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Exultation et espérance

Paule ZELLITCH
Joie
CC0 Public Domain

Dimanche 9 juillet 2017 – 14e dimanche du temps ordinaire – Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30

Voici que la joie, voire la jouissance de la fille de Sion est annoncée ! Voici qu’elle est appelée à exulter ! Tous les textes de ce dimanche sont liés les uns aux autres par le corps, les émotions, et par ce je ne sais quoi qui emporte le tout au-dessus de la seule matérialité mais sans pouvoir l’obérer sinon en trahissant l’intention première... Toute la tension des textes est là : avec le corps, par le corps, mais à l’horizon de plus que le corps, par une exultation aux multiples visages.

Le roi vient à sa belle. L’époux, dans la tradition juive, est le sabbat. Il vient chaque vendredi soir, à la tombée de la nuit, et c’est lui qui donne, à chaque jour de la semaine, un parfum de fiançailles. Le roi époux et qui vient, dans ces versets, est juste et victorieux. Une justice victorieuse car de l’équité elle va à la miséricorde et donc à l’amour. Mais les choses ne sont pas aussi simples ! Sa royauté est paradoxale. Monté certes sur un âne à l’instar du roi David, mais sur un âne en devenir, un ânon. Ainsi, ce roi est, par une sorte d’analogie, un roi encore en devenir et plus étonnant encore, il est pauvre. Faisons un point d’étape ; si nous reprenons l’ensemble de ces caractéristiques : il est à la fois juste, victorieux, en devenir et pauvre. Cette suite de tensions posées, l’auteur monte d’un cran et va introduire, après une première affirmation, un nouveau paradoxe. La puissance de ce roi est bien réelle puisqu’il est victorieux. Mais il est, non pas doté de la puissance de guerre que l’on attendrait d’un roi, mais d’une puissance de paix…  et quelle puissance de paix ! Une paix qui n’a besoin ni d’or et ni de chars mais de l’exultation d’une fille et d’une fille de Jérusalem. Y aurait-il comme un lien entre l’exultation et la venue d’un tel roi ? Pour qu’une telle paix advienne et advienne vraiment, il faudrait donc qu’un grand désir, qu’une longue attente l’accueille jusqu’à l’exultation finale. Laissons tout ceci nous interroger et allons maintenant à la rencontre de Paul.

Si nous nous en tenons aux versets qui nous sont proposés dans la traduction liturgique, Paul déclare que nous sommes sous l’emprise de l’Esprit par un « puisque » qui résonne comme une affirmation sans autre explication. Pris au ras du texte, cela peut conduire le lecteur professant à tenir une position en surplomb au point parfois d’assujettir l’idée même de Dieu et d’Esprit. Il y aurait « nous » et les autres. Or, l’Esprit habite où il veut et comme il veut et c’est lui qui réinjecte une belle dose de désir en chaque existence. Quels que soient les chemins parcourus, qui n’a pas envie d’une habitation placée sous le sceau de la résurrection ? Et y a-t-il plus belle exultation que celle-là ?

C’est, à sa manière, ce que Mathieu nous dit. Cet évangéliste, qui est un sachant, ne prône pas l’ignorance ! Il souligne l’importance du désir, d’un désir sans mélanges ; non pas un désir qui se mobiliserait au détriment d’autrui et que nous connaissons fort bien, mais un désir qui, émerveillé par le bien et le bon, ne cesserait de le désirer, de le chercher, de l’instaurer. C’est de cette connaissance-là que Mathieu nous parle. Mais elle comporte une condition qui passe par tout notre corps et qui joue sur la mémoire, ou plutôt nos mémoires, celles de la joie et de la détresse. La joie expérimentée à chaque fois que nous avons rencontré bonté et douceur, et le malheur à chaque fois que violence et cruauté ont failli avoir raison de nous. Or le joug de la bonté n’est jamais aussi bien porté que lorsque la mémoire de nos multiples morts et résurrections est vivace. Ainsi l’exultation de la fille de Sion est le fruit d’une expérience et non pas une joie hors sol. Quand elle devient la nôtre, alors le Roi approche !
 

Paule Zellitch

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