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« La Curie d’Augias » ou « Heureusement, le Vatican n’est pas l’Église ! »

1 juin 2012
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Non, le Vatican n’est pas l’Église, et par les temps qui courent, c’est une formidable bonne nouvelle ! En effet, il ne faut pas confondre les pathétiques soubresauts d’une administration agonisante, rongée par les petites ambitions, les mesquineries, et osons le dire, la corruption financière et morale, avec l’Église, c’est-à-dire, les millions de catholiques, les simples baptisé-e-s, les dames caté, animateurs et animatrices pastoraux, leurs braves curés, et leurs honnêtes évêques, les religieux et religieuses et tous ceux et celles qui sont engagés pour la paix, la justice, la solidarité, partout dans le monde, qui n’ont rien à voir avec le « nid de vipère » qu’est aujourd’hui la Curie, c’est-à-dire l’administration vaticane. Le mot est de Vittorio Messori qui fut l’un des plus fameux intervieweurs de  Joseph Ratzinger qui signa avec lui Entretien sur la Foi et Voici quel est notre Dieu.

http://vaticaninsider.lastampa.it/homepage/news/dettaglio-articolo/articolo/vatileaks-chiesa-chiurch-iglesia-15396/

Oui, à Rome, ça va mal, très mal, et rien ne permet de penser que ça va aller mieux. On peut certes espérer que la succession de Benoît XVI (qui n’a pas eu le courage ou pas l’envie de réformer sa maison romaine) nous donnera le pape providentiel qui nettoiera la Curie d’Augias. Mais il faudra qu’il ait une volonté d’airain, une main de fer et un gilet pare-balle ! Paul VI qui s’y est essayé a rompu.

Faut-il s’en soucier ? Peut-être pas ! Une réforme qui améliorerait le fonctionnement en rendant plus efficace la centralisation éviterait sans doute les pantalonnades dont nous venons d’être témoins, mais serait-ce une bonne solution pour l’Église ? Allez, pour rire, imaginons la Curie aux mains de gens efficaces et organisés comme L’Opus Dei ou les Légionnaires ! Ah, ça ne vous fait pas rire ? Bon, en fait, moi non plus… et puis je crains que ce ne soit déjà un peu le cas. C’est ce qu’explique bien René Poujol sur son blog : http://www.renepoujol.fr/vatican-il-faut-que-tout-change/

Si vous voulez lire d’autres analyses, je vous renvoie au choix, à celle de Jean-Pierre Denis, dans son éditorial de La Vie : http://www.lavie.fr/chroniques/editorial/de-l-air-31-05-2012-27941_37.php

À celle d’Isabelle de Gaulmyn, qui fut il y a peu la correspondante de La Croix au Vatican, on peut qualifier son opinion de bien informée : http://religion-gaulmyn.blogs.la-croix.com/leglise-du-centre-a-sa-peripherie/2012/05/28

Et à celle de Fréderic Mounier qui lui a succédé : http://rome-vatican.blogs.la-croix.com/faiblesses-romaines/2012/05/28/

J’ai bien aimé aussi la lecture que fait Marc Fravreau dans  blog Hotel Synodal : http://www.niobium.fr/post/2012/05/29/L%E2%80%99arroseur-arros%C3%A9

Vous constaterez entre toutes ces analyses une incroyable convergence de vue. Le système est exténué, et cette fois, ça se voit.

Mais ne nous trompons pas, il ne s’agit pas d’un accident de gouvernance qui pourrait se réparer à peu de frais. La situation de la Curie est un symptôme. C’est tout le système hiérarchique romain de la catholicité qui est en question, un système hybride, qui emprunte à la Rome impériale antique, au féodalisme médiéval et aux veuleries courtisanes des monarchies absolues. Ce système pyramidal exerce un pouvoir qui se drape dans les atours du service de l’autorité et de l’unité, qui est exclusivement descendant, qui ne voit rien, ne veut rien entendre. On y confond l’unité et l’uniformité, et on croit que la conformité est le signe de la communion. Sur le terrain, à la base on sait depuis longtemps que ce système paralyse les initiatives et  tue les hommes qui se donnent à lui comme un moloch qui dévorerait ses enfants.

Jusqu’alors, à Rome on pouvait traiter par le mépris ou la réprimande le peuple, qui gémissait. On le traitait comme un enfant capricieux qui ne voit pas le bien qu’on lui veut. Pour preuve, les déclaration de  l’évêque de Ratisbonne, Mgr Gehrard Ludwig Müller qui lors du Katholikentag, a fustigé ces « fidèles catholiques, qui réclament de plus en plus bruyamment les droits de participation des femmes et des laïcs et des solutions pour les personnes divorcées et remariées ». Et voilà son analyse : « La question est de savoir si les personnes soi-disant pour la réforme le sont vraiment: est-ce que ce ne sont pas des gens qui n’obtiennent rien de l’existence, et s’accrochent aux événements, pour promouvoir une forme d’existence parasitaire ? ». On apprend donc que les catholiques qui se plaignent sont des ratés, des névrosés, et des parasites… merci Monseigneur !

Mais voilà que l’analyse se révèle un peu courte car que ce n’est plus seulement le pauvre corps que nous sommes qui souffre. La maladie a atteint la tête. Et il ne va pas être aisé de faire croire que ce sont de méchants progressistes irresponsables qui mettent la pagaille au Vatican.

La crise sera-t-elle salutaire, résolutoire ou terminale ? Pour l’instant il est difficile de le dire.

Mais il me semble clair que l’analyse de la CCBF est justifiée par les faits. Ce sera bien dans le corps de l’Église, parmi les baptisés que se trouveront les énergies et les ressources de l’Église.

Pendant que ces messieurs du Vatican règlent leurs compte et lavent leur linge sale, l’Église continue à vivre parce que l’Église, c’est nous, le peuple de la Pentecôte baptisé dans l’Esprit.

Christine Pedotti

23 Responses to « La Curie d’Augias » ou « Heureusement, le Vatican n’est pas l’Église ! »

  1. Philippe
    21 juin 2012 at 17 h 53 min

    Je pense que cette crise aura un mérite : celui de mettre un frein au culte de la personnalité envers le Pape, hypertrophié depuis Jean-Paul II. Ce n’est pas sain du tout et on s’aperçoit enfin, que le Pape est avant tout un être humain. Certes, Benoît XVI n’est pas taillé pour régler les problèmes de la Curie, il n’a jamais été préparé à cela. Cela n’empêche que dans toute institution humaine, même vaticanesque, on a besoin de personnes de qualité, et formées au management des personnes : ce n’est pas un gros mot, ce n’est pas hérétique ni réactionnaire, ça permet d’être plus efficace en ce sens qu’on ne passe pas son temps à régler les problèmes de fonctionnement. Le Saint-Esprit a bon dos : il a beau être justement le Saint-Esprit, la gestion des ressources humaines passe par des médiations. A quand un Pape qui démissionnera parce qu’il estimera que le temps de passer la main est venu ? La fin de Jean-Paul II était pathétique, la fin de Benoît XVI risque simplement d’être triste…

  2. Anne-Marie H.
    21 juin 2012 at 16 h 09 min

    Hélas, Monique, il ne suffit pas que le pouvoir soit vécu comme un service pour que son exercice soit bénéfique. Les bonnes intentions sont certes bien venues, mais l’important, en matière de pouvoir, ce sont les règles auxquelles il est soumis. Le moins qu’on puisse attendre pour limiter les risques de l’exercice du pouvoir, c’est:
    1) que le domaine dans lequel il s’exerce soit clairement défini
    2) que les conditions d’accès aux positions de pouvoir le soient également
    3) que le terme de son exercice soit, lui aussi, clairement défini dès le début. Les charges à vie sont intrinsèquement mauvaises.
    4) que les partenaires en mesure de critiquer, limiter, contre-balancer et éventuellement bloquer l’exercice du pouvoir existent et soient légitimées. Plus simplement dit, il faut qu’il existe des contre-pouvoirs connus de tous.

    Quand ces conditions sont remplies, mêmes les personnes mal intentionnées, ou insuffisamment mures psychologiquement pour exercer un pouvoir, ne peuvent commettre que des dégâts limités. Mais dans l’Église, nous n’en sommes pas là du tout…

  3. hebrard monique
    21 juin 2012 at 9 h 16 min

    Quelle plume Christine !
    Cela fait du bien!
    Heureusement que le concile a tout de même fait entrer dans pas mal de têtes que l’Eglise c’est nous les baptisés car sinon il n’y aurait plus qu’à se fuir!
    Bon, soyons zen : la papauté en a vu d’autres dans l’histoire!
    Le pouvoir est vraiment le plus grand ennemi de l’Evangile et raressont ceux qui le vivent comme un « service ».
    Ce qui est vraiment à pleurer c’est que l’Evangile est déformé par le prisme vaticanesque avant d’arriver à « ceux qui sont loin ».
    Merci Christine pour ce vigoureux commentaire et tous les liens que tu donnes.
    Monique

  4. Nicole Lemaitre
    21 juin 2012 at 8 h 41 min

    Oui, la Curie est à bout de souffle faute de volonté politique de celui qui pourrait réformer le système. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire et donc malheureusement l’administration centrale de l’Eglise va continuer à s’enfoncer, sûre de son excellence…
    Le plus grave est que la situation de rivalités mesquines atteint maintenant les grands diocèses italiens, Milan en particulier. Et là, il faut que nos Eglises locales prennent garde. Ce sont des comportements sectaires qui atteignent le catholicisme tout entier.
    Seule consolation, ce n’est pas brillant non plus côté Orthodoxes
    Peut-on croire et évangéliser sans institution? Oui, mais en rester au témoignage personnel et aux assemblées des Catacombes ne me semble pas une solution dans la mondialisation actuelle. Alors souhaitons que le pape ou son successeur en trouve une…

  5. Marylise le Guern
    21 juin 2012 at 8 h 03 min

    Nous sommes tous frères et sœurs, sur le chemin vers le Père. Le temps est venu de construire une nouvelle Eglise, ouverte, LIBRE, d’une liberté toute nouvelle car il s’agit de NOTRE liberté intérieure. Une Eglise accueillante, car justement à l’image du Christ elle ne juge pas. Le Christ compte sur ses frères et sœurs éveillés à l’Amour du Père pour faire connaître son NOM.
    Ne perdons pas de temps à fustiger la vieille Eglise qui se meurt, rien ne pourra la ressusciter.
    Ne perdons pas de temps,il faut fermer la porte et accueillir les DONS du Père afin que l’Esprit règne en maître en chacun de nous. Notre monde a besoin d’être reconnu comme venant du Père, acceptons de le reconnaître au delà de toute appartenance idéologique. L’Amour fera vivre le Christ accueillons le et partageons le, sans compter : »Tout ce qui est à moi est à toi ».

  6. Philippe
    19 juin 2012 at 16 h 10 min

    Heureusement le Vatican n’est pas l’Église… cette vérité se justifie tous les jours quand on voit tout ce qui s’y passe. Je ne suis pas assez au courant des dessous vaticanesques pour connaître si tel ou tel (à part les noms les plus connus) est corrompu ou lié à des courants extrémistes mais il reste quand même l’idée que localement, là où nous essayons de faire vivre l’Église les témoignages que nous pouvons apporter peut être signe de foi, d’espérance et de charité (il ne s’agit pas de langue de buis dans le sens où je les entends).
    Je me dis que même avec tous leurs défauts après les incartades de l’an mille on a eu un Grégoire VII, après Pie IX qui est resté très longtemps on a eu Léon XIII, après Pie X on a eu Pie Xi (avec l’intermède Benoît XV, mal tombé historiquement !), après Pie XII on a eu Jean XIII (Dieu nous garde d’un Pie XIII !) Tout ça pour dire qu’il ne faut JAMAIS désespérer même quand on croit que tout est perdu. Hauts les cœurs ;-)

  7. 16 juin 2012 at 21 h 40 min

    Tout petit complément possiblement final, en simple salut respectueux à Gérard BESSIERE et à PIEM. Le texte reproduit juste ci-avant est extrait de leur ouvrage commun, intitulé « DES CHRETIENS ET DES MOTS ». La moitié de ce bouquin taquin, prophétique et très actuel est accessible sur le site « CATHO-GRATTEUR » (… via GOOGLE). L’autre moitié arrive sous peu…

    DANIEL-KOKA (= le CATHO-GRATTEUR, via GOOGLE)

  8. 15 juin 2012 at 21 h 20 min

    Histoire de rigoler (… si, essayons un peu !) en ces tempêtes que traverse notre Eglise CATHO, je reproduis vers vous un texte écrit il y a une quarantaine d’années par Gérard BESSIERE. Ce prêtre est le papa du pape HYACINTHE 1er dont les aventures prophétiques méritent d’être méditées. Car nous y sommes…
    Sur le mode taquin mais réaliste, et sous le titre « NOYER LE POISSON », Gérard écrivait « … Un prêtre constatait l’autre jour qu’un certain nombre d’ « adaptations » arrivent trop tard : « Quand on a repeint le bateau, on s’aperçoit que la mer est partie. » En somme, on reste « sec », et on a l’impression de « pédaler dans la semoule ». Heureux sommes-nous de patauger dans les sables de la Mer Rouge, à chercher Celui qui l’a asséchée sous sa nuée obscure ! Autrefois « ceux qui savaient nager » ne se « mouillaient » jamais. Fini ! Quand on arrive « au creux de la vague », on ne peut plus « noyer le poisson ». Vous savez ce que signifiait le poisson, au temps où les chrétiens faisaient des graffiti ? »

    DANIEL-KOKA (= le « CATHO-GRATTEUR », via GOOGLE)

  9. 13 juin 2012 at 8 h 55 min

    MF, ton anecdote sur notre JESUS se voyant attribué un « carton rouge » de mille ans au purgatoire stigmatise une bien triste réalité de fond. L’institution Romaine s’est incidieusement transformée en idole. OUI, JESUS a voulu SON EGLISE. OUI, JESUS a établi PIERRE et ses successeurs comme pontife. OUI, JESUS nous demandé de partager LE PAIN et LE VIN en mémoire de LUI, comme signe de SA PRESENCE effective. Et quand j’écris « nous » c’est de chaque être humain dont il s’agit, et pas limitativement des « officiels ». OUI, JESUS s’est montré et a fait le KT aux marcheurs de la route d’EMMAÜS que nous sommes toujours. OUI, Il a partagé l’Eucharistié avec eux dans un bistrot et pas dans une basilique, sans aucun cérémonial autre que la joie du partage et de l’acceuil de l’autre. OUI, ces marcheurs s’en sont retournés éblouis vers les apôtres pour tenter de leur expliquer ce qui se passe, ce à quoi ils ne veulent encore rien ou si peu comprendre… Le carton rouge était déjà en préparation !

    Revenons aux fondamentaux, à la racine de notre foi. C’est LA PRESENCE effective, quasiment palpable de JESUS par SON ESPRIT, en chacun, qui est cette racine. fort peu nos théories théologiques aussi belles qu’elles soient. L’immense majorité des enfants de DIEU n’y a jamis rien compris et c’est bien ainsi. Car il ne s’agit pas de « comptrendre ». Il s’agit de « vivre avec et par l’ESPRIT de DIEU ». Il n’y a pas que JESUS pour recevoir un carton rouge. Les mulitiples distributeurs actuels me donnent la nausée. Je crains que l’humainté entière s’en soit fabriquer un, énorme, monstrueux, et pour quelques décennies ici-bas… De l’autre côté, c’est heureusement DIEU le Patron, et plus Rome.

    DANIEL-KOKA (= le « CATHO-GRATTEUR », via GOOGLE)

  10. Françoise B-R
    12 juin 2012 at 12 h 29 min

    Cette histoire me ravit.
    Signons avec les religieuses américaines.

  11. Jean-Pierre
    12 juin 2012 at 12 h 12 min

    Grand merci René Poujol; dire que le danger d’être Pape vient de l’intérieur est un acte sans doute pas facile.
    Lu dans le Point * ces phrase étonnantes sur l’ambiance de crime et de guerre au Vatican:

    - « Redoutant de subir le sort des banquiers Roberto Calvi -retrouvé pendu sous un pont de Londres- et Michele Sindona -empoisonné par un café au cyanure-, Ettore Gotti Tedeschi a engagé un service de gardes du corps. Quant au dossier saisi par la police Italienne, il était également destiné à prévenir un attentat contre sa vie. »
    A ce propos, Federico Lombardi a confirmé le 11 juin, en termes voilés, que Tedeshi est en danger et a mis en garde la justice Italienne à titre préventif **.

    - « Au-delà des querelles de personnes, la guerre secrète et sans merci qui se déroule dans les couloirs du palais pontifical oppose deux des piliers financiers du Vatican : l’Opus Dei et les Chevaliers de Colomb. » Nota le patron des chevaliers de Collomb est pressenti pour succéder à Tedeshi.

    * http://www.lepoint.fr/monde/vatileaks-le-banquier-de-dieu-a-peur-07-06-2012-1470474_24.php
    ** http://www.news.va/fr/news/vatileaks-le-saint-siege-exhorte-les-medias-a-la-p

  12. M.F
    12 juin 2012 at 10 h 58 min

    A propos de pape exclu:

    Ce sont Jean XXIII,Jean-Paul II et Benoit XVI qui sont convoqués au bureau de Jésus-Christ pour déterminer la durée de leur purgatoire.
    Saint-Pierre les reçoit dans la salle d’attente et introduit Jean-XXIII, qui sort cinq minutes après, un ticket vert à la main : » Magnifique, dit Saint-Pierre, accès direct au Paradis,va,mon frère, entre dans la Maison du Père ! »
    Puis il introduit Jean-Paul II,une heure s’écoule. Jean-Paul II sort, la mine triste, un ticket orange à la main:  » Quarante ans de Purgatoire, bon..allons console-toi, mon frère, tu n’y sera pas seul, crois -moi et puis le temps passera vite !! »
    Enfin il introduit Benoit XVI.. une heure, deux, cinq.. huit heures s’écoulent. Enfin Jésus-Christ sort, en sueur, titubant, l’air totalement absent. Pierre angoissé se précipite : « Seigneur que t’arrive-t-il? que s’est-il passé ? » « Ben.., dit Jésus-Christ, un ticket rouge à la main, j’ai pas tout compris.. mais j’ai écopé de mille ans…! »

  13. 12 juin 2012 at 7 h 52 min

    Chère Christine, je me retrouve bien dans ton analyse. Dieu merci nos communautés vivent et témoignent de l’évangile. Cet enracinement est condition de notre survie. Est-ce suffisant pour nous résigner à l’immobilisme romain ? Sans doute pas ! A force de considérer – et Benoît XVI encore ces jours derniers – que les réformes sont secondaires par rapport au témoignage de foi, on finit par le plus voir que le témoignage des structures romaines et de leur mode de fonctionnement deviennent tout simplement un obstacle à l’annonce de l’Evangile. Mais, sur ce point aussi, je te rejoins . Le pape qui engagera une telle réforme aura intérêt à mettre un gilet pare balles. Dans son livre « Franc parler » le cardinal Danneels déclarait à propos de la réforme du pouvoir central dans l’Eglise : « le premier pape qui va essayer de faire cela sera excommunié ou presque, ou en tout cas exclu. »

  14. Jean-Pierre
    8 juin 2012 at 20 h 17 min

    Oui, c’est une partie du collège qui s’est senti abusé. Cela dit, la Curie d’Augias est subtile tenace et rancunière et le pape semble débordé ou inconscient, à moins qu’il soit juste contrariant!
    Comment comprendre autrement la manière dont Benoit 16 a traité l’ONG Sant’Egidio et le général des Jésuites *, et accessoirement un couple de Belges riches qui aiment et aident l’Eglise conciliaire en regrettant à visage découvert (pas par lettre anonyme!) la nomination à Utrecht d’un archevêque conservateur. Peu après réception de la lettre du Jésuite, le Pape nomme le jeune archevêque de 58 ans cardinal*.

    Conclusion. L’institution aimerait faire croire qu’il n’y a dans le Vatileaks que des aspects temporels, des luttes de pouvoir, de minables bassesses accessoires. Mieux vaut se faire une idée sur pièces.

    * http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350261?fr=y
    Le couple Belge a notamment fondé le centre d’étude du christianisme à l’université hébraïque de Jérusalem en 2000.
    Sur Sant’Egidio, ONG créée dans la foulée de Vatican 2 et inspirée de la théologie de la libération, un article passionnant de 2007 http://www.strategicsinternational.com/16_11.pdf

  15. Chantal D
    6 juin 2012 at 16 h 42 min

    Je lis la réponse de Christine du 4 juin : « non pas en croyant que sa volonté était celle de l’Esprit Saint… ». En effet, il me semble que si l’on est persuadé d’être guidé par l’Esprit Saint », celui-i ne peut agir. Au contraire, il faut lui laisser la place, la liberté d’intervenir, en ne se laissant pas enfermer dans ses certitudes, mais au contraire en restant ouvert à l’écoute, à l’accueil de l’autre, en gardant à l’esprit que l’on est faillible et que l’on a besoin des autres pour y voir plus clair. D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas dit « lorsque vous êtes quelques-uns réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ».

  16. Jean-Pierre
    4 juin 2012 at 19 h 26 min

    Selon le théologien de la seconde moitié du XVIème siècle, considéré de son temps comme « le plus grand » -Francisco Suarez *- il y a deux manière d’être schismatique: se séparer du pape, ou que le pape quitte l’Église **.
    Il semble aujourd’hui que Pape et Curie sont trop avancés sur le second chemin pour qu’un changement de direction paraisse plausible. Pourtant, ayant vécu l’élection de Jean23, le Pape « dit rouge » qui a trompé son collège électoral, on peut espérer contre toute logique qu’une nouvelle surprise sorte des écuries « païennes » d’Augias.

    * Comme nombre des grands théologiens,il eut droit de son vivant à l’inquisition et à l’index! http://scholasticon.ish-lyon.cnrs.fr/Database/Scholastiques_fr.php?ID=1212
    ** Rapporté par Hans Küng interviewé pour la Vie: http://www.lavie.fr/religion/vatican/hans-kung-le-pape-va-contre-vatican-ii-16-02-2010-3284_17.php

    • Christine
      4 juin 2012 at 20 h 17 min

      @Jean-Pierre,
      Je ne suis pas certaine du tout que Jean XXIII ait trompé son monde. Si on regarde son parcours on voit qu’il fut tout au long de sa carrière un homme obéissant. C’était d’ailleurs sa devise, « Obéissance et Paix ». Rien ne pouvait laisser supposer qu’il convoquerait un concile, pas même la lecture de son Journal. En fait, je crois qu’il demeura toujours obéissant à l’autorité supérieure, et quand il fut pape, il obéit à l’Esprit-Saint. mais il fit non pas en croyant que sa volonté était celle de l’Esprit Saint mais en permettant à l’Esprit Saint de faire vivre l’Église. Aussi il convoqua le concile et préserva la liberté conciliaire afin de laisser toute la place au travail de l’Esprit.

  17. Anne-Marie H.
    4 juin 2012 at 16 h 58 min

    @ Nathanael

    L’existence de l’Etat de Vatican a sûrement des implications géopolitiques qui m’échappent, donc je ne dirai rien de cet aspect de la question. Mais si vous vous imaginez que, en supprimant l’Etat du Vatican, on règle les problèmes de gouvernance de l’Église…

  18. Nathanael Barth
    4 juin 2012 at 13 h 08 min

    La question à se poser est : que vient faire un Etat du Vatican dans l’Eglise ?
    Rien sur ce « royaume de ce monde » dans les textes du dernier concile, rien dans le Droit Canon de 1983.
    Il est temps que l’Evêque de Rome réoccupe son « saint siège » en la cathédrale Saint-Jean-de-Latran et rentre dans son diocèse de Rome au lieu de vivre à l’étranger dans un reliquat des Etats pontificaux.
    Le Christ a refusé de se déclarer roi et Judas l’a livré pour cela : son Maître trahissait ses espérances à lui.
    Le Pape est le successeur de Pierre en tant qu’évêque de Rome et non en tant que chef d’un Etat qui aurait son siège à l’O.N.U.
    Le Vatican n’a aucun sens pour l’Eglise du Christ et nuit même à son action évangélique.
    Il ne faut pas réformer mais supprimer ce royaume de ce monde qui (re)devient un obstacle au Royaume de Dieu : il se met en travers du Chemin qu’est le Christ.

  19. Gilles Marmasse
    3 juin 2012 at 15 h 21 min

    Cette lamentable affaire illustre l’absence de tout canal institutionnel par lequel les cadres de l’Église pourraient faire connaître leurs éventuels désaccords avec la politique menée au sommet. Que certains, dans la haute administration vaticane, désapprouvent les choix du cardinal Bertone, il n’y a là rien de choquant. Mais il faudrait qu’ils aient le courage – et la possibilité institutionnelle – de faire valoir leur point de vue ouvertement, et non par des manœuvres de déstabilisation. Le Vatican est aujourd’hui une cour d’Ancien régime où l’on confond fidélité et servilité, souci du bien commun et allégeance à son protecteur. L’effet de cette confusion, ce sont, au mieux, les petits arrangements d’antichambre, au pire les haines recuites et les trahisons.

  20. 2 juin 2012 at 19 h 50 min

    Christine, merci pour ta lucidité et la franchise courageuse de ton écriture. Je pense comme toi que le mode de gouvernance de l’Eglise Catholique Romaine est agonisant. Depuis PIE IX et son fameux syllabus, la curie s’obstine à foncer dans le mur. Ton beau livre récent démontre combien JEAN XXIII était conscient du problème de fond, combien PAUL VI eut à bagarrer pour sauver l’unité, au moins en ses apparences. Même JEAN PAUL II était « muselé » (… mais pas en sa sainteté tellement évidente et communicative). Notre BENOIT actuel reste un rempart, mais débordé par son âge et les bassesses coutumières de son environnement. La question de comment sortir de cette impasse se pose avec de plus en plus d’insistance. Elle déborde très largement les frontières de nos Eglises Chrétiennes. Car il s’agit bien « … De la Gloire de Dieu et du Salut du monde »

    Il est évident que l’ESPRIT SAINT, aussi « contristé » qu’il soit, reste à l’œuvre avec puissance, surtout parmi les « petits devant le Seigneur », et fort peu par « les sages et intelligents ». Il subsiste heureusement des saints et des saintes, tant chez les laïcs que chez les consacrés. Face aux sordides agissements et stupides zizanies dont nous sommes témoins, DIEU reste définitivement vainqueur. Cette certitude est bien plus fortement, existentiellement, ancrée chez « les petits ». Elle n’est que théorique, virtuelle, chez les « intelligents » en si grand nombre dans toutes les hiérarchies en recherche de pouvoir et de promotion.
    Que fera le prochain pape ? Le récent film « Habémus papam » pose le dilemme. Dans les années 70, le Père Gérard Bessiere écrivait les aventures du pape Hyacinthe 1er. Durant les années 80, 90 et début 2000, Mgr Charles MATHIEU (… qui fut un très proche collaborateur du cardinal LEGER) prophétisait toutes les catastrophes que nous vivons actuellement, comment les prévenir et surtout comment s’en sortir. « Ils » l’ont condamné au silence et enfermé dans un placard. Le site « CATHO-GRATTEUR » (via GOOGLE) est le seul au monde à proposer le téléchargement gratuit des enseignements de ce prophète contemporain. Ils furent diffusés à une telle échelle que leur totale disparition montre l’efficacité redoutable du KGB à la mode curie Romaine.

    Oui : « ni fuir, ni se taire… » ! Mais aussi « … agir ». Comment s’y prendre ? Comment obéir communautairement à l’ESPRIT SAINT et à LUI SEUL (… autant que possible humainement) ? Comment nous émanciper des tutelles structurelles quand elles sont infantilisantes et manipulatrices ? Comment soutenir les efforts méritoires des saints qui survivent, avec ou sans mitres, avec ou sans soutanes ? Comment ne pas retomber, nous-mêmes au CCBF, dans les stériles affrontements d’idées, aussi subtiles et brillantes qu’elles soient, mais qui conduisent presque inévitablement à des querelles de personnalités et d’ambitions ? OUI… COMMENT AGIR ?

    DANIEL-KOKA (=le CATHO-GRATTEUR via GOOGLE)

  21. gershom leibowicz
    2 juin 2012 at 19 h 33 min

    Au delà des errements des hommes et il ne s’agit pas de minimiser leurs turpitudes, il conviendrait peut être de se poser aussi la question du caractère institutionnel et structurel de cette crise. Sans vouloir aucunement excuser le recours aux pratiques que l’on constate actuellement ,il faut sans doute se poser la question de savoir si les institutions vaticanes et leur fonctionnement ne les suscitent pas.Il ne s’agit plus alors de se limiter à réformer la curie et les institutions existantes, mais sans doute faut il complètement remettre à plat la gouvernance de l’Eglise à partir des questions les plus basiques.

    Trop longtemps, me semble t il, le recours systématique à l’intervention de l’Esprit Saint, invoqué à tout propos et surtout hors de propos dans la gouvernance de l’église, a servi à camoufler une absence de questionnement sur fonctionnement de l’institution et à dissimuler par une exacerbation de la culture du secret ,la réalité des luttes de pouvoir des diverses sensibilités et clans en son sein.

    Une véritable réforme institutionnelle supposerait que l’on se pose les questions fondamentales:
    Quelle est la finalité des décisions de l’église institution, comment doivent elles être préparées, élaborées et finalement prises? quels types de contrepouvoir institués pour éviter les dérives? Quid des modalités de l’écoute des hommes et des femmes avant de formuler les questions et les réponses, et d’arrêter les décisions? Quid des principes de participation et de subsidiarité pour l’organisation de la gouvernance d’ une église qui s’adresse à plus d’un milliard de personnes, Quid de la réception par les catholiques et de ses modalités pour rendre le discours acceptable et accepté? etc ….
    Bien sûr , se poser aussi la question de la représentativité et donc de la légitimité d’un processus démocratique dans l’église. J’entends déjà les esprit chagrins ou timorés crier au scandale au motif qu’on ne soumet pas les vérités de la foi aux suffrages. Evidemment, mais serait il illégitime que les modalités d’expression de ces vérités puissent par contre faire l’objet de débats et de construction de consensus par voie démocratique ? serait il illégitime que les modalités d’expression de la foi puissent aussi procéder de la subsidiarité pour s’adapter aux cultures dans lesquelles elles prennent sens etc..

    Faut il un concile pour cela? je ne sais pas mais en attendant ces questions pourraient faire l’objet de synodes diocésains. Cela éviterait au moins qu’ils se cantonnent au seul rôle d’alibi pour évêques voulant plaire à la hiérarchie ou trop inquiets -ils servent alors de soupape de sécurité lorsque les fidèles s’agitent trop- qui est actuellement leur seule utilité.

    Bien sûr le Vatican n’est pas l’Eglise et heureusement, quand bien même il serait irréprochable. Cependant la question du lien entre l’institution et le peuple des baptisés reste importante et ne peut se limiter à dénoncer à juste titre, les hommes à la fois complices et victimes consentantes des dérives de l’institution

  22. Jean-Pierre
    1 juin 2012 at 12 h 28 min

    Ait été estomaqué par les infos données à l’occasion du C’dans l’air sur le Vatican:
    - faveurs fiscales dont bénéficient l’Eglise Italienne -600 millions d’€- et l’Etat du Vatican au titre de ses biens sur le sol Italien -3 milliards d’€ ces biens n’étant pas au cadastre en vertu des accords de Latran,
    - relations jugées anormalement privilégiées Bertone/Berlusconi au point que le Président italien a remis Bertone à sa place publiquement. Il semble clair que Monti n’est pas d’humeur à maintenir des faveurs incompréhensibles pour l’opinion publique, …
    - poursuite de l’hémorragie financière destinées à faire taire les victimes et la justice américaine et éviter la faillites de diocèses, …
    Dans un registre très différent, la lettre de Benoit 16 aux évêques Allemands du 14 avril 2012 relative au Pro Multis, apparait pour le moins comme est une maladresse puisqu’elle dit aux évêques du monde entier (dont les italiens) « d’accord ou pas, vous devez obéir »*.

    * http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350236?fr=y

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Femmes et hommes dans l’Église

Les quatre conférences de Karin Heller, théologienne, enseignante dans une faculté de théologie américaine, qui ont fait l’objet de la journée de formation du 9 juin 2012, sont désormais à votre disposition. Ce parcours historique permet de comprendre pourquoi l’Église en est arrivée à une telle ignorance de la contribution des femmes, à rebours, à la fois de sa tradition évangélique, des acquis du 1er millénaire, et de ceux de la récente émancipation des femmes.

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