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Déclaration au sujet de la pédophilie dans l’Église

CCBF

Réseau de la Conférence des baptisé-e-s (CCBF)

Devant la persistance et l’aggravation considérable des dénonciations par la justice civile d’actes de pédophilie dans l’Église catholique, devant l’appel du pape François à toutes les communautés catholiques, la CCBF entend prendre sa part, à la fois dans la solidarité envers les victimes et dans la vigilance contre une culture de mort qui abuse du corps d’autrui.

Elle fait sienne la vigoureuse dénonciation du cléricalisme faite par le pape François. Sans nier la profonde solidarité entre laïcs et prêtres que le jeûne et la prière peuvent insuffler, elle demande que l’Église prenne des dispositions concrètes pour aller jusqu’à la racine de ce cléricalisme qui est, pour l’Église et pour la société toute entière, un poison.

Il est urgent de ne plus fermer les yeux sur les conditions objectives qui le favorisent : célibat obligatoire, absence de femmes dans les instances de décisions, anthropologie qui méconnaît la fonction structurante de la sexualité dans le psychisme d’un être humain et se fonde sur « ce qui serait ‘naturel’, un concept qui n’existe pas, abus spirituels et emprise psychique sur des religieux, religieuses et simples fidèles, terrible culture de l’entre soi – entretenue dans les séminaires - qui définit un sérail et des gens qui lui resteront extérieurs, concentration inacceptable de toutes les décisions de l’Église - qui concernent pourtant tous les fidèles - dans les mains d’une petite caste de personnes qui se protègent les unes et les autres en toute impunité.

Car c’est masqué et pavé de bonnes intentions que le cléricalisme opère, non seulement en matière de mœurs, mais dans une manière d’être, dans un discours pervers qui instrumentalise le divin, maquille le pouvoir en « service », et infantilise le peuple catholique. Il est temps de se souvenir de l’adage « qui veut faire l’ange fait la bête. »

La CCBF observe ces jours-ci des manœuvres latérales pour minimiser ces faits, pour les imputer à un autre temps où la société n’avait pas sur ces sujets la clairvoyance actuelle, pour relativiser la notion d’attouchement, pour dire qu’une fois, c’est bien peu… et pour déplorer la médiatisation de ces « affaires ». Ces procédés sont scandaleux. Derrière, il y a un concept qui fait flores, celui de la « raison d’Église » qui veut que sous le couvert de la sainte obéissance, on minimise, on dissimule, on prétende régler « en interne » le problème, loin des micros et des caméras et pire encore, en faisant obstruction à la justice civile.

La CCBF réaffirme avec force que la justice civile doit être le premier interlocuteur de l’Église : curie, évêques et supérieurs majeurs des congrégations religieuses doivent lui communiquer toutes les informations utiles. Aussi elle demande que le pape ordonne aux intéressés d’aller systématiquement déclarer aux instances civiles les faits commis sur des mineurs. Trop souvent, dans l’Église, on croit que la justice de Dieu dépasse la justice des hommes ; mais l’une ne va pas sans l’autre. Ces dérives pathétiques, outre les effets pervers qu’elles ont sur le corps de l’Église, lui font perdre, en France en particulier, toute crédibilité en matière éthique.

Elles conduisent la CCBF à demander l’ouverture d’assises sur la gouvernance de l’Église de France. Nous croyants, sommes impliqués, nolens volens, dans ce discrédit qui nous atteint individuellement et collectivement. Nous ne pouvons croire qu’il s’agit d’exceptions. Ces événements sont la conséquence d’un mode de gestion qui a failli et qui doit être repensé avec les laics. Il faut oser faire confiance au peuple de Dieu, à son sensus fidei , pensé en lien avec le magistère, bien sûr, ce « sens de la foi » unanimement reconnu, mais scandaleusement inutilisé. Il ne manque pas de forces, dans le monde catholique, pour donner de leurs compétences, de leur expérience et de leur foi au service d’une Église attentive aux appels de l’Évangile. « Le baptême précède et dépasse l’ordination » dit le pape François. Écoutons les baptisés et entrons délibérément dans un nouvel âge de notre Église.

Le 22 août 2018

Le bureau

Contact : contact@baptises.fr

tél:0681541286

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Commentaires
AGULHON Hervé

Une déclaration bienvenue qui devrait donner une meilleure visibilité à notre mouvement et mettre un peu de baume au cœur à nos frères chrétiens catholiques qui s'éloignent de notre Eglise car ne se sentant plus en phase avec son fonctionnement et sa démarche d'une autre époque en total décalage avec les réalités que vivent les femmes et les hommes de notre temps.
Même si nos souhaits en la matière, vont plus loin que les vœux de notre Pape, il nous appartient de le soutenir pour bien faire comprendre que nous n'avons pas l'intention "d'aller voir ailleurs" et que, plus que jamais, nous sommes déterminés à ne "ni partir, ni nous taire".

jehan de ch'nord

Entièrement en phase avec la philosophie du texte. Il est temps de faire un grand " nettoyage de printemps"
en ce qui concerne les histoires de moeurs. Je cois, pour ma part, que le fait de ne pas permettre à l'église de muer intelligemment ( célibat des prêtres, accès permis au femmes aux fonctions cléricales ( les protestants sont ils plus mal dirigés?, l'âge souvent aussi canonique que le droit, sont des facteurs de glaciation de notre Eglise qui se meurt...) Ce n'est qu'un humble avis de pratiquant régulier qui constate avec effroi le vide singulier des espaces de culte le dimanche. Doit-on faire un examen plus approfondi de nos modes de pensée et d'action? sans doute est-on tous un peu responsable ( coupable ?) de ce naufrage...
Bien respectueusement à vous.
Un humble paroissien.

Valmi

J'ai été prêtre à Evreux de 1965 à 1970. Je signe des deux mains votre communiqué. Auteur de Avant Jésus et après Jésus, Golias 2016. Résident aux USA

Didier LEVY

Il est extraordinairement rare qu'un communiqué, quelle que soit l'importance du sujet dont il traite, et quel que soit l'accord global qu'on ait sur le fond avec les attendus qu'il développe, recueille un assentiment dépourvu de toute réserve - celle-ci ne porterait-elle que sur un point de détail ou une nuance.
Or cette "Déclaration au sujet de la pédophilie dans l’Église", toutes les éléments de l'analyse historique, ecclésiale et sociétale qui y sont développés, le diagnostic qui est posé - en son entier -, et les interpellations réformatrices qu'elle adresse - si vigoureusement - à l'institution sacerdotale, entrent bien dans le cas hors du commun d'emporter, mot pour mot, un accord total.
Tout cela devait être dit.
Demeure que pour être dite avec autant de clarté, de force et de raison, cette protestation de la conscience et du « sens de la foi » bute sur le doute où nous sommes quant à la faculté de l'entendre dont cette même institution sacerdotale pourrait disposer. Des siècles de toute puissance n'ont-ils pas privé, à tous les échelon et dans toutes les configurations de son pouvoir, la caste masculine des clercs de la possession du "audies audiendi" ?
Autrement dit, une fois encore, la réforme ne s'avère-t-elle pas possible qu'en dehors de l'institution qui s'est conçue pour exercer le monopole de la gouvernance du croire et de la direction des consciences ? L'aspiration à la liberté de l'esprit et au libre exercice de l'intelligence de la foi - et de sa traduction humaine hic et nunc - peut-elle s'épanouir sans submerger et briser les digues qui ont été construites pour la décourager et la laisser irrévocablement inerte ?
Des digues qui cloisonnent cette "terrible culture de l’entre soi", qui est si lucidement dénoncée dans la Déclaration et qui justifie que contre le concept de la « raison d’Église », on étende au peuple de D.ieu l'énoncé qui affirme que "Le cléricalisme, voilà l'ennemi".

Pauline D.

Je soutiens ce texte.

Jean-François FYOT

Y a-t-il une pétition en ligne ?

Yolande Eyoum

C'est en lisant cette déclaration que j'ai découvert l'existence de la CCBF et j'en suis ravie.

Merci pour vos actions qui sont en parfaite adéquation avec ce que je souhaite pour notre église.

Je continuerai donc à suivre vos projets et actions.

Lella

Je partage le contenu de cette lettre. La prise de position du Pape est encopre plus forte que cette lettre. Je partage et soutien totalment les positions du Pape sur la pedophilie et aussi sur toutes les questions sociales: justice sociale, emigrations etc.

marie claude JOLY

ravie de lire un texte intelligent, enfin!
je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à penser que le presbytère arrive en fin de cycle… et quelle catastrophe que le cléricalisme !
prions pour un renouveau dans l'Eglise !
et si la diminution des vocations était un signe …
mc joly

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