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C’est le Christ que vous avez sodomisé ! Maintenant, cassez-vous !

Thierry SIMON
vignes ravagées
© CC0 Creative Commons

Devant le scandale, non seulement de la pédophilie, mais surtout de l’obstruction insistante des évêques au bon fonctionnement de la justice civile, la parole se libère. Parfois elle cogne fort, comme celle de l’auteur de cet article. Alors âmes sensibles, ne lisez pas… Mais derrière la virulence, goûtons la foi qui l’anime.

C’est avec une immense douleur que je cherche enfin à réveiller votre conscience, mes bien chers frères, prêtres, religieux et prélats qui vous êtes vautrés dans l’immondice de la pédophilie alors même que vous étiez chargés d’enseigner dans la chaire de Pierre (comme autrefois les pharisiens et les saducéens dans celle de Moïse…) et vous, prélats complices qui les avez protégés.

J’exagère ? Mais qui a dit : « Ce que vous aurez fait à l’un de ces petits c’est à moi que vous l’aurez fait » ? Et vous persistez, mes frères, à vous trouver des excuses et à continuer à occuper vos postes, à vous protéger les uns les autres. Car la profanation la plus terrible n’est pas venue de vos actes individuels, aussi immondes soient-ils, que de la manière dont la hiérarchie de l’Église les a couverts, forçant les victimes et leurs familles à se taire et, par cette attitude, faisant endosser à toute l’Église du Christ l’effroyable culpabilité de vos actes sordides, solidarisant tout le peuple de Dieu avec l’abomination, conformément à votre vieille casuistique de faire taire les victimes plutôt que d’affronter la vérité sous prétexte de sauver l’Église, à l’image du système stalinien des procès de Prague qui vous doit tant ! Mais quand comprendrez vous que ce qui tue l’Église du Christ, c’est le mensonge et l’omerta, et non la vérité ? Quand allez vous enfin croire à l’Évangile du Seigneur ? « Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » (Jean, 3, 20-21)

Plus que vos actes mêmes qui, pour graves qu’ils soient, n’engageaient que vos personnes, l’atroce complicité de l’ensemble du collège des évêques (car vous ne ferez croire à personne qu’ils n’en aient pas partagé la connaissance au sein de leurs conférences nationales, quand eux-mêmes n’y participaient pas, comme au Chili !) a répandu la fange de votre corruption sur toute la Sainte Église ! C’est tout le collège des évêques qui est massivement coupable d’avoir profané le Christ en ne faisant pas la vérité sur des pratiques, hélas ! massives dans tant d’églises nationales ! Vous avez décrédibilisé la parole de l’Église sur quelque problème moral que ce soit, vous qui, au nom de votre « droit canon » êtes même allés jusqu’à excommunier une petite fille brésilienne de neuf ans, violée et mise enceinte par son « père » parce que les médecins l’avaient fait avorter pour sauver sa vie, mise en danger par cette grossesse monstrueuse !

Quel atroce contraste avec l’ignoble indulgence que vous vous appliquez à vous-mêmes !

Mais bon sang ! En faisant cela, vous scandalisez tous ces petits qui quittent l’Église en silence, le cœur navré, leur espérance et leur foi foulées aux pieds, et laissés seuls, désormais, face à l’immense ténèbre, au désespoir et à la mort, face à un monde qui, sans la petite rumeur née à Pâques, sans la croix du Christ auquel, en vérité, vous ne croyez plus, ne peut que sombrer dans la folie et l’absurdité ! Or, qui a dit encore : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes et qu’il soit englouti en pleine mer » ou encore : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne » ?

Mais, hélas ! la vérité, c’est probablement que vous ne croyez plus en Dieu, que vous ne croyez plus au Christ, que vous ne croyez plus à l’Église une, sainte, catholique et apostolique qui est le Corps du Christ, celui que vous avez lâchement profané et durablement scandalisé. Car, en dehors même de notre foi, la science montre que le viol est un traumatisme dont les séquelles sont infiniment plus graves que celles d’un accident de voiture. Le viol, en vérité, quel que soit l’âge de sa victime, est bien un crime contre l’humanité puisqu’il nie l’humanité de l’autre et le réduit à un objet de vos pulsions malsaines. Aucune « prescription » juridique ne saurait vous en exonérer !

Alors, mes bien chers frères – car moi qui crois au Christ et à l’Église Corps du Christ, j’assume pleinement ma fraternité avec vous – et je sais même que ce Dieu vous sauvera, vous aussi, malgré vous, parce que comme nous tous, en dépit de l’horreur de ce que vous avez fait, vous serez « semblable à Lui parce que vous le verrez face à face » et qu’aussi, en dépit de tout, ma prière de pécheur, aussi mauvais que vous, intercédera – et intercède déjà – pour vous avec le très fraternel amour qui me pousse à vous parler encore – moi qui suis un chrétien de base, une de ces personnes « qui ne comptent pas » comme disent les imbéciles –, c’est à vous que j’en appelle, à votre conscience, à ce qui reste de Dieu en vous et que vous ne parviendrez jamais à effacer, au petit garçon que vous avez été, marchant la main dans la main de Dieu sur le chemin de la vie, au jeune homme qui, un jour, a eu cet incroyable courage de tout laisser pour suivre le Christ, j’en appelle à vous pour que vous fassiez maintenant la seule chose possible si, en vérité, vous avez bien commis cela : partir, quitter vos postes, quelles que soient les décisions de la justice et les instructions de la hiérarchie et aller mendier une place de frère convers dans un monastère carme, chartreux ou bénédictin où finir votre vie dans le service, la prière et la pénitence. Et pour ceux d’entre vous qui, en effet, ne croient plus en Dieu, quitter tout simplement son Église.  

C’est une affaire entre Dieu et vous. Personne d’autre ! C’est au cœur de votre silence, de ce qui peut encore rester en vous du cœur à cœur avec l’Infinie Miséricorde qu’il faut aller et prendre vous-mêmes, violeurs, pédophiles ou prélats complices, mais toujours fils de ce Dieu qui vous aime éperdument et vous attend, la seule décision juste : jeter loin de vous le ministère que vous avez profané et qui est bien ce membre par qui le scandale arrive et qu’il vaut mieux quitter le plus vite possible, si vous croyez encore un peu, si peu que ce soit, à ce Dieu pour qui vous aviez tout quitté et qui ne l’a pas oublié, Lui.

Et à tous mes frères catholiques, qui croient encore à l’Église Corps du Christ, je propose que pendant un an chaque jour, au moins une fois par jour dans notre prière, en union avec le Saint Père François, nous incluions la récitation du psaume 79 sur la vigne dévastée, parce que nous sommes comptables du salut de ces frères qui ont scandalisé tant de ces petits, mais qui restent toujours nos frères en humanité et dont, très doucement, le Christ nous demande de les aimer et de tout faire pour les sauver et sauver l’Église afin qu’en vérité, à la fin, « les portes de l’Enfer ne prévalent pas contre elle ». C’est à nous croyants qu’Il Lui a plu de confier cette tâche. Ne nous dérobons pas ou alors renonçons, nous aussi, à croire au Christ crucifié et ressuscité d’entre les morts que nous célébrons à Pâques.

Et, si nous renonçons, alors, seront vrais, pour nous et pour le monde, ces mots, terribles, du poète Yves Bonnefoy : « Vous avez été l’évidence, vous n’êtes plus que l’énigme. Vous inscriviez le temps dans l’éternité, vous n’êtes que du passé maintenant, par où la terre finit, là, devant nous, comme un bord abrupt de falaise. »

Et, plus radicalement encore seront, par vous, réalisés ces mots terribles qu’il écrit, parlant de Dieu et de sa lutte contre l’Absence dans le recueil Ce qui fut sans lumière, Là où creuse le vent :

« En vain fut son combat

Contre l’absence.

Il jeta le filet,

Elle tint le glaive. »

Très fraternellement à tous : adieu et, comme disait mon vieux maître, Georges Bernanos : « À la douce pitié de Dieu. » Ce Dieu si beau, qu’en dépit de vous, j’essayerai de le faire vivre encore dans le peu de temps qui me reste.

Je crois et je maintiendrai.
 

Thierry Simon

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Pour ceux qui voudraient lire le psaume 79 en suivant la lecture de cet article, en voici la traduction de l'Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones

(https://www.aelf.org/bible/Ps/79)

Psaume 79

02 Berger d'Israël, écoute, toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis au-dessus des Kéroubim,

03 devant Éphraïm, Benjamin, Manassé ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver.

04 R / Dieu, fais-nous revenir ; * que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés !

05 Seigneur, Dieu de l'univers, * vas-tu longtemps encore opposer ta colère aux prières de ton peuple,

06 le nourrir du pain de ses larmes, l'abreuver de larmes sans mesure ?

07 Tu fais de nous la cible des voisins : nos ennemis ont vraiment de quoi rire !

08 R / Dieu, fais-nous revenir ; * que ton visage s'éclaire et nous serons sauvés !

09 La vigne que tu as prise à l'Égypte, tu la replantes en chassant des nations.

10 Tu déblaies le sol devant elle, tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays.

11 Son ombre couvrait les montagnes, et son feuillage, les cèdres géants ;

12 elle étendait ses sarments jusqu'à la mer, et ses rejets, jusqu'au Fleuve.

13 Pourquoi as-tu percé sa clôture ? Tous les passants y grappillent en chemin ;

14 le sanglier des forêts la ravage et les bêtes des champs la broutent.

15 [R / ] Dieu de l'univers reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la,

16 celle qu'a plantée ta main puissante, le rejeton qui te doit sa force.

17 La voici détruite, incendiée ; que ton visage les menace, ils périront !

18 Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l'homme qui te doit sa force.

19 Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom !

20 R /Seigneur, Dieu de l'univers, fais-nous revenir ; * que ton visage s'éclaire, et nous serons sauvés.

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