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Espérer et entreprendre (Troisième partie)

Pierre-Yves DIVISIA
The Ladder of Divine Ascent
© CC0 Domaine public

Quels plans d'action envisager ?

Au n° 49 d'Evangelii gaudium, le pape François écrit : “Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus Christ. (…) Je préfère une Église accidentée, blessée et sale parce qu’elle est sortie sur les routes, plutôt qu’une Église malade de son enfermement et qui s’accroche confortablement à ses propres sécurités” – ce qui ne signifie évidemment pas d'abandonner nos Eglises ! Par contre cela implique de s'interroger sur nos certitudes, et ce au risque, comme Pierre, de perdre pied : nous croyons, en effet, que Jésus interviendra pour nous comme il l'a fait lorsque l'apôtre a pris peur (Mt XIV, 31).

Car «Les peurs sont normales, indique Alois Löser, Prieur de Taizé, mais l'Evangile nous donne le courage d'accueillir le nouveau, de nous laisser bousculer par l'inconnu. Nos identités ne sont pas des valeurs qui resteraient immuables : elles ne cessent d'être en évolution. Les cultures se sont toujours développées au contact d'influences venues d'ailleurs. Les cultures marquées par la foi chrétienne ne doivent pas être conservées comme dans un musée ; elles ne se renouvellent que si l'Évangile est vécu concrètement. Des dépassements culturels ont toujours existé au sein de la tradition chrétienne. Parmi les premiers chrétiens, certains ont eu la tentation de rester à l'intérieur du judaïsme puis se sont ouverts au monde grec. Le christianisme est aujourd'hui face à un défi comparable. Le relever courageusement sera un enrichissement, non seulement entre nations européennes, mais aussi grâce à l'apport des migrants désormais nombreux dans nos pays. Tant de paroisses et de communautés chrétiennes trouvent un nouvel élan en accueillant ces derniers ! » (La Vie, n° 3768 du 16 novembre 2017).

Quelques propositions pratiques

En 1962, Yves Congar relevait au sein de l'Église catholique la persistance d'us et coutumes d'un autre âge (Pour une Église servante et pauvre réédité aux Editions du Cerf). Qu'avons-nous fait depuis Vatican II ? La situation a-t-elle significativement progressé ?

L'Histoire démontre que l’Église n'a guère évolué que sous les coups de boutoir de la société civile. Observons que cette dernière donne peu ou prou l'exemple dans un certain nombre de domaines :
-  Place de la femme dans la société (accès aux responsabilités),
- Aspiration des peuples à la vie démocratique (ouverture à l'horizontalité des processus de décision),
-  Avancées du droit et du respect des minorités (accueil des différences, œcuménisme),
-  Non-violence (ce qui ''exclut les exclusions'', donc les ''excommunications'').

L'exemple venant rarement d'en haut, il revient à la base de prendre l'initiative.

L'un des premiers pas pourrait consister à multiplier les groupes d'amis, comme dans les mouvements d'approfondissement de la foi (ACI, MCC, Equipes Notre-Dame, etc.), dans la perspective de constituer, au rythme de chacun, des communautés priantes et agissantes sur le modèle des premières collectivités chrétiennes comme le recommande Joseph Moingt. Voici quelques-unes des suggestions que l'on l'on peut en tirer :
- un petit groupe de baptisés soudés peu à peu par l'amitié et les échanges,
- un lieu éventuellement privé fixe ou non,
- un président d'assemblée de prière chaque fois désigné par la communauté,
- un échange sur les textes choisis ou un thème déterminé,
- une équipe de préparation,
- un partage du pain selon le rite du mémorial observé par les premiers chrétiens et décrit par Paul (1Co XI, 23-26),
- un repas simple, apporté par chacun et pris en mettant tout en commun.

D'autres aménagements peuvent améliorer encore les réunions comme :
- renforcer la cohésion du groupe par des projets communs,
- soutenir les membres qui éprouvent des soucis professionnels ou personnels,
- encourager les engagements bénévoles dans les services sociaux, politiques ou caritatifs,
- inviter un intervenant extérieur qui parlera de ses activités ou/et d'un sujet qu'il aura approfondi.
- participer à la vie des paroisses qui devraient tendre à devenir des ''communautés de communautés''.

En parallèle, le distinguo, artificiel sauf démonstration contraire, entre ''ministère baptismal'' et ''ministère sacerdotal'' devrait naturellement s'estomper jusqu'à disparaître. Bien des Eglises chrétiennes ont déjà réalisé cette conversion. Quoi qu'il en soit, l'intuition confiée par Marthe Robin le 16 février 1936 à son conseiller spirituel Georges Finet, devrait se révéler prophétique : ''L’institution sera rajeunie par l’apostolat des laïcs. Ils vont avoir un rôle très important à jouer''. Cela suppose, bien sûr, d'être prêts à renoncer au confort de nous reposer sur les clercs pour assumer les responsabilités dont ceux-ci se sont emparés au fil du temps et qu'ils ne peuvent désormais plus assumer en raison de la rapide contraction des effectifs. Parallèlement, des voix comme celle de Timothy Radcliffe (article de La Croix du 8 juin 2014 sur ''les scénarios d'avenir pour l’Église de France'') se font entendre pour que, de son côté, l’Église catholique accepte de se dépouiller. C'est ce que semble tenter de réaliser le pape François. Il se heurte cependant à une résistance acrimonieuse jusque dans les plus hautes sphères de la Curie. Les baptisés pourraient et devraient contribuer à mener à bien cette tâche essentielle et urgente. Le feront-ils et comment ?

 Le futur de l’Église repose largement entre nos mains : quelle sera notre réponse ?
 

Pierre-Yves Divisia

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