Comment voir la pauvreté comme une richesse ?

Dimanche 29 janvier 2017 – 4e dimanche du temps – 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12a

Car il s'agit bien de cela : quelle plus grande richesse que d'avoir accès au Royaume, qui plus est « des cieux » ? Encore faut-il ne se tromper ni de pauvreté... ni de richesse. Peut-on, humainement et fraternellement, souhaiter la pauvreté à qui que ce soit ? Et pourtant. Quand on côtoie un tant soit peu les gens qui sont dans la rue ou dans une situation de précarité, ce n'est pas là que l'on trouve le plus grand malheur et le moins de vie. Cela peut être difficile, et même audacieux à dire ou à entendre, mais c'est vrai, souvent – pas toujours.

Heureux les pauvres de cœur, ceux qui pleurent, les doux (devant la violence), les miséricordieux (malgré les coups qu'ils se prennent), et le bouquet : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous ( !), soyez dans l’allégresse ( !), car votre récompense est grande dans les cieux ! » On ne s'attarde généralement pas sur cette béatitude-là. Elle est difficile, dérangeante, incompréhensible peut-être. Et pourtant, c'est probablement la plus importante, au vu de la place qu'elle occupe dans notre texte mais aussi parce qu’elle intervient comme un véritable point d'orgue.

Alors quoi ? C'est le monde à l'envers ! Il ne suffit pas d'être critiqué et rejeté pour entrer dans le Royaume. Jésus spécifie : « à cause de moi », c'est-à-dire si nous suivons ses pas, son chemin, sa façon de vivre, d'aimer, d'être en vérité. Faut-il comprendre qu'aimer en vérité entraîne la persécution et la médisance, alors que nous pensons le contraire : quand on aime, on est forcément « bien vu », car serviable et gentil, non ? Mais, si on cherche à être bien vu, est-ce qu'on aime vraiment ? Là est la question.

Et Paul en remet une couche : « Ce qu’il y a de fou, de faible, de méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi... » Alors qu'un être humain « normal » aurait, naturellement, plutôt tendance à être raisonnable et sage, fort, reconnu et bien sous tous rapports.

Quel est ce Dieu qui choisit tout le contraire de ce qui va, pour nous, dans le bon sens, et qu'est-ce qui nous dit que c'est vrai ? « Réjouissez-vous, votre récompense est grande dans les cieux. » Le Royaume des Cieux qui est déjà là. Quelle expérience en avons-nous ?

Réjouissez-vous ou soyez dans la joie... Cela me fait penser à la « joie parfaite » dont parle François d'Assise, souvenez-vous, quand il dit à frère Léon comment la trouver : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère... ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit... et s'il sort avec un bâton noueux..., et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni..., écris qu'en cela est la joie parfaite. » Et François vivait cette joie-là. Existentiellement. C'est un grand mystère pour moi. Pourtant, c'est aux moments où je me suis sentie démunie, perdue, douloureuse que j'ai senti en moi une vie qui me dépassait, une paix et une plénitude, complètement inattendues et gratuites.

Est-ce le Royaume, cette sensation de paix, de vie, de liberté intérieure ?

Christiane Robert

Credit photo: 
Femmes et enfants à Cuba.
https://sentinellesmisericorde.files.wordpress.com