui faire progressivement découvrir qui Il est. D’un face à face, les yeux dans les yeux, toute l’intensité de la rencontre se déploie. Et la Samaritaine se laisse apaiser, transformer et convertir. D’un dieu baal, elle passe au vrai Dieu qui s’adore en Esprit et en vérité, ni au Temple, ni à Jérusalem, ni sur le mont Garizim.
Poussée par son intuition forte, touchée par les paroles du Christ, la Samaritaine lâche sa cruche, comme André et Pierre ont lâché leur filet. Comme les apôtres à la Pentecôte, elle affronte ses peurs, oublie ses ressentiments et court annoncer la bonne nouvelle. Première missionnaire, première envoyée, elle est « apostolos », elle témoigne et convainc. Elle, la femme mal acceptée, renverse tous les codes et s’adresse, seule, aux hommes qui, ensuite, la suivent, la reconnaissant comme leur pasteur les menant vers le Christ.
Quelle magnifique histoire, preuve de la nouveauté évangélique qui sans cesse bouscule et porte à réfléchir autrement ! Une femme, seule et samaritaine, dialogue avec le Christ, se laisse envoyer, se fait première moissonneuse de Dieu et participe à la conversion de sa ville. N’est-ce pas une belle preuve de ce Royaume de Dieu qui advient où il n’y a plus de codes qui enferment et privent chacun d’être ce qu’il est ?
Alors, confiants dans le regard bienveillant de Dieu sur nos peurs et nos erreurs, laissons-nous toucher, apprivoiser, convertir par sa parole et sa présence pour redémarrer, réconcilié-e-s et réunifié-e-s avec nous-mêmes, les autres et Dieu. Nous sentant aimé-e-s en premier, nous pourrons nous aimer, aimer les autres et aimer Dieu pour nous faire porteurs de sa présence aux périphéries.
 

Anne-Joëlle Philippart

Credit photo: 
Le Guerchin [Public domain], via Wikimedia Commons