« Bon Livre » 2017 n°3, janvier 2017. Philippe d’Iribane, Chrétien et moderne.

Prix littéraire de la Conférence : « Bon Livre » 2017 n°3, janvier 2017

Cette « Note de lecture » vous invite à vous procurer l’ouvrage, à le lire, afin de pouvoir voter pour le livre de votre choix, parmi les douze « bons livres » proposés par la Conférence.

Philippe d’Iribane, Chrétien et moderne.

Éd. Gallimard – juin 2016 – 240 pages – 20 €

Confrontés à la modernité, les chrétiens sont déstabilisés. Tandis que les progressistes veulent s’adapter à la modernité pour que la Bonne Nouvelle soit entendue, les traditionnalistes se réfèrent à une volonté de Dieu enfermée dans des certitudes, à l’abri de tout examen, et rêvent parfois d’une chrétienté restaurée. Or il n’y a pas de « politique chrétienne ». Il ne peut y avoir qu’une « influence chrétienne sur la manière de vivre la modernité » et cela « exige de se plonger dans la complexité des rapports entre le fonctionnement social et l’être intérieur des membres de la société ».

Dans la modernité, affirme Iribarne, la vocation de l’homme est de penser par soi-même, et plus que jamais notre époque exige un grand discernement. Pour le chrétien il n’y a pas de « vérité » béton : Jésus appelle ses disciples à s’ouvrir à la vérité mais ceux qui le suivent ne sont pas assurés contre le doute, ils doivent se livrer à leur propre démarche.

Jésus révèle une manière d’habiter le monde. Sans rêver d’un « ordre social chrétien » qui n’a jamais existé (rêve aujourd’hui attisé par l’affirmation d’un ordre islamique totalitaire dans toutes les affaires publiques), et sans non plus adopter « la modernité dans son projet d’émancipation radicale qui demande un refus de toute dépendance ». Jésus ne rejette personne, mais énonce ce qu’il pense. L’idéal postmoderne d’une « société liquide » peut se payer cher et l’on risque de créer un nouveau mythe, celui du fantasme de la maîtrise absolue.

Outre cette réflexion très bénéfique sur le vivre en chrétien dans la période actuelle, l’auteur développe une autre réflexion, aussi appropriée à la société qu’à la religion : celle de la prise en compte de deux logiques, celle de la raison et le principe de réalité du vécu de chacun. Ainsi, il y a d’une part le « corps politique » dans lequel tous les hommes sont égaux… et le « corps social » qui a des vécus bien différents suivant la réalité des conditions de vie.

La lecture de cet ouvrage demande un peu d’attention mais nous invite à une réflexion incontournable dans le contexte actuel.

 

Monique Hébrard