Lumineuse écriture
Huitième chapitre de l’Evangile selon Saint-Jean, le texte est titré ‘La femme adultère’, il pourrait se nommer lumineuse écriture.
Dans les faits Jésus commence à agacer sérieusement un certain courant religieux ; la perfection de son chemin crispe à donner des envies de mort.
Jésus dérange, la femme dérange, la loi s’arrange…
Oui si la femme en soi avait moins dérangé que le péché d’adultère, les condamnateurs n’auraient pas eu besoin de la parole de Jésus pour les rappeler à la réalité de leur comportement ;
et s’ils n’avaient pas déformé la parole de la loi du Lévitique, c’est un homme et une femme qu’ils auraient amenés au milieu du temple, pas seulement elle.
Comme si dans le temps de l’histoire, la folie de la loi de condamnation à mort avait été reconnue transformable par les hommes et seulement pour eux.
Comme si la femme devait être parfaite ou encore à tuer… « Moïse nous a commandé de… »
… Jésus écoute, garde le silence, descend au sol, y dessine des traits avec son doigt.
Dans la foule nous aimerions nous approcher pour déchiffrer l’écriture de ce Jésus si attirant avec sa parole si différente, si bonne à recevoir,
l’espérance est si grande et le piège si féroce !
Comment s’empêcher d’entendre l’écho du doigt de Dieu sur les tables de Loi,
serait-ce le tracé d’une loi nouvelle ?
Jésus se lève :
« Que celui d’entre vous qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre. »
Parole de Jésus,
hommes et femmes sont sujets de la même loi et la parole est donnée au péché personnel ;
un à un les fourbes se sont enfuis.
Jésus est redescendu à terre,
il a encore à écrire,
approfondir son tracé de l’intelligence d’amour.
Relevé, Jésus ne condamne pas la femme.
« Vas ! De cet instant ne pêche plus ! »
Vis une vie nouvelle, sans la faute !
Ce jour à l’aube
Jésus n’a rien fait de moins que d’inaugurer
la bascule lumineuse du chemin de l’humanité.
Chemin pour toutes, tous et chacun.
Sans ce toutes et tous et chacun en personne pouvant se mettre à la place de l’autre, domine l’égocentrisme, dans ses ténèbres les jets de pierre du pouvoir sur l’autre.
La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. (Jn1,5)
En se révélant lumière de l’humanité, Jésus a choisi notre terre de toujours,
hommes comme femmes
pour y graver son intelligence d’amour,
comme pour la sentir s’imprégner sous nos pieds, monter en nous, devenir féconde et tracer notre chemin de vie.
Ariane

Ce n’est pas une réponse au magnifique commentaire d’Ariane, mais ma propre méditation :
La liturgie de ce jour nous annonce « Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » Ce monde nouveau est présenté au travers de deux figures : la femme adultère et saint Paul ! Ces deux figures se rejoindraient-elles quelque part ?
Parlons d’abord de cette femme. Elle fait partie de ceux dont la Loi prévoit la mise à mort même si cela ne se pratiquait plus au temps de Jésus. Les gens qui la présentent à Jésus cherchent à le mettre dans une situation impossible : s’il condamne cette femme, il se montrera sans miséricorde ; s’il ne la condamne pas, il se montrera sans respect pour la Loi ! Dans les deux cas, il sera pris dans le piège dans lequel eux-mêmes sont pris, oscillant entre l’application rigide de la loi et la tentation de dire que « ce n’est pas grave ». Deux voies sans issue. Dans les deux cas, le chemin vers la vie est barré.
Comment s’en sort Jésus ?
Il renvoie chacun à son propre péché. « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Les plus vieux, qui ont eu le plus d’occasions d’expérimenter leur propre faiblesse et ont peut-être acquis par là un peu de compassion, se retirent les premiers. Les plus jeunes, peut-être plus exigeants, plus sévères, se retirent aussi. Tous ont péché. Nous aussi !
Ce que nous avons de commun, femme adultère, Paul, vieux ou jeunes pharisiens, c’est d’être des êtres fragiles, faillibles, qui ne marchent pas tout le temps sur le chemin de la vie, de la justice et de l’amour partagé. Jésus nous interdit, par son interpellation, de nous croire justes en accusant les autres ! C’est si facile de se faire un portrait de juste en pointant la faute d’un autre !
Mais c’est une autre impasse que de ne plus pouvoir reconnaître ce qui en nous s’oppose à la vie, à l’amour, au nom d’une compassion frelatée qui nie la loi. La loi donne des repères : convoiter ce qui est à l’autre, voler, mentir, tuer… tout cela ne rend pas heureux. Il faut bien que cela nous soit dit et que nous puissions le dire à nos enfants ! Ces repères ne nous sont pas donnés pour nous condamner ou pour que nous accusions les autres ! Ce sont des balises sur nos routes. Jésus ne nous aime pas d’un amour mensonger.
À chacun Jésus dit, comme à cette femme : « Oui tu as péché, tu es allé(e) sur des chemins qui te détruisent ou détruisent les autres, tu le sais, tu en souffres, mais le Dieu de la vie, mon Père, t’aime : va vers la vie, Il te la redonne par moi ! » « Tes péchés sont pardonnés ». Tes impasses, tes erreurs, ta complicité avec ce qui te détruit, n’en aie pas peur ! Ose les reconnaître et accueille le pardon. Le Père te dit : « tu es mon enfant bien-aimé, va et vis ».
Et Paul alors ? Paul se croyait juste et,devant la Loi, il l’était ! Il était fier de sa naissance, de sa famille, de son appartenance juive. Il ne traînait avec lui aucune honte. Pourtant, en rencontrant le Christ ressuscité, il a appris qu’il était frère de la femme adultère ! Il partage la même condition de pécheur ; il est bénéficiaire du même pardon. C’est le don d’amour de Dieu pour lui, manifesté en Jésus-Christ, qui fait de lui un fils !
Si nous sommes aimés de Dieu, ce n’est pas parce que nous sommes bons. C’est parce que le Père nous aime, qu’il nous a envoyé son Fils pour que nous devenions les frères et sœurs de son Fils premier-né. Il nous veut hommes et femmes à l’image de son Fils. C’est lui qui nous rend dignes et qui nous guide sur le chemin de la vie.
Alors nous pouvons dire avec Paul : « Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela, comme j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. » Puisqu’Il fait de nous ses fils et ses filles, avançons courageusement et sans peur !
Toujours le même récit de la femme accusée d’adultère, et encore un autre regard.
Des hommes viennent vers l’institution qui doit faire appliquer la Loi. Ils espèrent bien qu’elle sera rigoureuse même s’ils ont quelques inquiétudes : on ne sait jamais comment peut se comporter ce Jésus . ! . ! .
Et ils avaient bien raison de douter ! voici qu’il ne condamne ni la femme coupable ni ses dénonciateurs tout aussi blâmables.
L’Eglise, présence du Christ pour les hommes d’aujourd’hui, vit-elle ce renversement de situation ? transforme-t-elle les demandes de condamnation qui lui arrivent, en paroles et gestes de libération et d’envoi ?
L’EAP avait organisé, en février 2009, une soirée grand public pour parler des affaires qui nous faisaient si mal(les évêques intégristes, Williamson et son négationisme ; la condamnation de Recife). Devant le nombre très important de participants (plus de 200 personnes) elle avait décidé de proposer des espaces de parole sur les questions qui nous mettaient en souffrance dans l’Eglise. L’EAP a donc invité, en février 2010, à une soirée d’échange, les personnes concernées par le divorce : les divorcés, remariés ou non,les familles recomposées,…
Nous étions 25 catholiques ce soir-là. Dans le groupe, toutes les situations étaient représentées : des personnes divorcées et non remariées par fidélité aux directives de l’Eglise ; des personnes divorcées et remariées, recevant le pain eucharistique et assumant de nombreuses responsabilités dans la communauté paroissiale, des baptisés divorcés et remariés ayant découvert, en ne participant pas à la table de la communion, que le Christ est aussi présent à la table de la Parole ; des baptisés en instance de divorce; des personnes ayant demandé une reconnaissance en nullité de mariage ; des catholiques mariés et des personnes célibataires… entre tous ces baptisés la parole a circulé librement. Chacun a dit sans emphase, sans voyeurisme, sans fausse pudeur le chemin ouvert depuis l’échec de la séparation. L’écoute des uns et des autres a permis à des souffrances de s’exprimer et aussi a laissé entendre tous les chemins parcourus, toutes les découvertes faites.
Il ne m’a été donné que très rarement de participer à une rencontre d’une telle qualité de respect et de vérité. Il est vrai que personne ne prétendait avoir une réponse à plaquer ici ou là…
La plupart des participants a souligné l’écart entre, d’une part, l’accueil de leur situation, dans les paroisses, par les prêtres et les laïcs et, d’autre part, le discours officiel de l’Eglise ; beaucoup ont dit : » ce qu’ils disent là-haut… ce n’est pas mon affaire… » mais tous ont demandé à poursuivre l’échange, ce que nous ferons au mois de mai.
Jésus n’a condamné ni la femme adultère ni ses accusateurs : il a invité chacun à avancer sur son chemin, dans la vérité de sa conscience.
La présence du Christ en son Eglise peut aujourd’hui encore transformer la condamnation attendue en écoute bienveillante, en reconnaissance pour le chemin parcouru et en envoi pour poursuivre une route d’humanisation et de rencontre fraternelle ..
Merci Véronique de ce témoignage d’une Église vivante, accueillante, proposant à chacun de trouver son chemin d’humanisation. Nous en avons bien besoin.
La femme adultère…
Qui sait aujourd’hui encore ce qu’est l’adultère ? Dans les sociétés traditionnelles, le mariage (arrangé ou forcé) était une institution forte, commanditée par les parents et justifiée par des stratégies foncières ou financières. L’adultère dérangeait cet ordre archaïque et déshonorait les familles.
Aujourd’hui les jeunes ne se marient guère ; ils « sortent » avec quelqu’un ; et quelques mois après ils « sont » avec quelqu’un. On ne sait pas toujours si c’est l’amour qui les unit, le besoin de satisfaire un modèle social, ou l’avantage de ne payer qu’un seul loyer. Il arrive de plus en plus souvent que leurs parents ne se soient jamais mariés. Quoi qu’il en soit, l’institution juridique et religieuse du mariage ne les intéresse pas. Ils ne se sentent liés par aucune loi et nul ne peut leur reprocher d’être infidèles à un engagement qu’ils n’ont jamais pris. Cet évangile risque de leur sembler vide de sens.
Je pense au contraire qu’un jeune peut le comprendre fort bien. Pour Jésus, ce n’est pas d’adultère qu’il s’agit, mais seulement de péché. Il ne s’agit pas de manquement à la Loi, mais de manquement à l’amour. Sa parole aux Pharisiens les ramène à l’universelle condition de l’homme et de la femme : nous péchons contre l’amour. Les Pharisiens s’en vont silencieusement parce qu’ils le savent ; et Jésus renvoie cette femme – notre sœur – en lui recommandant, non de se repentir de l’adultère, mais de ne plus pécher. C’est à nous désormais de savoir identifier nos péchés. Jésus ouvre la porte à un âge adulte de l’humanité. Il ne prononce pas un mot de jugement, mais une parole d’avenir. Un temps nouveau commence. L’Evangile en est l’heureuse annonce. Dieu seul connaît l’amour dans nos vies. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ». Lumineuse Ecriture, en effet.
Philippe a écrit : « Qui sait aujourd’hui encore ce qu’est l’adultère ? »
Bonne et cruelle question.
Ne pas prendre la femme d’un autre, le mari d’une autre, respecter une alliance, une parole donnée… Ça se faisait à l’époque des dinosaures…
Qui sait encore ce que peut être engager sa parole ?
Qui peut encore croire à la parole de quelqu’un d’autre ?
Y a-t-il encore quelqu’un qui tient parole ?
N’est-ce pas terrible que cela soit maintenant vide de sens pour beaucoup ?
Effectivement, il n’y a plus de péché, quand il n’y a plus de différence entre le vrai et le faux, l’alliance et la rupture d’alliance, quand tout se vaut… quand le critère majeur de référence est le « sentiment » amoureux.
@Marie et Philippe,
je crois que paradoxalement, notre époque attache une importance énorme à la parole donnée. Aujourd’hui, si l’un des deux dans le couple est trompé, la société (les copains-copines) dit quitte-le, quitte-la. Ce que nous ne savons pas faire, c’est pardonner. On n’hésite pas à traiter d’hypocrite celui ou celle qui est capable d’attendre le retour, de pardonner, on dit qu’il ou elle ferme les yeux pour de mauvaises raisons. La « société » pense que celui ou celle qui pardonne est un-e idiot-e, un-e faible qui n’a pas le courage de partir. Le problème n’est pas tant de donner sa parole, c’est le la rendre, de refaire confiance. Et si les jeunes gens hésitent à s’engager, ce n’est pas parce qu’ils n’accordent pas de valeur à la parole qu’ils donnent, bien au contraire. C’est parce qu’ils craignent de ne pas tenir cette parole.
Pour autant, il est heureux que nous fondions les mariages sur le sentiment amoureux plutôt que sur des intérêt familiaux, tribaux ou patrimoniaux. Mais le sentiment, ce n’est en effet pas une vague sentimentalité romantique. Ce n’est pas la poudre de la fée clochette dont les effets se dissiperont à coup sûr. Un vrai sentiment est fondé sur l’élection du coeur et sur l’engagement de toute la personne, de sa volonté et de son esprit. Cela dit, c’est facile à dire, ce n’est ni facile de le transmettre, ni même aisé d’en témoigner.