Saint-Étienne-du-Rouvray, Munich, Nice, Paris : la litanie de l’horreur

À quelques heures du drame qui vient de se produire à Rouen, les mots nous manquent. Tuer, encore et encore… Égorger, en France, en 2016 ! Un tel geste sidère tant il est barbare, tant il met la mort à cru, sous une carotide que l’on tranche, tant on l’espérait disparu pour toujours. Tuer à l’aveugle, à la lâche, des personnes innocentes du crime que ces islamistes attribuent à l’Occident, il y a bien de quoi hurler de colère !

Le père Jacques Hamel est mort pendant la messe qu’il célébrait. Nous serons nombreux à prier pour lui, comme pour toutes les victimes du terrorisme. Est-il un martyr ? Le mot fleurit déjà sous la plume de certains commentateurs. Mais attention à bien le comprendre. Un martyr chrétien ne peut servir de caution au moindre souci de vengeance. Il est « celui qui a porté un bon témoignage de sa foi ». C’est le cas : le père Hamel est mort tandis qu’il priait un Dieu d’amour.

A-t-il « mené le bon combat » ? Il le dirait sûrement. Mais les chrétiens qui prononcent si souvent des mots d’amour, comme « tendre la joue gauche quand la droite est souffletée », « aimer ses ennemis », « rendre l’amour pour la haine », sont aujourd’hui puissamment questionnés sur la pertinence de leurs choix. C’est le jour ou jamais de tester la solidité de ces mots valeureux et exigeants. Que valent-ils face au drame ? Comment nous en « servir » quand survient  le moment de les vivre ?

D’abord, faire droit à la colère. La colère, qui ne la comprend ? Dans la Bible, il est hautement instructif de remarquer que Dieu en est le destinataire. Manière subtile de ne pas la reporter vers l’assassin ou vers celui qui pourrait lui ressembler, ou vers celui qui pratique la même religion que lui, ou vers son voisin immédiat, le « musulman lambda », pour être précis. La colère, c’est pour Dieu, ou pour boxer son oreiller jusqu’à l’épuisement. Mais il faut dire non, cent fois non à cette parole d’un passant niçois qui se réjouissait devant la parente éplorée d’une victime musulmane : « Tant mieux !» « Vous n’aurez pas ma haine » disait avec sagesse Antoine Leiris après la mort de son épouse.

Si le politique doit faire face à l’événement avec les moyens qui sont les siens, nous tous, croyants et incroyants, avons mieux à faire que de détruire le tissu de nos liens. Ils sont fragiles, délicats et surtout précieux. Nous avons à le renforcer. À être des tisserands qui passent continuellement la navette dans la trame. Comment ? Chacun connaît sa solution, pour tendre la main, pour écouter, pour échanger avec les membres des communautés musulmanes. Il n’y a pas de recettes, il n’y a que des êtres humains en face de leurs frères.

C’est aujourd’hui que Dieu nous met en garde, tous, incroyants comme incroyants. Il nous redit ce qu’il disait à Caïn : « La bête est tapie à ta porte, à toi de la dominer. » Il faut dire un non délibéré à la violence tapie que de semblables crimes réveillent.

Anne Soupa

 

 

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