L’Église est-elle encore influente ?

23 avril 2010
Par Xavier

Poursuivant son enquête, Témoignage Chrétien continue de donner la parole à des « intellectuels, religieux et responsables associatifs, croyants ou non », afin qu’ils « donnent leur point de vue ». Ne pouvant naturellement pas toutes les relayer (vous trouverez toutes ces contributions sur le site du journal Témoignage Chrétien), mais après celle d’Agnès Rochefort-Turquin sur le piège de la puissance, je vous signale tout de même la treizième intervention, celle de Christine Pedotti. Elle nous exprime comment la perte d’influence de l’Eglise peut être une bonne nouvelle si, en nous conduisant sur le chemin d’un dénuement évangélique, elle rend à nouveau possible l’espérance de pouvoir « dire en vérité l’Église, c’est nous ». Peut-être que nous pouvons y voir le même écho que l’ancien maitre général des dominicains, Timothy Radcliffe exprimait à la fin de son propos au clergé de Dublin : « de façon douloureuse, le Seigneur détruit nos tours altières et nos prétentions à la gloire et à la grandeur pour pouvoir établir sa maison avec nous » . Un écho qui nous parvenait déjà depuis l’année dernière avec l’interview de Mgr Albert Rouet sur Radio Accord : « La crédibilité ne se décrète pas. Par conséquent, la crédibilité ne se retrouvera que par  l’humilité de partager la vie des hommes, en étant à leur écoute, que par le partage de leurs peines, que par le désir de partager avec eux notre espérance et de les aider à se mettre debout. Il n’y a pas d’autres moyens que Nazareth, que de cheminer comme le Christ sur les routes de  Galilée. Il n’y a pas d’autres moyens que le partage de la fragilité humaine. C’est en devenant  frères que les chrétiens deviennent crédibles. »


Oui, l’Église perd de l’influence, et c’est une très bonne nouvelle ! C’est d’abord une bonne nouvelle pour moi qui suis une femme. J’ai suffisamment constaté à mes dépens et aux dépens de mes sœurs en humanité à quel point l’Église a pesé et pèse encore de tout son poids pour maintenir autant qu’il est possible une logique patriarcale, c’est-à-dire la mainmise des hommes sur le corps des femmes, et au-delà de leur corps, sur leur esprit, sur leur liberté.

La dernière trouvaille étant le discours différentialiste, cette escroquerie intellectuelle qui se résume in fine à la vieille blague de Coluche selon laquelle « certains sont plus égaux que d’autres ».

Cette raison seule suffirait à me réjouir, mais j’en ai d’autres. Car je ne suis pas de celles qui cultivent la nostalgie d’une chrétienté idéale, belle comme une image pieuse, où l’Église, puissance de paix et de charité, institue la Trêve de Dieu, porte secours aux pauvres et aux ma­lades et guide la sagesse de saint Louis.

Sans reculer jusqu’aux croisades, sans pointer les bûchers, je m’interroge. Que disait l’Église quand tant d’hommes, de femmes et d’enfants étaient jetés dans la tourmente déshumanisante de l’industrialisation au XIXe siècle ? Que faisait-elle quand des milliers d’esclaves étaient traités moins bien que des animaux ? A-t-elle pris le risque de protester contre le sort fait aux juifs par la folie nazie ?

Oh, certes, il y a des chrétiens pour se dresser au nom de l’Évangile, des saints et des héros ; saint Vincent de Paul, saint Jean-Baptiste de la Salle, Anne-Marie Javouhey, le père Damien, Albert de Mun, Messeigneurs Saliège et Piguet, l’Abbé Pierre et Madeleine Delbrêl, pour ne citer que quelques noms parmi la foule innombrable de ceux et celles qui ont mis la charité avant tout.

On a beau jeu, après coup, de porter au crédit de l’Église les œuvres des meilleurs de ses fils et de ses filles, lesquels ont pourtant été le plus souvent considérés, en leur temps, comme des fauteurs de désordre.
Car hélas, l’Église, dans son expression institutionnelle, est un pouvoir qui naturellement s’allie avec les pouvoirs. Les exemples historiques sont si nombreux, si convergents, qu’il est impossible de les citer. Tout au plus peut-on signaler quelques rares et brefs contre-exemples, comme l’Église brésilienne, qui fut pendant une vingtaine d’années, résolument du côté des plus pauvres, jusqu’à ce que Rome « remette de l’ordre ».

Alors si l’Église perd de l’influence, je n’hésite pas à répéter que je m’en réjouis. Et je redoute que certains veuillent transformer l’Église en un lobby dont la première fonction serait de défendre les intérêts de la « communauté » catholique, de promouvoir son identité et de combattre pour ses valeurs.

La première fonction de l’Église n’est pas d’être une communauté, au sens contemporain du terme mais une communion. Une communion ne défend pas ses intérêts, elle s’ouvre, accueille, incorpore. Elle ne promeut pas un « être entre soi » mais « un être ensemble » le plus étendu possible ( jusqu’aux extrémités de la Terre, et à travers les siècles ).

Quant aux « valeurs », pourquoi faudrait-il à toute force les inscrire dans la loi civile à défaut de pouvoir les graver dans les cœurs ?

Réécoutons nos prédécesseurs, les disciples, qui avaient les mêmes illusions que nous : « Quand donc restaureras-tu la royauté en Israël ? » Eux aussi rêvaient d’influence, de position de force. Pour toute réponse, ils eurent le Christ nu, en croix.

Je rêve, j’espère, je prie pour que vienne un jour où l’Église acceptera le dénuement. Quand elle ne sera plus du tout une puissance, peut-être pourra-t-elle espérer être fidèle à son Seigneur. Avec lui et en lui, elle sera une simple présence. Elle sera à sa place, à genoux aux pieds du monde, comme le Christ lui en laisse le commandement.

Mais cela ne se fera pas sans que nous d’abord, les fidèles du Christ, soyons humblement au service de nos frères et sœurs humains. Alors, nous pourrons dire en vérité : l’Église, c’est nous.

Christine Pedotti

17 Reponses à “ L’Église est-elle encore influente ? ”

  1. henault guerrand françoise sur 2 mai 2010 à 20 h 15 min

    merci de votre intervention: elle rejoint beaucoup ma préoccupation concernant l’Eglise, trop souvent, à mon avis, liée à l’argent et au pouvoir, à la défense des intérêts de certains groupes bien situés économiquement et socialement aux dépends des plus pauvres qu’elle est pourtant appelée à servir. A nous, chrétiens de base,de sortir de l’institution qui a tendance à absorber les forces des laïcs pour un service interne (et pas trop engageant!),et de mettre le tablier de service: les hommes ont besoin de tous les hommes de bonne volonté pour créer un monde plus juste, plus respectueux de la valeur de chacun.

  2. dembele.k sur 2 mai 2010 à 23 h 14 min

    Ce débat est une bonne idée qu’a eue témoignage chrétien, au dé là de la réponse de cette question qu’il pose les différentes personnalités qui s’expriment dans cette tribune expriment les différentes sensibilités de l’Église.
    Un petit exemple :

    Christine Pedotti :
    « l’Église brésilienne, qui fut pendant une vingtaine d’années, résolument du côté des plus pauvres, jusqu’à ce que Rome « remette de l’ordre ». »

    Fabrice Hadjadj:
    « Ce qui est intéressant, c’est que ce trouble désir d’avoir le maximum d’influence mondaine appartient aussi bien au traditionaliste qu’au progressiste. Le premier est dans la nostalgie d’une chrétienté sacrale ; le second, dans l’utopie d’un christianisme social. Si intégristes et théologiens de la libération s’opposent si frontalement, c’est qu’ils se situent sur le même terrain : celui d’une Église à l’unisson du monde, ou d’un monde à l’unisson de l’Église, au risque d’en perdre l’Esprit. Les uns, puritains, méprisent les prostituées ; les autres, révolutionnaires, rejettent les publicains ; tous deux oublient que le Christ est venu pour les malades, et non les bien-portants, et qu’il se mettait à table avec les pécheurs, ceux de la chair, aussi bien que ceux de l’argent. »

  3. gabrielle sur 3 mai 2010 à 7 h 59 min

    Oui Christine un beau rêve.. l’Eglise acceptant le dénuement.
    Cela me rappelle le roman de Laurence Cossé « le coin du voile » : quelqu’un détient la preuve de l’existence de Dieu et quelle est la réaction de l’archevêque de Paris : Cette preuve c’est la fin de l’Eglise romaine. Qu’est ce qu’on devient moi et mon église ?…le clergé perdrait son pouvoir…la fin du monopole doctrinal en matière céleste…

  4. Christine sur 3 mai 2010 à 8 h 34 min

    @ dembele: L’argumentation de Fabrice Hadjad, pour séduisante qu’elle soit est trompeuse. l’Église triomphante n’est pas une autre face de l’Église à genoux. Renvoyer les deux visions dos à dos, c’est désincarner l’Église pour lui éparner le risque d’être « mondaine », et placer l’Église dans une situation nébuleuse qu’on appelle la vie selon l’Esprit. Quand on n’a pas de mains, on ne risque pas de se les salir!
    Pour finir, il ne s’agit pas pour l’Église, d’être auprès des pauvres plutôt qu’auprès des riches, mais de devenir pauvre, pauvre et nue.

  5. M.F. sur 3 mai 2010 à 8 h 51 min

    C’est ce que nous voulons,je crois : Servir les plus pauvres avec l’objectif non pas de pauvres servis qui restent des pauvres mais de pauvres aimés , c’est assez simple à dire (que de belles homélies et prières universelles en ce sens !) mais il me semble que c’est tellement loin de notre nature première qu’il faut parfois beaucoup de temps pour convertir nos coeurs et le vivre en vérité, oeuvre de désir, de bonne volonté et de persévérance.
    Parce qu’il y a aussi ce danger que résumait un prêtre avec humour : « Je suis humble, je le sais et je le dis pour que tout le monde s’en aperçoive ! »
    Tout est affaire de coeur,il me semble que plus nous tournerons notre coeur vers le Seigneur plus nous aimerons et plus nous serons en communion fraternelle avec les pauvres,les autres, les différents ( les riches aussi qui ont du mal, comme nous, à se détacher de leurs biens) et alors en retour plus notre coeur se tournera vers le Seigneur, tout est lié par lui, avec lui et en lui, c’est toujours lui qui est  » à genoux aux pieds du monde « . Sans le Seigneur, nous ne pouvons rien, c’est lui qui le dit, c’est là notre pauvreté, c’est ce dont l’Eglise, nous, voulons témoigner , non hors l’Eglise mais de son coeur.

  6. yann sur 3 mai 2010 à 10 h 39 min

    L’Evangile nous invite à prendre le parti de tous les pauvres qu’ils soient pauvres de coeur, pauvres d’esprit ou pauvres en argent.
    Il n’y aucun tri à opérer comme certains voudraient le faire par idéologie, ou par habitude.
    Se mettre au service des pauvres avec le Christ, c’est aussi tendre la main, ouvrir son coeur, à celles et ceux qui s’égarent hors des chemins de Vie, quel que soit leur niveau de vie ou leur aisance matérielle.
    Et j’en veux pour preuve le fait que Jésus ait lui-même mis en garde les riches sur le travail ô combien difficile de détachement par rapport aux richesses matérielles qu’il leur faudrait accomplir pour le suivre.
    Là où je rejoins Christine Pedotti, c’est sur le non-sens que représenterait une Eglise devenue une puissance assiégée et qui chercherait son salut dans une alliance avec une minorité de fidèles dont la ferveur chrétienne et la fermeté de la foi se mesureraient à la stricte obéissance à l’autorité des clercs et à la parfaite observance des rituels et des dogmes de l’Eglise catholique, fussent-ils totalement incompréhensibles pour le commun des mortels.
    L’Eglise catholique n’est pas une armée !
    On en revient finalement toujours à la même question : « Le Vatican, combien de divisions ? »
    La nostalgie de la puissance hante l’Eglise institution. C’est sans doute le poids de son histoire dont il faudrait parvenir à s’alléger.
    Mais convenons aussi que les hommes croyants ou non sont toujours attachés à des rêves de puissance et de gloire et ce que nous reprochons finalement à notre Eglise, n’est-ce pas qu’elle soit trop humaine ?
    Je m’interroge sur le rayonnement qu’aurait auprès du plus grand nombre une Eglise totalement nue et privée de tout symbole de sa puissance passée.
    Imaginons le pape quitter les ors du Vatican… endosser une robe de bure…
    Car l’idéal essentiel de non-puissance qui anime les disciples de Jésus-Christ, n’est peut-être pas immédiatement à la portée de tous.
    Le long travail de l’Eglise au cours des siècles aura finalement contribué à façonner notre monde : la vie démocratique, le respect des Droits de l’Homme sont sans doute des héritages lointains de cet idéal de non-puissance porté par l’Evangile et transmis par l’Eglise depuis 2000 ans.
    A nous de le faire vivre ici et maintenant dans nos paroisses et dans nos cités.
    Les médias sont beaucoup trop focalisés sur la dimension institutionnelle de l’Eglise et insuffisamment sur la richesse de la Vie qui irrigue nos communautés.
    Focalisons-nous sur celles-ci et organisons la CCBF partout en France afin d’offir à notre Eglise une nouvelle expression complémentaire de celles qui existent déjà. L’objectif étant de toucher celles et ceux qui ne parviennent plus à percevoir derrière les murs gris de l’Eglise institution, le coeur qui bat si fort, la joie de la Révélation, le sens de notre foi et de notre engagement au service du Père céleste qui est un Dieu d’amour pour nous, certes, mais aussi et surtout pour tous nos frères et soeurs qui doutent et se détournent des chemins de la Vie.
    Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un mouvement à l’intérieur de l’Eglise s’emploie à secouer l’édifice pour éprouver combien ses fondations sont solides.

  7. GG sur 3 mai 2010 à 10 h 50 min

    OK avec Christine sur son commentaire de la citation de Fabrice Hadjadj. Je ne veux pas m’engager, dans un débat stérile sur qui a raison ou qui a le meilleur discours ou le moins bon, la meilleur attitude ou la la moins juste, d’autant que ce n’est qu’une citation mais je répugne complètement à tenir une position « du centre » qui renvoie dos à dos des traditions aussi éloignées l’une de l’autre. La position du centre a, en général, une prétention à tenir le rôle de la statue du commandeur qui, en aucun cas, ne se mouille et, effectivement, ne risque pas de se salir les mains. Je ne crois pas que les Sobrino, les Elder Camara ou autres Boff aient eu une démarche intégriste. D’autre part, les mots ont un sens et parler de « l’utopie du christianisme social » avec une telle condescendance ma paraît tout à fait en contradiction avec le message évangélique.

  8. Luis Sánchez sur 3 mai 2010 à 11 h 23 min

    Dans notre Eglise universelle fondé par jesus, il existe une partie visible, semblable à la partie émergée d’un iceberg. Malgré le danger de confondre les moyen avec la fin, on ne peut pas se passer d’une organisation qui collecte de l’argent, entretient et construise des édifices, organise le catéchismes, désigne des ministres du cultes, colle des affiches, publie des recueils des chants et de prières, négocie des terrains de constructions et des concordats, fait du lobbying… : toute Eglise visible constitue une entreprise terriblement humaine avec toutes les défaillances qu’il faut en attendre.
    Mais l’Eglise universelle, il existe aussi des prophètes, des voyants, des mystiques, des saints, des êtres totalement immergés en Dieu, qui sont le plus souvent invisible mais qui font émerger la pointe visible de l’iceberg par une poussée secrète du bas vers le haut.

  9. dembele.k sur 3 mai 2010 à 12 h 14 min

    @Christine;
    Je vous avoue que je me méfie de cette façon actuelle de se réjouir de la perte d’influence de l’Église, j’ai peur que dans certain cas ça ressemble plus à un fatalisme ou à une attitude positiviste face à une réalité inévitable qu’à la recherche sincère de la pauvreté d’esprit de l’Église. Pour moi la pauvreté d’esprit ne se décrète pas, c’est une grâce de l’Esprit saint .Et cette pauvreté d’Esprit de l’Église ne veut pas dire que sa parole doit devenir relative et ridicule comme c’est le cas actuellement. J’ai la faiblesse de penser que les lettres pastorales de saint Paul, de saint Pierre ou de saint Jean à leurs communautés respectives aussi exigeantes qu’elles pouvaient être étaient pourtant reçues dans l’obéissance et dans l’amour. Je pense que plus l’Église sera pauvre d’Esprit plus tranchante sera sa voix, car elle (sa voix)ne sera pas livre au jeu des influences mais à l’exigence de la vérité.

  10. onfray claudine sur 3 mai 2010 à 13 h 51 min

    cela rejoint un texte toujours commenté, tourné et retourné : les béatitudes….
    ces pauvres…..ils sont en premier Heureux .
    Le terme de bonheur est omniprésent
    ils sont heureux car ils ne se suffisent pas à eux-mêmes…
    l’être humain est comme Dieu relation, altérité, échange….
    mais il est limité en tout et en même temps capable du meilleur quand il sait se tourner vers l’autre et non vers lui.
    On est comme dit Christine, je crois, ou Anne, quelque part des verres à moitié remplis…..et qui ne seront jamais comblés du moins sur terre

  11. Michel de Guibert sur 3 mai 2010 à 19 h 41 min

    A propos des « valeurs » chrétiennes dont on nous rebat les oreilles, écoutez ce qu’en disait le regretté Mgr Renaudin dans un livre-entretien avec JF Bouthors,paru il y a 8 ans chez Bayard

    - On parle pourtant volontiers des « valeurs chrétiennes ».

    - Eh bien, pour parler net, cela m’inquiète un peu. Je ne voudrais pas que, quelle que soit la grandeur de ces valeurs, elles prennent la place de Dieu. Dieu seul est Dieu.
    Même la liberté n’est pas Dieu, même la tolérance n’est pas Dieu, même la justice n’est pas Dieu, même la famille n’est pas Dieu.
    Moi, comme évêque, je n’ai pas d’abord à défendre des valeurs, aussi grandioses soient-elles. Je souhaite bien sûr que nous partagions tous les valeurs qui découlent de notre foi en Dieu fait homme, mais comme je désire surtout que chacun rencontre personnellement Jésus !
    Je dois annoncer Jésus. Parfois, je me demande si nous en sommes toujours persuadés. Si on prend les valeurs pour Dieu, le risque est grand de devenir idolâtre et intolérant. Le fanatisme n’est pas loin. De surcroît, les valeurs peuvent être celles d’une certaine époque, d’une certaine culture. Alors les autres, ceux qui ne s’y reconnaissent pas, qui sont-ils ? des barbares ?
    J’insiste, nous annonçons tout autre chose. La Parole. Ni une doctrine, ni une morale, ni une philosophie.
    Quelqu’un parle: l’Unique qui s’adresse à chacun de nous, qui nous appelle par notre nom, qui nous rejoint dans le secret de notre cœur et de notre vie.
    Pour annoncer cette Parole qui a retenti un jour dans l’histoire, qui a pris un visage et une voix, qui est vivante, il faut d’abord l’écouter. Se soucier de son authenticité est nécessaire, mais cela ne suffit pas. Il faut encore la dire de façon telle que celui à qui elle s’adresse puisse l’entendre, afin d’être en mesure, s’il le veut, de lui répondre. Et cette Parole s’enrichira de sa réponse. Car la parole de l’homme qui écoute, entend et répond à la Parole de Dieu, fait partie de la Parole de Dieu.

    Mgr Hervé Renaudin, évêque de Pontoise,
    décédé le 18 janvier 2003

  12. Christine sur 3 mai 2010 à 23 h 06 min

    Merci, Michel, de tout coeur, de nous faire ressouvenir d’Hervé Renaudin et de sa voix si juste et si précieuse avec cette belle citation.

  13. Cécile sur 4 mai 2010 à 8 h 14 min

    Merci mon Dieu pour cette possibilité de débat qui, lu dans la méditation, avec des temps de pause, me permet de grandir, apaiser mes colères, accueillir tant de différences et repartir dans une infinie confiance en la Miséricorde de notre Seigneur.

  14. onfray claudine sur 4 mai 2010 à 14 h 35 min

    superbe ce texte de Mgr Renaudin
    il élève et renvoie à l’essentiel
    MERCI

  15. Jean-Pierre sur 4 mai 2010 à 19 h 17 min

    Le texte de Christine est on ne peut plus clair. Je l’approuve. L’idée abordée est assez simple pour dire « oui » ou « non »: « la crise est une chance » pour par exemple dépoussiérer ce qui reste de patriarcat (garçons de chœurs, …!), mettre la puissance au bas de l’échelle, … prier pour un concile traitant notamment du rôle décisif des évêques (pape arbitre). C’est pourquoi je trouve que les citations de F. Hadjadj ou de Mgr Renardin relèvent de la technique de l’enfumage, éviter le sujet, ou d’une façon maline de dire un désaccord. Par contre je comprends que les références à l’obéissance à la relativité de la parole et à la vérité sont une manière de désaccord, .
    A propos de relativité/vérité, et bien que ce soit un tout autre sujet: n’y aurait-il pas lieu de penser à la manière dont les sociétés s’approprient les connaissances scientifiques. La relativité à plus de 100 ans, la théorie du chaos est sortie des laboratoire en 1970 (ses prémisses sont de la fin la fin du XIXème), pas loin de nous les travaux de Theillard de Chardin ont choqués, et puis l’évolution de la société mondiale semble s’accélérer, il y a des dangers et des chances, mais s’enfermer à l’excès est à coup sûr aller vers la perte de contact d’avec une part croissante de l’humanité.

  16. Véronique de Poncheville sur 4 mai 2010 à 20 h 28 min

    De toutes façons, nous n’avons pas le choix ! Comme toutes les institutions, surtout en Europe, l’Eglise depuis des années voit son pouvoir d’influence se réduire comme peau de chagrin. Le mouvement semble s’accélérer en ce moment et je regrette que la chute du piédestal se fasse par des situations aussi dramatiques que celles des enfants violés ou des jeunes « légionnaires » embrigadés. De plus, je ne suis pas certaine que les responsables romains prennent bien la mesure de la défiance qui ne cesse d’enfler… je crains qu’ils ne soient encore très capables d’asséner des leçons de morale ! Comment en serait-il autrement alors que, même ici en France, des laïcs et des membres du clergé jugent encore utile de faire des prières universelles pour demander que les médias cessent de s’acharner « contre l’Eglise et notre saint Père le Pape ».
    Je ne partage absolument pas l’analyse de Fabrice Hadjadj.
    C’est avec ce type de renvoi dos à dos que trop de responsables de
    l’Eglise et trop de « bons catholiques » ont accepté et acceptent
    encore tant de compromissions avec l’extrême droite et trop de
    soutien aux partis fascistes. A ma connaissance, la théologie de la
    Libération en Amérique Latine a fait moins de morts que les
    dictatures fascistes argentines ou chiliennes ; Dom Helder Camara ou
    Mgr Oscar Romero, pour ne citer qu’eux, n’ont jamais oublié que
    le Christ se mettait à table avec tous ! Les nombreux baptisé(e)s
    assassiné(e)s par le pouvoir de la droite extrême n’avaient pas
    « perdu l’Esprit ».
    Une chose que je sais avec certitude : il m’appartient, comme à chacun(e) d’entre nous les baptisé(e)s, de cultiver, à la suite du Christ, la simplicité, la proximité, l’écoute ; peut-être alors nous sera-t-il donné d’entendre la question « où puisez-vous ? » et de répondre « aux sources de l’Evangile, dans Sa Parole « .

  17. michelle sur 7 mai 2010 à 10 h 31 min

    Il est frappant de voir que, pour l’opinion publique, être un catholique « pratiquant », s’applique aux rites et manifestations cultuelles. Il en est un peu de même pour l’influence de l’Eglise. Tous les militants et bénévoles du Secours Catholique, du CCFD, d’Emmaüs, et aussi ceux qui travaillent pour des associations laïques dont le but est l’aide au prochain démuni ou/et exclus, sont des chrétiens pratiquants, qui témoignent de la parole du Christ. Cette influence est plus grande qu’on ne croit. Elle pose au monde et aux politiques, sans fard, la question « qu’as tu fait de ton frère? ».
    Un film qui a eu grand succès, comme « Welcome »n’est il pas le signe de cette influence, à l’heure où certains s’attaquent sans relâche à tout ce qui nous renvoie à la responsabilité de nos actes: la religion, et la psychanalyse ?
    Michelle

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