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Espérer et entreprendre (Deuxième partie)

Pierre-Yves DIVISIA
Lavement des pieds
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Les articles de foi proposés par l’Église sont-ils tous conformes aux évangiles ?

La surprise et l'incompréhension souvent décrites par les évangélistes illustrent à quel point le comportement de Jésus a révélé les contradictions accumulées au cours des siècles entre le message de la Torah et la conduite de ses contemporains. Il l'a payé de sa vie. Au n° 42 d'Evangelii gaudium, le pape François rappelle que le risque demeure, quelle qu'en soit la forme : « La foi conserve toujours un aspect de croix. » Et comme au temps de Jésus, de nos jours les « défenseurs de la foi » ne sont pas les derniers à porter les mauvais coups, en particulier lorsqu'on met en doute le fondement évangélique de certains dogmes.  
Cette question est d'importance primordiale dans la mesure où elle a conduit bon nombre de baptisés (prêtres compris) à s'éloigner de l’Église. On peut, à titre d'exemple, dresser dans le désordre une liste, de très loin non exhaustive, de points d'interrogation en vue d'inciter chacun à l'effort d'un examen de sa propre foi, à rejoindre, corriger ou réfuter les interprétations proposées et à se poser sans exclusive d'autres questions :

- « Présence réelle » et « sainte réserve »
Il est officiellement et indiscutablement admis que Dieu ne saurait être retenu, possédé ou enfermé, que l'homme est son seul temple et que l'Eucharistie, ce n'est pas « le pain », mais « le pain rompu et partagé ». « Mange ce que tu es pour devenir ce qu'il est » dit saint Irénée : serions-nous destinés à devenir, en quelque sorte, de petits morceaux de pain sec enfermés dans une boîte rangée dans un placard au fond d'une église vide ?

- Jésus, vrai Dieu et vrai homme
Les évangélistes le répètent unanimement à maintes reprises, seuls les diables savent qui est Jésus.
Lorsque Jean écrit qu'après la résurrection l'apôtre Thomas (dont, par trois fois, l'évangéliste fait comprendre que nous en sommes les jumeaux) s'est écrié « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28), ne se référait-il pas au psaume « Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut » (82, 6), reconnaissant que, par son comportement, Jésus avait non seulement révélé qui était Dieu, mais aussi, idéalement réalisé ce à quoi l'homme est appelé et que, seuls, les chrétiens osent annoncer : devenir semblable à Dieu ?
Tout homme est un mystère qui s’échappe à lui-même, combien plus Jésus !…

- Ministère baptismal et ministère sacerdotal
Les premières communautés chrétiennes gardaient encore un souvenir vivant de Jésus et de son enseignement. Entretenaient-elles un tel distinguo ? Les Évangiles et les Actes des Apôtres permettent sérieusement d'en douter. Ce point infléchira la troisième partie de l'exposé.

- Virginité de Marie
Dans ses ouvrages successifs signés du cardinal comme du pape et conformément à l'exégèse juive d'Ex 2,1, Joseph Ratzinger laisse entendre que cette virginité est purement spirituelle. Marc et Jean n'en parlent pas du tout, à supposer qu'ils considèrent le sujet très mineur. Paul, qui fut le premier à recueillir et consigner les témoignages de la foi chrétienne, aurait-il passé sous silence un événement aussi considérable qu'une maternité sans intervention masculine et insisté sur le fait que Jésus avait été en tout point semblable aux hommes ses frères (He 2,17) ? C'est l'une des pierres d'achoppement de l'œcuménisme ; ne serait-il pas temps de la lever ?

- Symbolique des évangiles
Un bien trop grand nombre de paraboles sont commentées comme s'il s'agissait de faits historiques ou de quasi-reportages. Cette façon fondamentaliste de lire les Évangiles, très naïve, totalement étrangère à l’esprit des auteurs juifs et, souvent, contraire aux faits, conduit malheureusement beaucoup à considérer qu'il s'agit d'une construction purement humaine, voire d'un aimable conte de fée.

- Place des femmes dans l’Église
Selon les évangiles, Jésus n'a pas appelé de femmes (argument généralement avancé pour justifier le refus de leur attribuer des responsabilités autres que mineures). Cela ne signifierait-il pas que, naturellement plus généreuses, courageuses et entreprenantes que les hommes, elles sont venues à lui sans qu'il ait eu besoin de les appeler ? C'est elles qui, notamment, ont été chargées d'annoncer la nouvelle fondamentale de la résurrection de Jésus sans laquelle notre foi est vaine (1Co 15, 14). Elles sont apôtres, au moins tout autant que chacun de nous, baptisés, qui sommes les jumeaux de Thomas comme déjà souligné. En outre, Paul insiste (Ga 3, 28), « il n'y a plus l'homme et la femme »… Théologiquement, rien ne s'oppose à ce que les femmes occupent quelque place et responsabilité que ce soit au sein de l’Église, si ce n'est notre antique et pesant héritage culturel.

Bien d'autres sujets de discussion auraient pu être soulevés. Ceux retenus ici ne constituent qu'une très timide amorce d'une analyse plus détaillée du catéchisme de l’Église catholique. Cet examen sera d'autant plus fructueux qu'il aura mûri aux rayons du Premier Testament et de son exégèse juive. Une bonne connaissance de nos racines juives (Rm 11, sans omettre Jn 4, 22) est, en effet, indispensable pour un tri réfléchi des scories accumulées depuis deux mille ans – en introduction était rappelé que Jésus avait effectué une semblable démarche en son temps. Ainsi pourrons-nous accueillir sans entrave la liberté qu'apportent les Écritures, liberté sans laquelle il n'est ni joie, ni paix.
Cela dit, la foi du chrétien se mesure essentiellement à ses engagements (l'action rassemble) et non en priorité à ce qu'il croit (les particularismes divisent).

=> Troisième partie

Pierre-Yves Divisia

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