« Bon Livre » 2017 n°4, février 2017. François Cassingena-Tréverdy, Cantique de l’infinistère. À travers l’Auvergne

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » n°4, février 2017

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les douze « bons livres » proposés par la Conférence.

François Cassingena-Tréverdy, Cantique de l’infinistère. À travers l’Auvergne

Éd. Desclée de Brouwer – septembre 2016 – 178 pages– 16,90 €

François Cassingena-Trévedy. Un moine-marcheur. Un pèlerin. Une montagne aimée : le Cézallier (dans le Cantal). Et c’est un chant, une poésie, un cantique oui, qui coule dans ce livre dont on ne sait plus vraiment qui est maitre de quoi ou qui. Est-ce le moine qui guide ses pas sur les chemins ou l’inverse, est-ce l’appel de la montagne, sa beauté et son âpreté ? Est-ce son âme qui s’élève et chante, inspirée par Dieu ou par les dieux païens et autres forces telluriques du lieu ? Qui emmène qui sur quels chemins ?

Le Cézallier est le berceau d’une partie de ma famille. C’est là où j’ai probablement chaussé mes premières paires de ski de fond (au Luguet). C’est le massif vers lequel on se tourne pour voir si l’hiver approche : « ah tiens, le Luguet est blanc. » C’est un endroit sauvage d’une beauté qui doit tout à ce lieu qui semble retiré du monde. Alors c’est vrai que j’étais un peu en terrain connu. Mais il n’est pas nécessaire de connaitre les lieux pour les avoir en tête. Les descriptions de François Cassingena-Trévedy vous emmènent sur les chemins comme si vous y étiez et les paysages sont là, devant vos yeux.

Cet « infinistère » est déroutant, si l’on peut parler ainsi d’un ouvrage retraçant un pèlerinage, une marche à travers la montagne. Je dois l’avouer, au départ je pensais me plonger dans un livre d’un ennui profond. Qu’est-ce que l’auteur pouvait bien avoir à dire pendant autant de pages sur sa marche ? Et puis l’on se prend à son vagabondage, tant physique que spirituel.

Et ce n’est pas juste une histoire de pas à travers des paysages presque désertiques, ce sont aussi des rencontres humaines qui racontent l’histoire de cette vie, là-haut. Une France « profonde » parce que justement elle s’attache à un essentiel lié à la terre, aux animaux et aux saisons.

Ce « cantique » est aussi un hommage, ou mieux, un renouveau des plus beaux cantiques de notre patrimoine : le Cantique des Cantique, mais aussi et surtout le Cantique du soleil de St François d’Assise. À son tour, comme son saint patron, François Cassingena-Trévedy chante sa propre ode à la création divine, là où l’humain rejoint le cosmos et vibre de cette fraternité.

Enfin, la raison pour laquelle cette vagabonderie est délicieuse à la lecture, c’est pour toute la poésie qui s’en dégage et une utilisation de la langue française comme il est très rare de la lire maintenant. Lire un écrivain qui la manie aussi bien, qui utilise tant un vocabulaire riche que des phrases magnifiquement construites, c’est suffisamment rare pour être souligné. Je ne parle même pas des références érudites : entre la Bible, les philosophes grecs et Dante, c’est pléthore de renvois et de recoupements littéraires. Du bonheur

 

Tellou